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lundi 15 juin 2026

L’ART DE VIVRE SANS FAIRE DE REMOUS

QUEL PLAISIR de retrouver Donald Alarie. «Vivre dans un arbre», évoque le rêve de tout petit garçon qui pense échapper au monde des adultes pour vivre des aventures à sa mesure. Guy Lalancette a écrit de très belles choses sur le sujet. Des jeunes peuvent laisser courir leur imagination et partir à la découverte de tous les livres quand ils se réfugient dans leur maison feuillue où ils peuvent devenir des héros ou encore des magiciens qui savent tout inventer en claquant des doigts. Dans le texte qui donne le titre au recueil de Donald Alarie, le narrateur est un garçon d’un âge incertain qui s’installe dans la résidence des oiseaux après avoir vaincu le vertige. Enfin, il peut être, simplement, faire ce qu’il entend et se faufiler dans la beauté et la paix «tant recherchée». Le rêve de tout individu, jeune ou vieux.

 

Donald Alarie chasse les étonnements du monde en allant ici et là, toujours à l’affût d’un geste, d’un regard d’une marcheuse, d’un homme qui semble perdu, ou encore d’un buisson qui retient la lumière du matin plus longtemps que d’habitude. J’ai l’impression qu’il devient un papillon qui se laisse porter par les souffles de l’air. Semblables à ceux et celles qui écrivent des haïkus et qui guettent le pas d’un passant, le vol d’un oiseau ou un visage étrange qui s'impose dans les nuages. Un instant qui mute en petit poème fragile comme une libellule qui file par miracle sur ses ailes translucides. 

Donald Alarie a ses parcours et ses territoires qu’il arpente, même si parfois le corps hésite avant d’entreprendre la ronde. Il s’attarde sur un banc, observe une dame qui avance péniblement en fixant le sol, un enfant qui semble flotter en apesanteur sur son vélo, ou, plus simplement, il prend une grande respiration pour savourer le bonheur d’être là, dans un jour qui s’offre à lui comme si c’était le dernier. Pareil à Gilles Pellerin, qui lisait dans un parc et qui a levé les yeux devant une femme concentrée sur un gros bouquin. 

Un éblouissement!

 Il traque l’éclat dans la lumière, l’angle qui va le surprendre et lui dévoiler une autre facette du monde. Et c’est le déclic, la seconde qui s’ouvre, un instant parfait, un moment où un passant se révèle dans toute sa vulnérabilité. Comme une fulgurance ou une météorite qui traverse le ciel avant de s’évanouir à jamais. Une «petite éternité» qui fascine l’écrivain et qui mue en quelques phrases bien senties. 

 

«Le fond de l’écran peut-il perturber l’agencement des mots que j’essaie de réaliser, toujours dans le doute, chaque matin?

Un paysage enchanteur, un portrait de famille, une scène de rue, un animal préhistorique, des poissons exotiques, la grâce d’une danseuse, une photo de Barbara, etc.

Ce que je cache en moi peut surgir au moment où je m’y attends le moins. Je demeure à l’affût tel un chasseur expérimenté.» (p.11)

 

Un promeneur attentif à tout ce qui bouge et respire autour de lui, à ses réactions et ses étonnements. Comme une renarde qui se laisse mener par son odorat et qui va en zigzaguant longtemps dans les étourdissements du jour avant de trouver ce qu’elle cherchait depuis l’aube. Pas nécessaire de partir physiquement. Il suffit d’ouvrir son ordinateur et le monde se redessine grâce à son imaginaire. 

Donald Alarie a besoin des mots pour s’installer dans son quotidien, d’un vent qui le pousse doucement et qui décide de la direction où le hasard allumera une petite flamme en lui. Alors, un mot prend tout son poids, tout neuf, comme venu du fond des temps pour déborder dans une phrase qui fera son chemin dans l’univers d’une page toute blanche. Parce que l’écrivain ne sait jamais de quel côté il va glisser et sur quoi il va s’attarder. C’est comme un jeu d’improvisation où un flâneur se laisse surprendre par le hasard des rencontres et les circonstances. Et tous les imprévus, les orages, les bourrasques ou la pluie deviennent des événements.

 

LE TEMPS

 

Mais comment oublier son âge, les habitudes qui le cernent et le chaos qui l’entoure, avec le temps qui lui est de plus en plus compté?

 

«Si je vis encore longtemps, le silence se fera dans les lieux que je fréquente.

Personne ne viendra plus cogner à ma porte comme cela arrive encore occasionnellement.

La solitude sera mon lot. Et je n’y pourrai rien.» (p.23)

 

Parce que vieillir, c’est s’avancer dans la fragilité et la précarité, voir son monde se défaire et se recroqueviller dans des souvenirs qui risquent de vous étouffer. Donald Alarie ne s’abandonne jamais à la nostalgie même si elle le suit inlassablement. Il se concentre sur le présent, un sourire, un geste, un cri qui en fait un témoin. 

