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mardi 9 juin 2026

GUY MÉNARD SE MONTRE TRÈS GÉNÉREUX

GUY MÉNARD n’a pas cessé de courir, du moins d’écrire des chroniques, et ce, pour mon plus grand bonheur. Il part physiquement et aussi, parfois, dans sa tête, quand ses articulations protestent un peu trop. Voici donc «Parti courir 2» après le succès de son premier opus, une cinquantaine de courts textes qui font voyager du 15 novembre 2021 jusqu’au 29 novembre 2025. Un regard qu’il n’arrête pas de peaufiner, une occasion de prendre le relais de sa première longue sortie dans le monde de l’écriture, il y a quatre ans. Et il y aura un «Parti courir 3», je l’espère. Rappelons que tous les revenus de la vente de ce livre vont à la recherche sur le myélome multiple dont Guy est atteint. Avec le Défi cyclomyélome qui recueille des fonds, un rendez-vous annuel pour des centaines de cyclistes, plus de un million de dollars ont été amassés pour cette cause. Il faut le répéter, le myélome multiple est une forme de cancer du sang qui attaque des globules blancs. La moelle osseuse est aussi touchée et provoque des douleurs intenses avec comme conséquence de diminuer le système immunitaire. Il y a des jours où l’ami Guy doit grimacer en sortant du lit, surtout en bouclant ses espadrilles ou encore lors des premiers pas où il doit avoir l’impression d’avoir les montagnes de Chambord sur les épaules et de «la rouille» partout dans les genoux. 

 

 «Parti courir 2» est une fenêtre qui s’ouvre sur une foule d’événements vécus par Guy : ses pèlerinages annuels à Chambord, son lieu de naissance, son enfance, le sport, des matchs de hockey épiques (il a joué contre Guy Lafleur), des retrouvailles, des faits cocasses, des amitiés et surtout ces heures uniques, ces rencontres comme des bulles de bonheur et de joie inoubliables. Des jours difficiles aussi qui vous laissent la larme à l’œil. C’est ce qui fait que l’on s’attache à ces textes de «la vie ordinaire». Des moments que nous avons tous connus, mais que Guy sait particulièrement bien décrire pour en faire des petits tableaux fascinants.

Je me promettais de prendre mon temps cette fois, d’y aller d’une chronique avant d’aller dormir. Le deuxième soir, j’ai débordé rapidement pour en lire cinq. Et après, je n’ai plus lâché le livre. C’est ça «Parti courir» : des textes qui s’accrochent à vous comme une tique et qui ne vous abandonne plus. 

Des bulles de vie, d’amitié et de partage qui vous emportent dans les recoins des jours, avec des moments de grâce et d'autres, vraiment pénibles. Le quotidien dans ce qu’il a de plus simple et de plus fascinant. Même qu’il donne vie à une voiture ancienne, «Elton», à qui il prête une âme. Il doit s’en départir pour son plus grand malheur.

 

POINT DE VUE

 

Son enfance à Chambord dans les années soixante où tout était possible. Parce que rien ne semblait vouloir résister à ce jeune garçon intrépide qui rêvait de «partir dans la lune», de s’imposer dans le sport ou dans ses études au cégep de Jonquière, où il se fera des amis pour la vie. Il a su faire sa place à la défense dans un match de hockey ou encore sur un champ de balle avant de découvrir la beauté des livres, la course à pied, l’activité favorite des écrivains. Je l’ai déjà dit, pendant mes longues sorties, je ruminais souvent un bout de texte, cherchais une direction à une histoire qui ressemblait à une toile d’araignée. 

Et, j’avais la solution quand je rentrais.

Et même ces rêves qui m’envahissent régulièrement, où je me retrouve dans une ville étrangère en ayant tout perdu, ne me rappelant plus le nom de l’hôtel où j’avais loué une chambre. Ça me rassure, je ne suis pas seul à vivre ce genre de cauchemar.

 

«Le fil conducteur de ces nuits agitées est que je suis pris quelque part. Édifice à bureaux, quartier résidentiel, série de corridors identiques, stationnement souterrain. Pas moyen d’en sortir. Dans mes rêves, je ne panique pas. Je suis juste ben ben tanné.» (p.29)

 

La façon de m’éloigner de ces «errances» : m’extirper du lit, avaler un verre d’eau et tout faire pour ne pas me rendormir rapidement. Parce que je replonge dans cette perte du réel et de contrôle quand je suis trop paresseux pour bouger. 

