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lundi 9 mars 2026

S’ÉMERVEILLER AVEC GÉRALD GAUDET

NOUS VIVONS une époque des plus étranges où tout s’accélère. Partout, on répète que nous devons viser l’excellence, être de plus en plus efficaces et productifs. Il faut garder les yeux sur la richesse et le confort sans se soucier de ceux et celles qui ne peuvent circuler sur cette autoroute où l’on fonce à 200 km/h. Et il semble que l’intelligence artificielle va augmenter cette «formidable cadence». Pour suivre, l’humain doit agir comme une mécanique, écraser ses émotions et ses réticences pour être une parfaite machine. Surtout, ne jamais se préoccuper des effets de cette bousculade. La pensée et la réflexion deviennent obsolètes dans le monde de Donald Trump. Pourtant, il y a ceux et celles qui préfèrent «les chemins de travers», de Serge Bouchard, ceux et celles qui refusent de n’être qu’un robot d’une efficacité redoutable. Dans «S’émerveiller, un acte de résistance», Gérald Gaudet suggère de s’écarter de cette spirale vertigineuse pour prendre le temps de respirer, d’admirer la beauté de notre planète. Il se laisse emporter et submerger par la vie sous toutes ses formes, par la grâce d’un mot ou d’une phrase qui éblouit comme un coucher de soleil en juillet.  

 

Dans cet essai d’une centaine de pages, Gérald Gaudet, poète, enseignant et surtout grand amoureux des écrivains (il a publié des livres d’entretiens remarquables), met le doigt sur la catastrophe qui guette notre époque. L’accélération des déplacements, des gestes, de la parole qui devient un tsunami incompréhensible, la montée de la colère et le refus de patienter quelques minutes pour combler un besoin ou encore recevoir un service du gouvernement. Tout doit être donné tout de suite, sans une hésitation. L’attente dans les urgences des hôpitaux est une crise nationale et le citoyen doit avoir à portée de main tout ce qu’il souhaite sept jours par semaine. Tout désir ou toute pulsion doit être satisfait instantanément. Pas question de perdre son temps. Que dire des relations amoureuses dans cette bousculade? Je t’aime, je te prends. Je ne t’aime plus, je te rejette et te remplace sans hésiter.

 

CHOIX

 

Gérald Gaudet opte pour l’arrêt et la lenteur, d’ouvrir les yeux pour «voir pour de vrai», surprendre un moment de vie, un sourire ou encore s’attarder dans un poème d’Hector de Saint-Denys Garneau. Cet art se déploie en trois sauts dans son ouvrage. Le temps de «La rencontre», de «La fatigue d’être soi» et l’instant attendu d’être «Seul devant la beauté». 

Une façon de saisir la magie de l’univers, de se retirer du tumulte et du «murmure marchand», de faire éclater le jour et d’échapper à la spirale de la vitesse pour être soi dans les merveilles de notre environnement qui ne cessent d’étonner quand nous prenons la peine de n’être qu’un regard. 

 

«Ces moments de grâce, même fugaces, consolent et rassurent, qu’ils soient de langage ou de pure présence : à travers le bruit et la fureur du monde, la beauté ouvre un espace par où je pense entendre battre le cœur vibrant du monde. J’aime que cela ait pu m’être donné, ce type de rencontre là avec la grâce, du côté de l’âme, dans la chaleur de mon petit appartement, entouré de mes livres, de mes musiques, avec Monsieur Émile, mon chat, qui ronronne tout près.» (p.14)

 

Ces instants où la frénésie et l’agitation vous quittent pour vous abandonner dans le vaste monde qui s’offre comme l’album de toutes les merveilles. Vous êtes alors un témoin de la beauté. Ce peut être au milieu d’un concert qui vous plonge dans une épiphanie, un moment d’intensité qui permet à votre être de devenir une pulsion d'être. Ou un jour calme et ensoleillé dans une ville de Grèce ou encore un soupir sur votre balcon quand l’air est sonore le matin. Une mélodie de Maurice Ravel ou de Claude Debussy, un extrait du formidable roman de Jean Bédard «Le Dernier siècle avant l’aube» ou une phrase de Jean-François Beauchemin qui rêve du temps d’avant sa naissance. 