 

«Pourtant, ce sont les mots qui l’emportent sous les grands arbres de juillet. Ce sont eux qui finissent par capter toute notre attention. Malgré la beauté qui nous entoure, ce sont eux les vainqueurs en bout de ligne.

Et cela crée indéniablement une forme de dépendance. Nous y retournons aussi souvent que possible. Quitte à négliger d’autres activités dites essentielles. Quitte à avoir des remords.» (p.27)

 

Parce que vivre reste une aventure pour l'écrivain, une quête où il traque le réel pour le retenir dans ses mots. C’est ce qu’il faut pour être une conscience qui se renouvelle sans cesse. 

 

«Nos vies sont remplies de fautes de frappe que nous ne prenons pas toujours le temps de corriger.

Ainsi, nous allons propageant des messages remplis d’imprécisions, laissant aux autres le soin de tenter d’interpréter à leur manière qui nous sommes.» (p.52)

 

Ce n’est pas là sa tâche. Ce qui importe, c’est le dire avec ses gaucheries et ses hésitations.

 

SOLITUDE

 

Oui, le poète fait face à la solitude. Parce que «les plus belles années» se sont défaites et que presque tous les témoins qui renvoyaient ses regards et ses rires ne sont plus. Vieillir, c’est peut-être apprendre à devenir invisible avec sa main sur la main du silence.

 

«Depuis quelques mois, les activités qui l’occupaient habituellement avaient perdu tout intérêt. Rencontrer de vieilles connaissances ne lui disait plus rien. Elle ne se sentait plus l’énergie pour assister à un concert ou pour aller voir une exposition d’envergure. Même ses auteurs préférés ne lui étaient plus d’aucun secours. L’ennui la recouvrait comme un large manteau d’une monotonie infinie.

Elle avait le sentiment d’attendre la fin. D’attendre sa fin.» (p.85)

 

Pour contrer cette réclusion peut-être, Donald Alarie invente des personnages, tourne le dos au «je» et donne la parole à des hommes et des femmes pour être moins seul dans sa parcelle du monde. 

Je l’ai déjà écrit, il y a une parenté entre Donald Alarie et Monsieur Archambault. Leurs petits pas dans un univers de plus en plus étroit, leur discrétion et l’art de s’imposer sans faire de bruit dans leurs réflexions et leurs confidences. 

J’aime leurs regards, leur lucidité, leur humour un peu noir pour parler de la vieillesse, du corps de moins en moins alerte. Ils savent : le mot fin est là tout près et son ombre colle à eux. Que dire de ce courage et cette manière d’occuper les territoires du présent? Parce que vivre, c’est respirer et devenir conscient dans les éclatements de l’heure.

 

«Il doit admettre que le moment le plus agréable pour lui est maintenant le soir, à l’heure d’aller au lit.

Il se souvient de l’époque où c’était plutôt le matin qu’il se sentait le mieux. Au lever du soleil. Il avait alors le sentiment qu’il pouvait se produire, durant la journée, un ou deux événements qui allaient changer le cours de son existence. Peut-être une rencontre bouleversante.

Pendant longtemps, il a vécu d’espoirs et de rêves. Ce n’est plus le cas. Il a l’impression de tout savoir de sa vie. Peut-il lui arriver encore quelque chose d’étonnant?» (p.115)

 

Des petites proses comme des aquarelles qui portent le quotidien dans ce qu’il a de plus intime et de plus personnel. L’aventure du «temps long», les problèmes physiques, des rencontres bouleversantes, la mort qui se profile au bout de la rue et qui va peut-être venir frapper à sa porte, la beauté de juillet à décrire pour garder sa place. 

Donald Alarie, avec les années, s’est dépouillé du superflu pour effleurer l’essentiel, le palpable, ce qui le rend alerte. Ça donne des réflexions, des gestes et des actes de résistance. L’écrivain, sans faire de remous et de fracas, touche l’être, l’âme et devient une sorte de guide. Il me reste à chercher un arbre tout près, dans le parc pour m’installer sous les grosses branches pour méditer «les petites proses» de Donald Alarie. Il me semble alors que je vais mieux le suivre dans ses randonnées réelles et imaginaires. 

 

ALARIE DONALD : «Vivre dans un arbre», Éditions de La Pleine Lune, Lachine, 2026, 120 pages, 25,95 $.  