 

LA VIE QUOI

 

Il est question de vélo, du Défi cycliste où Guy joue le rôle d’encadreur, des moments de l’actualité, des gens formidables qu’il croise et surtout des amis qu’il retrouve lors de ses jours «de maintenance» après des années de négligence. Ça m’arrive aussi. 

J’ai l’amitié fidèle, mais oublieuse. 

Les copains du cégep de Jonquière se moquent du temps quand ils s’assoient autour d’une table pour faire le point sur les aventures de leur vie et secouer des souvenirs. Ils ont toujours dix-huit ans alors. 

 

«Et enfin, presque la même histoire de mon côté, à venir dans les prochains jours, rencontre de vieux amis de Cégep, connus à Jonquière en Technique des communications au milieu des années 70. Je vous raconte tout ça pour deux raisons. D’abord, je suis plutôt fier de mon été de maintenance et ensuite, pour vous rendre envieux. Oui, envieux. Dans le meilleur sens du terme. Pour vous donner envie de faire de même. Les amitiés qui durent sont précieuses, il faut les entretenir pour éviter les pannes, elles sont tellement importantes.» (p.210)

 

Et il y a aussi des moments avec ses proches. Cette fête de Noël où il accompagne sa mère à l’église pour la messe de minuit à Chambord. Un pèlerinage pour lui après des années que cette courte promenade sur la rue principale, une fierté pour sa mère de se retrouver au bras de son fils à l’église, dans le banc de la famille. Nous avions aussi «notre» banc, à la gauche de l’église de La Doré, au milieu à peu près. Ce qui correspondait aux idées de mon père, plutôt au centre de tout.

 

MOMENT ULTIME

 

Ou encore cette rencontre avec un ami qui a demandé l’aide médicale à mourir. Une ultime occasion avant le grand départ, un jour unique et particulièrement émouvant. La chance de dire tout ce que l’on n’a jamais osé aborder auparavant. Mais de quoi discutons-nous quand tous les masques tombent? Quand on sait qu’il n’y aura pas de lendemain?

 

«Surtout, on a coupé court aux lieux communs. On a parlé de tout. De la vie… et de la mort : “T’as eu une belle carrière!”, “Tu te souviens d’Untel”, “Ton ex, tu es toujours en contact avec elle?”, “As-tu peur?”, “Comment tu vois l’après?”… … Robert nous a affirmé qu’il y avait au moins une bonne chose à se retrouver dans sa situation, c’est que les éloges funéraires, on est encore là pour les recevoir! Il était rassuré de savoir qu’après avoir eu une belle vie, il aurait une belle mort. Philosophe, il nous a dit qu’à la fin, l’amour qui te reste, c’est celui que tu as donné. Peut-être qu’il ne le savait pas, mais il paraphrasait Lennon et McCartney.» (p.259)

 

Le temps prend tout son temps avec Guy Ménard! Que ça fait du bien de le lire! On voudrait courir avec lui, parler de nos écrivains favoris et de la vie avec ses descentes et ses montées abruptes, les grands détours qui nous permettent de nous retrouver dans des lieux que l’on ne pensait jamais fréquenter. Guy Ménard célèbre tous les aspects de la vie, malgré les coups durs et les épreuves. Jamais d’apitoiement! L’auteur crée des instants magiques qui ne pourront jamais s’effacer. 

Je me suis répété à chaque phrase de Guy que la vie vaut la peine d’être vécue pour ce qu’elle est et pour ce que l’on peut en faire. Oui, pour la bonne raison qu’il n’y en aura pas d’autres. 

Une dose de courage et d’optimiste que ce «Parti courir 2», des retrouvailles avec un ami qui prend le temps de faire le point et qui vous regarde dans les yeux avec toute la tendresse du monde. Parce que c’est plus qu’un livre que nous parcourons. Nous devenons un proche de l’auteur. Et le don que Guy Ménard possède surtout : la générosité. Oui, j’en veux encore. Le myélome a eu cela de bien : il a fait de Guy un écrivain qui partage avec largesse son temps et son attention. «Parti courir 2», c’est s’offrir une bonne dose de vie et d’optimisme. 