 

«Ces moments me protègent de quelques soucis, éloignent l’angoisse, désarment la violence ordinaire, de vieux chagrins. Ils sont purs, désintéressés, pleinement amoureux. Je n’ai besoin de rien de plus, je sais qu’ils existent. Ils augmentent mon plaisir d’exister, ils l’assurent, ils m’aident à tenir jusqu’à demain.» (p.15)

 

Gérald Gaudet s’efforce d’être une conscience dans le présent, là, dans son époque, d’être un lecteur avant tout, curieux du monde et de ses merveilles, fasciné par les bergers du temps et les livres, par les écrivaines et les écrivains qui se transforment en chercheurs de sens. 

 

«Ce qui surgit en un instant, que l’on n’avait pas prévu, et qui met en émoi, n’arrive qu’une seule fois. Si l’on ne s’y arrête pas, si l’on ne fait rien avec lui, si l’on ne développe pas comme le fera par exemple Duras, il se perd, il est perdu, renvoyé dans cet irréversible dont parle Jankélévitch. C’est le risque. Il serait oublié.» (p.22)

 


 Alors, la femme et l’homme s’épanouissent dans ces petites révélations qui se donnent au moment où ils s’y attendent le moins. Il suffit de s’abandonner à la conscience de soi et de ses semblables pour retrouver la justesse et la magnificence du monde. 

 

«Je dirais encore : il faut sortir de soi. Et j’ajouterais : il faut se libérer du rêve de vérité, comme on la pensait à l’âge classique, que l’on imaginait comme une “adéquation de la chose et de l’esprit”, rêve d’une vérité à soi dans l’amour qui va jusqu’au fantasme de fusion, et se tourner vers cette autre vérité, plus proche de l’expérience de vivre, qui se perçoit comme inadéquation et même dévastation.» (p.48)

 

L’entreprise de «se déprendre de soi», comme disait Victor-Lévy Beaulieu, d’arriver à se mettre en retrait du tumulte et de la course à la performance. Couper peut-être le contact pendant quelques secondes d’éternité pour fuir la frénésie des autoroutes où il est interdit de flâner. Tout simplement être dans sa conscience, et dans tous les recoins de son être. 

 

«J’ai toujours cherché à saisir le monde dans lequel je vivais, qui me dépasse et m’échappe, qui souvent me désespère. Et je n’ai pas fini de chercher en lisant et en écrivant. Et en tenant aux entretiens avec des écrivains et des écrivaines qui me paraissent déterminants. J’ai toujours voulu rester fidèle à ce qui emporte, me sort de la vie ordinaire et qui me donne des raisons d’aimer — ou d’être aimé —, même ce qui de prime abord paraît impensable.» (p.73)

 

Gérald Gaudet nous entraîne dans sa méditation et nous voilà en équilibre sur un vers, ou encore un mot qui nous emporte délicatement sur une rivière tranquille qui fascinait tant Gabrielle Roy. Plus on avance dans l’essai de Gaudet, plus on ralentit pour s’attarder à la rondeur de sa phrase. 

 

«Les poètes nous transportent dans un monde plus vaste et plus beau, plus ardent et plus doux que celui qui nous est donné, différent par là même, et en pratique presque inhabitable». (p.88)

 

J’ai traversé cet essai sur le bout des pieds comme si je découvrais un tableau et que je suivais les petits coups du pinceau d'un peintre qui esquisse un monde. Après avoir tourné la dernière page, je n’ai pu m’empêcher de relire le tout, pour humer chaque mot et en respirer les arômes, pour tendre les bras vers une image, une citation ou une réflexion qui permet de se faufiler dans l’instant. Je me suis retrouvé souvent hésitant devant une phrase qui s’ouvre et se ferme au rythme des battements d’un cœur.

 

«Une question vient : le monde est-il encore habitable? Quand il se fait aussi narcissique et égocentrique, porté par les jeux du pouvoir, l’amour de l’autre, lui porter soin, s’élever avec cet autre, est-ce pensable?» (p.65)

 

Et je réponds oui tant qu’il y aura un Gérald Gaudet qui prend le temps de flâner sur une terrasse pour voir un père s’amuser avec son enfant, un lecteur qui roule entre ses doigts un bout de poème et qui sourit devant l’envol d’une hirondelle.

Un texte important, une expérience de vie et d’être dans les territoires de son corps et de son être. Une manière d’échapper aux turbulences de la société et de se retrouver dans toutes les dimensions de la pensée et de la contemplation. 