https://www.pleinelune.qc.ca/titre/733/vivre-dans-un-arbre

jeudi 14 mai 2026

LA RÉALITÉ DES ÉCRIVAINS VIEILLISSANTS

LES ÉCRIVAINES ET LES ÉCRIVAINS vivent des situations dont on ne parle jamais. Ils sont des milliers à expédier un manuscrit à un éditeur et très peu ont la chance de voir leur travail devenir un livre. En sachant qu’il y a plus de 200 maisons d’édition au Québec, imaginez le nombre d’hommes et de femmes qui souhaitent avoir leur nom sur la page couverture d’un ouvrage. Un nombre effarant de textes se retrouve sur la table des directeurs littéraires. Certainement plus de 100000 manuscrits par année dans tous les genres connus. C’est-à-dire que des milliers d’auteurs attendent un appel, espèrent recevoir un message qui leur ouvrira les grandes portes du monde de la littérature. Tous veulent vivre cet instant magique où l’on apprend que son travail deviendra un livre qui aura sa place dans les librairies et que les gens pourront se procurer. Et la célébrité avec ça, peut-être, si on a du génie. Un moment qui peut changer une existence. Du temps de ma jeunesse, les éditeurs avaient la gentillesse de nous répondre. Ce n’est plus tellement le cas. Maintenant, on vous prévient. Pas de réaction en cas de refus. Au bout de trois mois, si rien ne s’est produit, votre chien est mort. Des jours d’espérance, de silence où l’auteur passe de la joie d’avoir terminé un manuscrit à la déception. Des milliers à soupirer dans l’antichambre des éditeurs. C’est pire que d’attendre dix heures à l’urgence. Parce que dans le système hospitalier, on finit par s’occuper de vous et il y a toujours un médecin qui va vous recevoir.

 

Nathalie Fredette, dans «Nue devant des fantômes», nous entraîne dans ce drôle d’univers, celui des efforts qu’une écrivaine fait pour arriver à retenir l’attention d’un éditeur. Son titre plutôt étrange vient d’une missive de Franz Kafka où il mentionnait «qu’écrire des lettres, c’est se mettre nu devant des fantômes». Tout dire, ne rien cacher et se livrer à un proche ou un inconnu dans un billet, une confidence ou un appel. Prendre le temps d’écrire à un ami ou à un éditeur en devenant un peu un autre, en jouant un rôle en quelque sorte. 

 

«Ces lettres imaginaires adressées à des éditeurs fantômes font état de ma déconvenue, relatent mes errements dans l’épais brouillard, racontent mes “incursions dans le néant”, pour citer encore Woolf. Puissent-elles rappeler 

 toutes les plumes inspirées que la soumission d’un manuscrit ne doit pas faire perdre de vue la mission : écrire vaille que vaille, même en vain, si tel est le désir.» (p.11)

 

C’était facile avec Victor-Lévy Beaulieu et André Vanasse. Juste une petite note. Pas besoin de présentation, d’analyser mon manuscrit, de devenir un auteur qui se déguise en chroniqueur pour louanger mon travail. J’expédiais mon texte avec une phrase du genre : «Voici mon dernier, j’espère que ça va aller.» Et je recevais une réponse une semaine plus tard. Quand Victor-Lévy disait que «c’était du bel ouvrage», je savais qu’il n’y avait pas grand-chose à changer. C’était autre chose avec André. Il me demandait souvent de retravailler un paragraphe, me questionnait sur un personnage ou encore sur la chute d’un chapitre. Je retroussais mes manches pour revoir le passage litigieux et nous finissions par nous entendre. Je mentionnais dans une chronique où je rends hommage à André après son décès, de l’incroyable échange de lettres et de commentaires qui a marqué la rédaction de mon roman «Le voyage d’Ulysse». C’est unique, de quoi faire des envieux. Sans lui, mon épopée ne serait jamais devenue ce qu’elle est.

Et me voilà maintenant orphelin, sans éditeur, un itinérant qui doit tendre la main après avoir placé une dernière virgule dans son manuscrit. Je me sens comme le quêteux de mon enfance qui cognait à toutes les portes de la paroisse pour recevoir quelques sous. Et il y a cette présentation obligatoire. J’y arrive mal. J’ai l’impression d’écrire une fiction quand je me mets à la tâche. C’est peut-être le réflexe du chroniqueur qui fait surface. 

Je déteste cet exercice. Comme s’il fallait devenir un spécialiste de soi en offrant son ouvrage. Je me sens alors comme un encanteur qui tente de vendre un cheval borgne. Qui suis-je pour parler de moi?

 

TENTATIVES

 

Nathalie Fredette écrit des missives élaborées à des éditeurs fictifs du Québec. Il y a des indices et je me suis amusé à deviner les maisons qu’elle vise malgré le maquillage. Et à des directeurs étrangers dans la dernière partie du roman, comme si elle désespérait de retenir l’attention d’un Québécois. 

Des lettres plutôt longues, assez pour rebuter un éditeur qui se bat avec le temps et qui ne lit jamais plus de vingt pages d’un texte. Ce n’est pas une lecture, mais un tri qu’effectue un éditeur d’abord. Je ne pense pas qu’une telle lettre, dans la réalité, réussirait à émouvoir un grand manitou de la littérature. 

Madame Fredette a publié plusieurs ouvrages pour la jeunesse et quelques titres pour les adultes. Ça devrait ouvrir des portes, mais on se rend compte que le passé ou la bibliographie n’impressionne plus les «faiseurs de livres» et que ça peut se retourner contre vous. C’est même un terrible handicap que de posséder plus de passé dans son aventure littéraire que de futur. 