 

MÉNARD GUY : «Parti courir 2», Éditions Anaïs et Victor, Candiac, 2026, 282 pages, 27,95 $.

https://victoretanais.com/collections/nos-livres-jeunesses-et-adultes/products/parti-courir-tome-2-chroniques-de-la-vie-extra-ordinaire

mercredi 30 mars 2022

PARTIR COURIR AVEC MON AMI GUY MÉNARD

JE CONNAIS Guy Ménard depuis fort longtemps et je ne pensais jamais voir son nom sur la page couverture d’un volume. La vie nous réserve des surprises et des belles. Il vient de publier Parti courir, un ensemble de chroniques qu’il a d’abord diffusées sur Facebook. J’en avais lu quelques-unes ici et là, mais les découvrir dans un vrai livre, c’est vivre des moments de bonheur. Je suis devenu accroc à ces textes qui racontent ce qui se passe dans la tête de Guy Ménard lorsqu’il flotte sur l’asphalte en bondissant sur ses espadrilles, longeant la rivière Richelieu. Les coureurs ont des habitudes dont ils ne dérogent guère. Je le sais. Je pratique ce sport depuis plus de quarante ans et j’ai pas mal de kilomètres dans le jarret. La folle du logis, quand on a trouvé sa cadence, son confort respiratoire, peut faire des sprints. Il y a aussi des rencontres, des surprises et surtout de longs moments de méditation où l’on peut régler tous les problèmes du monde. Oui, certainement. Si Poutine allait courir un dix kilomètres, dans les rues de Marioupol, avec le résistant Zelensky, il comprendrait bien des choses. 



J'ai croisé Guy Ménard à l’époque où un petit groupe s’était mobilisé pour « sauver » le Salon du livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean qui était terriblement enrhumé, aux prises avec des virus. C'est Gérard Pourcel qui avait réuni tout ce monde. Guy est devenu notre président. Un grand lecteur, un amoureux des livres et un ami de «la chose littéraire». Quel plaisir nous avons eu à remettre cet événement sur ses rails pour en faire un succès.  Il a fallu quelques années pour requinquer le rendez-vous des curieux et en faire un modèle avec ses prix et ses concours pour les jeunes lecteurs. 

Guy a migré en ville et je le rencontrais ici et là, dans les salons du livre, bien sûr. C’est l’un de mes fidèles lecteurs et il pourrait être le président de mon fan-club. Nous sommes même allés ensemble à Saint-Étienne en France (une délégation officielle) pour participer à une fête du livre qui nous a laissés ébaubis. Nous y avons aussi croisé une certaine Denise Bombardier qui refusait de s’acoquiner aux Québécois que nous étions et qui était repartie vers Paris plutôt que de partager un stand avec nous, les inconnus de la périphérie. 

 

CHRONIQUES

 

Il faudrait bien que je m’attarde aux chroniques de Guy, à ce livre où on le voit en extase sur la photo de la page couverture, sous la pluie. Oui, nous pouvons vivre une forme d’illumination sous la pluie chaude de juillet. C’est sous une bruine caressante que j’ai couru mon meilleur marathon, à Ottawa, bien avant que les camions n’envahissent la ville. À défaut du diésel alors, ça sentait la sueur et le shoe-claque. Mon record absolu sur cette distance de 42,2 kilomètres : 2 h 33 minutes et 13 secondes. Les treize dernières secondes ont été un enfer.

Parti courir regroupe 77 chroniques qui débutent toute par une même phrase pour se donner une poussée qui provoque la foulée et le mouvement perpétuel, le «petit pas de l’humanité». Des textes qui s’échelonnent entre le 18 mars 2020 et le 25 octobre 2021. Oui, pendant ces mois où nous avons expérimenté une allure d’hibernation et les activités de solitaire. Je «est devenu loin de l’autre» alors, pour parodier Rimbaud, un grand joggeur devant l’éternel. Le confinement, disait-on, l’aventure masquée et les mains savonneuses. 