Un écrit qui permet de se situer dans sa tête et la vie qui nous emporte irrémédiablement. Un petit livre à garder à porter de main. Il vous accompagne dans l’incroyable aventure d’être dans l’envoûtement du monde. Il ne sera jamais bien loin de moi, tout comme «Chimères» de Frédérique Bernier. Ce sont des outils de survie dans une époque en transe.

 

GAUDET GÉRALD : «S’émerveiller un acte de résistance», Éditions Nota Bene, Montréal, 2026, 104 pages, 13,95 $.

https://groupenotabene.com/publication/semerveiller-un-acte-de-resistance/

mercredi 28 août 2024

UNE PLONGÉE DANS L’ŒUVRE D’HAMELIN

J’ADMIRE ceux et celles qui passent des années à scruter les ouvrages d’un écrivain pour en faire jaillir la quintessence et les forces gravitationnelles. Sous leur regard, l’écriture devient une matière à soupeser et à ausculter pour en extirper les composantes et les obsessions de l’auteur. Il faut beaucoup d’attention, de recoupements et de réflexions, pour parvenir à dégager l’ossature d’une œuvre, les directions qu’emprunte l’écrivain. Il y a les histoires, bien sûr, mais c’est comme un paysage de montagne que l’on survole. Nous découvrons la surface sans pour autant nous aventurer dans les saignées ou encore les tranchées creusées par un ruisseau ou une rivière. Ces chercheurs deviennent alors des explorateurs et ils s’enfoncent dans les gorges, les vallées et tous les replis du terrain pour nous en montrer la texture et les composantes. Quelles heures formidables j’ai passées dans Brandir le poing de Julien Desrochers qui s’est transformé en arpenteur pour analyser et décortiquer plusieurs romans de Louis Hamelin. Son essai substantiel permet de nous faufiler dans plusieurs ouvrages de cet auteur que je fréquente depuis ses premiers pas.

 

Julien Desrochers amorce son périple avec La rage paru en 1989 pour terminer son parcours avec Autour d’Éva qui voyait le jour en 2016. Un cheminement d’une trentaine d’années. C’est suffisant pour en dégager des forces, des thèmes et les directions qu’emprunte volontairement ou instinctivement l'écrivain.

J’ai lu la première histoire d’Hamelin peu de temps après sa sortie. J’ai suivi alors Édouard Mallarmé, ce révolté qui ne sait comment canaliser sa colère dans une prose qui se démarquait par son efflorescence et nous poussait dans une autre dimension. Nouveau, étonnant et surtout d’une originalité qui m’a happé. J’ai compris tout de suite que je serais un fidèle et que j’attendrais sa prochaine publication avec impatience. Il y a quelques auteurs qui m’ont touché comme ça dès leurs premiers pas et qui font partie de ma garde rapprochée. Louis Hamelin, Lise Tremblay, Jacques Poulin, Victor-Lévy Beaulieu, Dominique Fortier, Élise Turcotte, Alain Gagnon et Hervé Bouchard. Je pense également à Martine Desjardins, Suzanne Jacob, Francine Noël et Monique Proulx. Il y a aussi Louise Desjardins, Jocelyne Saucier et mon incomparable et inoubliable amie Nicole Houde que je relis de temps en temps avec recueillement, comme si je me penchais sur un psaume.

J’ai eu le bonheur de rencontrer Louis Hamelin à quelques reprises et ce fut toujours des moments agréables et particuliers, comme si je croisais quelqu’un de ma famille malgré notre différence d’âge. Peut-être que je partage avec lui une certaine histoire et des bouts de vie, je ne sais pas. 

J’ai même eu l’occasion de lui servir de chauffeur lors de l’une de ses visites au Salon du livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean où je l’ai conduit à l’Université du Québec à Chicoutimi. Il était l’invité d’un groupe d’étudiants. Des instants privilégiés où l’on a pu faire connaissance. J’ai eu la chance de passer de précieux moments en accueillant dans ma petite Toyota Marie-Claire Blais, Sergio Kokis, Élise Turcotte, Louise Desjardins, Victor-Lévy Beaulieu et quelques autres. 