Je connais nombre d’écrivains qui ont une œuvre derrière eux et qui n’arrivent plus à retenir l’attention d’un éditeur. Certains ont renoncé. Inutile de se battre contre l’âgisme ou le temps. Il n’y a plus guère de place pour les auteurs de 70 ans et plus à moins d’être une vedette comme Monsieur Archambault. C’est pourquoi je le vénère et l’admire. Il a su déjouer la vieillesse.

Madame Fredette a des contacts, ses anciens éditeurs, et c’est vers eux qu’elle se tourne d’abord. Elle se bute au silence. Je connais cette impression d’être un produit que l’on enlève des tablettes parce que la date de péremption est passée. La terrible sensation de se sentir en dehors du monde, de ne plus avoir sa place et d’être de trop. Le pire : de ne plus être vivant et d’être juste bon pour le CHSLD. 

 

«Ces lignes soulignent simplement combien un écrivain s’accroche aux mots qui lui sont envoyés, même aux plus banals, courts, convenus, entendus, évidents, désolants… Combien il s’accroche à “cette désespérante réponse toute faite dans laquelle on cherche le mot encourageant” qui fait oublier la suite, c’est-à-dire l’essentiel : votre manuscrit ne nous intéresse pas. D’où l’importance de répondre, comme tu l’as bien saisi! Éditeurs, manifestez-vous, même brièvement! Un mot de vous fait toute la différence! Il encouragera des vocations ou les étouffera. Il sauvera des vies ou y mettra fin.» (p.61)

 

C’est le drame de l’écrivain et de l’écrivaine qui migrent vers «l’âge d’or». Être rejeté du monde, ignoré et surtout se sentir vétuste et d’une autre époque.

 

FRÉNÉSIE

 

Nathalie Fredette y va avec une belle frénésie et une énergie jubilatoire. Elle plaide pour son recueil de nouvelles, pour garder sa petite place dans la confrérie des écrivains et des écrivaines. Elle avoue qu’elle n’est pas du côté de la mode ou de la tendance du jour. On le sait, ce qui importe maintenant, c’est «l'ego» de l’écrivain. Tous ceux et celles qui ont droit à quelques minutes de gloire à la radio ou à la télévision doivent être «des égos». On oublie alors le livre, cet objet obsolète, pour s’attarder au vécu de l’auteur ou de «l’auteurisse». C’est l’homme ou la femme que l’on vend. Une marchandise comme une autre. Une autobiographie de préférence ou encore un auteur qui avoue candidement qu’il s’est «autofictionné» pour faire vrai. Voilà, tout est dit. C’est du réel, c’est du concret, pas de la fiction ou de l’imaginaire. Auteurs, avouez tout et inventez-vous une biographie!

Bien sûr, il y a des exceptions. 


«Nue devant des fantômes» est un magnifique plaidoyer pour la littérature. Celle qui dérange, qui interpelle, qui ébranle et qui fait que l’on respire un peu différemment après avoir suivi un écrivain dans son aventure. Avec beaucoup d’humour, madame Fredette parle de son amour de la lecture, des écrivains et écrivaines qui la nourrissent et lui donnent la force d’espérer. J’ai goûté particulièrement sa missive à un éditeur afghan. Magnifique! Sa signature surtout.

 

«Allah est grand. Moi, petite et grosse.» (p.129)

 

Toujours est-il que Nathalie Fredette met le doigt sur une situation que l’on peut déplorer ou ignorer. Que deviennent les écrits des écrivains qui vieillissent ou prennent de l’âge et que l’on repousse dans une sorte de purgatoire quand ils n’ont pas la sagesse de se taire. 

L'écrivaine bouscule la dictature des best-sellers et du succès qui fait courir les foules dans les salons du livre. Faut-il se droguer, avoir vécu l’itinérance, avoir été séquestrée par des talibans ou encore avoir gravi l’Everest à reculons pour trouver sa place dans les fabriques de livres?

Bien sûr, il y a toujours des éditeurs sérieux qui aiment les textes et les véritables écrivains et écrivaines. Nous n’avons qu’à lire le dernier roman de Monique Proulx, «Le bien ne fait pas de bruit» pour être rassurés. Un ouvrage magnifique qui nous permet de nous risquer tout doucement dans la beauté et l’émerveillement du monde et nous fait oublier les récits jetables.