Une période où Guy a décidé de se remettre en forme après avoir souffert d’un cancer que je ne connaissais pas. Le myélome multiple. Une bibitte fatigante où il a dû subir une opération qui laisse des traces. Je savais Guy sportif. Un excellent joueur de hockey et un cycliste (il a fait le défi Pierre Lajoie). Et le voilà en maillot sans trop prévoir où ses espadrilles pouvaient le mener.

 

« Je m’amuse à dire que mes chroniques, qui commencent toujours par «Je suis parti courir», parlent de tout… sauf de course. La course sert de prétexte pour raconter des histoires. Celles des autres, celles que j’invente et aussi, parfois, la mienne, celle de quelqu’un qui a décidé que le myélome multiple ne serait pas la seule définition de ce qu’il est. » (p.16)

 

Guy est un coureur citadin. Je suis un coureur des bois et nos rencontres ne sont pas du même type. Je suis du genre à saluer le porc-épic, la moufette, le renard, des lièvres qui m’accompagnent dans mes sprints, les familles de perdrix, le tétras des savanes toujours un peu belliqueux, un orignal, mais pas souvent. 

Si Guy a dû affronter Jean-Paul le chat irascible, j’ai dû confronter deux pitbulls dans le rang Saint-Benoît à Jonquière. Je ne sais qui était le plus dangereux cependant. Ces chiens ou ce monsieur Brassard qui sortait sur sa galerie pour m’invectiver quand il me voyait approcher. Après tout, les pitbulls étaient plutôt sympathiques à côté de cet homme. Sans compter le frappe à bord de la longue lignée des frappes à bord qui m’escortait tout au long d’un dix kilomètres en forêt. 

 

RENCONTRES

 

Guy croise des gens, des coureurs, une petite fille qui file comme une gazelle, un pêcheur, s’attarde à des choses particulières. Ce panneau près de la rivière Richelieu qui intrigue le curieux. COVID, vous vous rappelez. Un geste humain, touchant et terriblement émouvant. Tout est possible quand on sillonne le monde. 

 

« Peint avec soin sur le panneau, sur fond blanc, un grand cœur rouge et un message : «Papa, Maman, XXX». Pourquoi là? Parce qu’en face, de l’autre côté de la rivière, il y a la Villa Belle-Rivière de Richelieu, une résidence pour personnes âgées. » (p.23)


Voilà, je suis parti courir avec Guy plus de 70 fois. J’ai ri, j’ai été ému, j’ai découvert celui que je connaissais, son humour, son regard perspicace, le bon vivant, l’amoureux des gens et des bêtes. En fait, j’aurais pu lire une chronique et reprendre mon souffle, faire durer le plaisir, mais non. Je ne pouvais plus m’arrêter et c’est un ultramarathon que j’ai fait avec mon ami, bondissant d’un texte à l’autre, traversant la planète pandémie. 

Une plongée dans la vie de ce lecteur, de cet amoureux des vieilles voitures anglaises (une surprise), des matins chauds et des jours plus tendre en automne. On le suit, on fraternise pendant un temps, apprenant juste ce qu’il faut de sa vie, de ses souvenirs à Chambord où il est né, de certaines rencontres mémorables, de la vie dans tout ce qu’elle a de beau et d’exaltant. C’est une bouffée d’air frais que ces chroniques et j’en aurais voulu encore. J’espère qu’il y aura un Parti courir tome 2. Il devra organiser alors une belle petite course le long du Richelieu avec des centaines de lecteurs pour lancer l’ouvrage. 

Un bel humain que mon ami Guy, sensible aux autres et à ces petites choses qui font la vie. À noter que tous les profits de la vente de son volume vont à la Chaire Myélome Canada de l’Hôpital Maisonneuve Rosemont. Ça dit tout. Un livre qui fait du bien et qui guérit de la pandémie, juré.

 

MÉNARD GUYParti courir, Éditions VICTOR ET ANAÏS, 282 pages, 27,95 $.


https://victoretanais.com/collections/nos-livres-jeunesses-et-adultes/products/parti-courir-chroniques-pandemiques?fbclid=IwAR3qbR-oQd5pXbr5JDPwmQuklORgIBTGyl5RbGIdlUWYAyeF6QPEG1EUyFo