 

FREDETTE NATHALIE : «Nue devant des fantômes», Éditions de La Pleine Lune, Montréal, 2026, 144 p., 26,95 $

 

https://www.pleinelune.qc.ca/titre/728/nue-devant-des-fantomes

mardi 24 février 2026

UNE PLONGÉE AU CŒUR DE L’HORREUR

LE ROMAN permet d’aller au-delà de l’actualité, des faits qui gardent un moment l'attention avant d’être relégués aux oubliettes. Le 4 août 2020, le port de Beyrouth explose. La déflagration détruit une grande partie de la ville. Le bilan est effroyable : 235 morts, 6500 blessés, 77000 bâtiments pulvérisés ou endommagés et environ 300000 personnes dans la rue. «Les bestioles» de Hala Moughanie nous pousse au cœur de cet événement. Nous emboîtons le pas à un épicier, un ancien combattant, qui a survécu par miracle. Tout est dévasté dans le quartier. Sa voisine, une femme seule avec qui il partageait un repas de temps en temps, une dame âgée qui attendait le retour de son fils a été écrasée par la chute d’un mur. La petite fille du haut est morte de façon atroce. Une vitre en explosant lui a tranché la gorge. Du verre partout, des gravats et les maisons en ruines. Le narrateur raconte l’événement, des moments de sa vie, sa pétrification, sa minéralisation, je dirais devant cette violence qui lui a enlevé toute sensibilité. Il n’y avait que son épouse pour trouver l’homme sous la carapace et effleurer son cœur. 

 

La situation est inimaginable dans la ville après ce big bang de fin du monde. Et pas seulement dans Beyrouth, mais dans tout le pays. Le Liban a connu les bombardements quotidiens, la hantise constante des drones qui volent partout, «les bestioles», comme les appelle notre commerçant. 

Le rescapé a reçu un éclat de verre dans l’œil, mais cela ne semble pas trop l’incommoder. Il se faufile dans les décombres au milieu des cadavres, écoute ce que les gens racontent. Il n’en démord pas : c'est à cause des avions. Les autorités parlent d’un accident, d’une erreur qui a provoqué la catastrophe. Le narrateur ne croit plus personne depuis longtemps et est convaincu qu’un bombardement a touché les réservoirs du port. Tous les voisins ont entendu les avions juste avant l’explosion.

 

«En réalité je n’ai plus mon œil. Le droit. Je veux dire, je l’ai encore mais un éclat de verre est rentré dans l’iris. Un tout petit, mais même petit, dans l’œil, ça fait des dégâts ces choses-là. Quelle sale histoire! Quand je pense que la guerre fratricide me l’avait laissé, l’œil. Et celle de 2006 aussi. Et tous les attentats avant, pendant, après. Mais là, mon œil qui part à cause d’un débris de verre et même pas à cause d’une balle perdue!» (p.11)

 

Les survivants tentent de retrouver des proches, des victimes sous les décombres, un ami peut-être, de comprendre. Un miracle que d’être toujours là, de respirer avec un éclat de verre dans l’œil. Ils ont tout perdu, veulent aider, nettoyer et se refaire un semblant de vie. 

 

«Quelques-uns restent ici à fixer leurs alentours avec un regard pétrifié comme la pierre qui a tout envahi, même les yeux. Eux aussi, ils ne reconnaissent pas le quartier. Ils ne parlent pas. Y a deux minutes, c’était le leur, le quartier. Y en a que je reconnais, le coiffeur, la voisine de l’immeuble à gauche. Je sais pas comment elle est sortie puisqu’il est à terre, son immeuble, mais peut-être qu’elle n’y était pas encore entrée et qu’elle y a échappé parce qu’elle revenait de l’épicerie, comme moi.» (p.13)

 

Un souffle et ils sont passés d’un quartier calme et paisible à un univers de ruines. Partout, les gens s’agitent, nettoient et balaient les rues pour faire quelque chose, pour retrouver la vie d’avant, même si c’est impossible. 

 

SECOURS


Des brigades se mettent à l’ouvrage pour nettoyer, apporter des repas, soigner les blessés avec le peu qu’ils ont. Il faut tenir tête au malheur, à la fin du monde. 

Le narrateur n’aime pas trop cette agitation, mais cède quand la faim devient intolérable. Plus rien ne le retient, sauf des pulsions primaires. Il évoque souvent sa femme, mais ne veut pas en parler, la jeune voisine qu’il surveillait et qui lui redonnait les désirs qu’un homme éprouve devant une belle femme. C’est qu’il a tout vu et tout entendu notre ancien militaire. La pire des choses pour lui, c’est peut-être de se retrouver avec un œil amoché au milieu des survivants.  

 

«Ceux qui sont restés, ils nettoient les trottoirs et rassemblent les vitres brisées dans un coin. Des fenêtres aux étages, y a des vitres qui sont pas entièrement tombées, et de temps en temps quelqu’un gueule qu’il faut pas se tenir en dessous pour qu’il puisse en finir avec le reste de la fenêtre et la balancer d’en haut. Alors elle s’écrase sur le sol et fait encore plus d’éclats et les gens balaient. Tout le monde balaie tout. Solidarité libanaise. Ça réchauffe le cœur. Personne pour dire : “Ça c’est ta vitre, c’est pas la mienne.” Non, on sent bien l’unité. Ça réchauffe le cœur.» (p.29)

 

L’épicier retrouve des élans de fraternité, le désir d’être qui est plus fort que tout. Il est ému par ce communautarisme qui pousse les gens à nettoyer, même si cela peut sembler absurde. Une formidable volonté de rebâtir un milieu de vie où ils pourront être, agir et aimer. Une solidarité inébranlable qui n’empêchera pas la prochaine catastrophe. Parce que c’est cela, respirer au Liban, à Gaza, en Ukraine. C’est aller d’une déflagration à une autre depuis trop longtemps.

 

LA MORT

 

La mort engendre la violence et la guerre, les attaques et les représailles quotidiennes. La réponse des autorités : un accident même si personne ne les croit. 

 

«L’est gentil le mec du rez-de-chaussée mais je crois qu’il me raconte des bobards. Oui, c’est sûrement des bobards, moi j’ai entendu des avions. Je le lui dis au voisin, sans rire. Lui aussi, il a entendu les avions mais la version officielle dit que c’est une négligence. Donc, pas d’avions.» (p.31)

 

Le roman d’Hala Moughanie décrit la beauté dans l’horreur, le pire, la fin de tout lorsque la vie ne tient qu’à un fil. Parce qu’il y a celui et celle qui tendent la main quand tout n’est que poussière et que l’on a tout perdu. C’est la vie qui s’impose envers et contre tous, comme dans la magnifique épopée de Jean Bédard : «Le dernier siècle avant l’aube. » La volonté d’exister sous un ciel rempli de «bestioles» qui menacent, surveillent et peuvent vous tuer entre deux pas. Les drones et les avions arrivent tel un vent de mort, avec les explosions et le souffle qui emportent les maisons. Que reste-t-il quand on ne peut plus faire confiance aux nuages et au soleil

Et, dans la douleur et le désespoir, dans les cris et les larmes, dans l’incroyable silence d’une fin du monde, la vie reprend, la colère revient aussi devant l’aveuglement des dirigeants. La terrible colère qui rend fou quand on vous prive de tout. 

La population se rassemble sur la grande place de la ville, pour dire qu’ils sont toujours là et qu’ils ne sont pas des bêtes, qu’ils ont droit à tous les petits bonheurs qu’un humain peut exiger en ouvrant les yeux le matin. Juste respirer et revendiquer sa propre mort, celle qui nous emporte au bout du temps qui nous est alloué, «cette mort qui n’était pas la leur», comme l’écrit Marie-Célie Agnant. 

 

«C’est lui qui l’a tuée, ma femme, c’est pas moi, et si j’atteins la rue des banques, je me mets à couvert. Oui, c’est qui qui flinguait alors qu’il ne voulait pas, qui l’a tuée. À moins que ce soit toi qui l’aies flinguée, ta femme, la possibilité d’absolu n’a pas sa place dans cette ville qui nous grignote. J’y pense pas mais j’avance et je le vois d’ici, le sniper, sur le toit du Parlement, avec mon œil gauche, celui qui tient seul un peu la route. Et il me voit lui aussi regard à regard dans mon œil.» (p.115)

 

Hala Moughanie plonge dans la dérive d’un homme qui a connu toutes les guerres et qui est revenu avec le désespoir dans l’âme. Il vit parce qu’il ne sait pas faire autre chose. Il passait beaucoup de temps dans son épicerie, discutait avec sa voisine âgée, qui n’est plus, et quelques clients. Il est un survivant, une victime, et un bourreau à une certaine époque. 

 

«Du monticule, y a une voix aussi qui dépasse. Elle monte à peine. “Aide-moi”, qu’il dit l’homme dans un murmure, et c’est comme si tout son souffle, il finit de l’exténuer de sous les pierres et la poussière. Mais qu’est-ce que j’aurais pu faire, moi, seul, là? Rien. Avec mon œil qui va pas? Non, rien! J’ai simplement souhaité qu’il crève vite. Pour pas qu’il souffre trop je veux dire, suis pas un mauvais type.» (p.15)

 

 Le voilà incapable de tendre la main vers l’autre, sauf peut-être vers ce sniper qui est un double, un pareil et son assassin. Un récit qui fait penser à tous ceux et celles qui survivent à Gaza et en Ukraine, dans ces pays envahis par les drones qui bâillonnent les oiseaux du matin au soir. Un texte terrifiant, et, en même temps, fascinant. L’humanité fait surface : avec ceux et celles qui agissent, maladroitement, pour aider, pour toucher le beau en chacun de nous. Pas étonnant que ce livre ait remporté le prix France-Liban en 2025.

 

MOUGHANIE HALA : «Les bestioles», Éditions de La Pleine Lune, Montréal, 2026, 120 pages, 25,95 $. 

 https://www.pleinelune.qc.ca/titre/724/les-bestioles

jeudi 12 février 2026

MARIE-CÉLIE AGNANT BOUSCULE TOUT

CERTAINS LIVRES vous laissent étourdis tellement ils vous frappent par leur vérité et leurs propos. Marie-Célie Agnant, dans «Cette mort qui n’était pas la leur», vous touche à l’âme et au cœur en traçant un portrait de la société qui donne des frissons. L’écrivaine d’origine haïtienne bouscule nos aveuglements dans cet opus de colère et de lucidité face à l’exploitation d’humains par les humains. Notre richesse et nos privilèges d’Occidentaux reposent sur la manipulation, la violence qui va jusqu’à éliminer ceux qui deviennent encombrants. Un long cri de la narratrice, une plainte qui vient des balbutiements de notre passé, un tsunami qui emporte tous vos raisonnements. Un hurlement terrible qui dénonce les injustices qui ne cessent de s’accumuler dans le vaste monde. Des émigrants, hommes et femmes, originaires de pays lointains, se butent au racisme dans leur nouvelle communauté, au mépris et à une répression constante des autorités. Certains tombent sous les balles des forces de l’ordre, laissant leur sang sur les trottoirs. Ils n’ont pas droit à leur histoire, n’ont même pas pu vivre la mort qui aurait dû être la leur, puisque quelqu’un a décidé de les écarter parce qu’ils étaient encombrants. 

 

Ils ont pour nom Robert Dziekanski, Georges Floyd, Joyce Echaquan, Renée Good et Alex Pretti. La liste s’allonge chaque jour et fait le tour de la Terre dans une chaîne de honte et de larmes. Des vies écourtées, des individus abattus parce qu’ils ont eu l’audace de respirer. La fin de Joyce Echaquan dans un hôpital où l’on doit soigner les blessures. Des morts brutales que ces victimes n’auraient jamais dû avoir, décidées par les armées de l’ordre ou tout simplement la volonté d’éradiquer tout ce qui nuit au confort des possédants. Des hommes en uniforme qui tuent en toute impunité, comme les guignols de l’immigration au royaume de Donald. 

Mona Philomène, une femme venue du «pays là-bas» qu’elle ne nomme jamais (Haïti), est installée à Montréal pour échapper à tous les dangers. Elle tente de se faire une vie normale, elle travaille dans une épicerie pour un salaire de misère, poursuit des études pour comprendre cette société qui jongle avec les mots égalité et liberté. Elle se donne la permission de contrer la malédiction qui colle à la couleur de sa peau. Elle aurait pu se retrouver préposée aux patients dans un hôpital ou encore faire des ménages dans les quartiers riches. C’est le sort de bien des hommes et des femmes qui viennent d’ailleurs et qui doivent se débrouiller au pays de toutes les chances, même si on ne reconnaîtra jamais leurs diplômes et leur savoir faire. 

 

VOISINE

 

Elle niche dans un appartement insalubre et entend la voisine respirer et bouger, incapable de dormir avec les musiques et tous les bruits. Une inconnue qu’elle décide d’affronter et de faire taire peut-être. 

Elle deviendra une amie précieuse, sa confidente, un modèle qui lui apprend la vie et le partage, la joie quand tout file entre les doigts. Zofia Dziekanski est la mère de Robert, tué par des agents de l’aéroport de Vancouver, alors qu’il venait de Pologne pour la rejoindre. Une femme fascinante qui sème la beauté autour d’elle jusqu’à ce qu’on la touche à l’âme en abattant son fils!

 

«Aucune parcelle de mon être, si petite soit-elle, n’a été épargnée, Mona. Ma vie est décousue, rien ni personne ne pourra la raccommoder. Cassure, à tout jamais!» (p.20)

 

Mona écrit pour dire sa révolte, pour ne pas oublier, pour cette femme qui a été frappée en plein cœur en même temps que son Robert à l’aéroport de Vancouver.

 

«Ces cahiers me rappellent entre autres l’importance du devoir de mémoire. Il nous appartient, disais-tu, de garder en vie les souvenirs que détruit cette violence multiforme qui ronge nos sociétés. Refus de baisser les bras, de camoufler stigmates et cicatrices, pour qu’un jour, la violence cesse d’être la norme, telle était ta devise… … Écrire pour ne pas céder au gouffre, écrire pour maintenir vivante la lumière vacillante de ce qui a été partagé. Écrire, finalement, parce que la fidélité à la mémoire est le dernier refuge quand tout menace de se dissiper, et que l’amitié, dans sa nudité, devient le rempart contre la nuit immense.» (p. 12-13)

 

Zofia se faisait une fête de l’arrivée de son fils après une si longue séparation. C’était plus que des retrouvailles, mais un nouvel envol pour les deux. Elle venait de la Pologne, qu’elle avait quittée pour se faire une vie de liberté, de découvertes, de grâce à Montréal. Elle avait renoncé à toutes les études et ses diplômes pour effectuer des ménages chez les riches, demeurait dans cet appartement minable qu’elle métamorphosait par sa joie, ses histoires, ses chants, ses plantes et les décors qui transformaient la laideur en beauté, la misère en allégresse. 

Le bonheur d’être et de respirer, d’écouter Yma Sumac, cette chanteuse d’origine indienne du Pérou qui était tout autant un oiseau qu’un être humain. Une voix unique, à peine imaginable, capable de s’étendre quasiment sur cinq octaves. 

Zofia s’occupait aussi des arbres sur un terrain abandonné où elle avait l’impression, avec Mona, de se retrouver au paradis pour rire, se reposer et communiquer avec la terre et tout ce qui est vivant autour de nous. 

 

«Le souffle du vent te ramène, tu n’es plus cette femme en gésine qui se tord de douleur en embrassant désespérément une urne, mais bien celle que j’aime, la Zofia hardie, celle avec le cœur sur la main, qui me tance avec un sourire tendre et épanoui dans le regard. Tu me grondais, disais-tu, avec joie et amour parce que tu avais appris à m’aimer comme la fille que tu n’as pas eue. Tes paroles, Zofia, comblaient tous mes manques.» (p.32)

 

Une histoire d’amitié, de morts, de révolte et de respect, de colère et de rage aussi. Mona ne peut s’empêcher d’écrire pour témoigner, pour dire sa terrible douleur d’avoir perdu son amie qui, après le meurtre de son garçon, ne pouvait plus rester à Montréal. Le fil qui la gardait du côté des humains s’était cassé. 

 

«Réclamer la paix équivaut à prêcher dans le désert, tandis qu’on enlève carrément le droit de vivre à une catégorie de gens. Dans une boucherie, un génocide autorisé et soigneusement planifié par une assemblée de tueurs, surprotégés, grâce aux narrations victimaires, les mêmes qui ont servi à asseoir leur domination, on remplit les fosses communes.» (p.158)

 

Les migrants de la Terre sont marqués par la tache indélébile de l’exploitation et de la soumission. 

 

ESCLAVAGE

 

Mona évoque ces peuples entassés dans des bateaux pour être envoyés en Amérique en tant qu’esclaves, traités comme des bêtes. Ils sont devenus des animaux au pays de la liberté et de l’égalité. Une page glorieuse de l’Amérique qui, après avoir tout fait pour exterminer les Premières Nations, n’a rien trouvé de mieux que l’esclavage. Mona témoigne pour tous les autres qui sont sans voix et qui n’ont pas la bonne couleur de peau. 

 

«On part du principe — du moins, c’est ce que le système attend de nous — que ceux qui, au nom de l’ordre, nous tuent, tuent en fait ceux qui sont mauvais. Au temps jadis, les mauvais étaient les Autres que l’on dépouillait de leurs cultures, de leurs langues, de leur existence, que l’on forçait à travailler pour rien, que l’on fouettait jusqu’au sang, qui étaient bouffés par des chiens dressés pour faire la chasse aux mauvais. C’est clair qu’ils étaient mauvais, autrement comment penser qu’on puisse les traiter de la sorte? Il fallait convaincre qu’ils étaient mauvais pour que dure le système.» (p.138)

 

La jeune femme écrit, étudie jusqu’à rédiger sa thèse de doctorat envers et contre tous pour donner une voix à tous ceux et celles qui se sont fait voler leur mort et un grand bout de leur vie.

Un roman bouleversant, qui vous touche en plein cœur et à l’âme si nous en avons encore un peu. Un texte qui secoue tous les mensonges de nos dirigeants, toutes ces fausses raisons qui rendent acceptable l’inacceptable, l’économie de l’exploitation et du pillage, la concurrence et la guerre qui justifie le travail des enfants dans des pays trop peuplés. Sans compter la dévastation des lieux en Afrique ou en Amérique du Sud. 

Tout ce confort qui repose sur le rapt, le vol, le viol et le gaspillage éhonté des ressources. Toute cette logique qui nous pousse à détruire la planète en s’en prenant au climat et à mettre en danger l’aventure de la vie sur une Terre qui n’en peut plus. 

L’incantation de Mona coupe le souffle et vous secoue tel un pommier pour faire tomber tous les faux raisonnements qui nous rendent aveugles et croire à un bonheur égoïste et irresponsable. Des enfants meurent de faim à Gaza ou en Ukraine, en Afrique ou aux Philippines sous la main des exploiteurs ou les bombes.  

Marie-Célie Agnant nous dit la souffrance atroce du monde et, en particulier, celle des populations qui sont gardées à vue et volées depuis des centaines d’années. Avons-nous encore un avenir? L’écrivaine en fait douter quand elle compile les folies et les démences qui permettent aux goinfres de s’empiffrer comme jamais. Un roman qui nous laisse perdus dans nos têtes et dans nos convictions. Une écriture à vif qui vous souffle comme une brûlure qui mord la peau jusqu’à l’os.  

 

AGNANT MARIE-CÉLIE«Cette mort qui n’était pas la leur», Éditions de La Pleine Lune, Montréal, 2026, 200 pages, 26,95 $

https://www.pleinelune.qc.ca/titre/722/cette-mort-qui-netait-pas-la-leur