 

PROXIMITÉ

 


J’ai toujours ressenti une proximité avec l’univers de Louis Hamelin. Ses histoires d’abord qui me ramenaient souvent dans des territoires que j’ai fréquentés en tant que travailleur forestier. Particulièrement en Abitibi, avec ses marginaux révoltés et surtout la présence de la forêt qui devient un personnage dans plusieurs de ses romans. Je me répétais à la lecture de Cowboy, en 1992, que j’aurais pu écrire cette histoire parce que j’avais l’impression d’avoir arpenté le milieu que décrit Hamelin et surtout, je retrouvais les autochtones. Un monde, des moments qui sont demeurés gravés dans ma mémoire et qui me remuent encore quand je prends la peine de regarder derrière mon épaule comme on le fait tous en s’avançant dans l’aventure de la vie. Comment oublier ces moments de racisme pur et d’exploitation dont les Cris étaient les victimes
? Certains travailleurs se permettaient tout avec les autochtones qui avaient un village pas très loin du camp forestier, allant jusqu’à violer leurs femmes. J’ai effleuré le sujet dans La mort d’Alexandre sans trop insister.

 

FORCES

 

Julien Desrochers dégage les forces que portent les ouvrages d’Hamelin, suit les courants telluriques qui s’opposent et se confrontent pour constituer l’ossature des romans et des nouvelles de l’écrivain. La verticalité qui incarne le pouvoir qui opprime le peuple et la population s’impose dès la première publication de l’auteur. Une puissance qui écrase et étouffe les révoltés de Louis Hamelin. Enfermés dans une horizontalité dont ils ne peuvent échapper, ils doivent combattre pour tenter de se libérer même si cela s’avère impossible pour tout dire. Brandir le poing, s’en prendre aux dominants avec les mots comme seule arme, une force maléfique qui broie les héros hameliens.

 

«Partant, l’objectif principal du présent travail est d’offrir une étude d’ensemble de la figure du héros chez Hamelin, et ce, à partir de la manière dont il négocie cette situation de l’entre-deux. Il s’agira de montrer par quels moyens et par quelles stratégies discursives il s’échine, en tant que personnage lésé et subordonné, à opérer un processus de réappropriation lui permettant de s’inscrire dans l’intrigue en tant qu’acteur dynamique et véritable moteur du récit.» (p.13)

 

Bien sûr, c’est inévitable, il y a beaucoup de courbes et de méandres dans un essai de plus de 400 pages avant de parvenir à cerner les personnages de Hamelin. Parce que rien n’est simple et évident. L’auteur de Ces spectres agités prend bien des détours pour arriver à ses fins. Malicieux parfois, presque toujours, son narrateur, malgré les apparences, n’est jamais celui que l’on pense et il y a comme des doubles qui s’imposent et qui soufflent à l’oreille du héros. 

 

«En effet, le personnage-narrateur de Cowboy n’est pas en contrôle de ses actions langagières, lesquelles lui sont dictées par une entité altière, quasi surnaturelle. S’il finit par provoquer des bouleversements à Grande-Ourse, ce n’est pas tant parce qu’il a choisi de le faire que parce qu’il a été choisi par un individu qui préside ultimement à l’ensemble de ses actes de parole sur ce territoire.» (p.275)

 

Ce que je retiens surtout, c’est que Louis Hamelin tente la plupart du temps d’ancrer ses personnages dans la réalité québécoise avec ses déchirements, ses luttes de résistance sur un continent qui leur a été enlevé par la force des armes. Hamelin revendique tout le territoire de l’Amérique, surtout dans ses plus récentes publications. 

Des populations dépossédées, chassées de leurs terres comme les gens de Mirabel qui ont dû céder leurs fermes pour y construire un aéroport qui est devenu un éléphant blanc. Un gâchis sans nom qui ne sera jamais réparé et qui a détruit tout un milieu de vie. Tout comme les autochtones de Cowboy qui ont été privés de leurs territoires et que Boisvert exploite sans vergogne. C’est là une lutte constante dans les œuvres d’Hamelin, sans compter la tentative des membres du FLQ lors de la crise d’Octobre de 1970. 

 

CONSCIENCE

 

Les héros d’Hamelin ont conscience qu’ils sont des vaincus, des conquis et des dominés qui subissent les diktats des possédants qui occupent toujours le sommet de la tour ou de la ligne verticale. Même les Québécois qui réussissent à s’élever dans la hiérarchie du pouvoir restent les serviteurs de dirigeants invisibles qui ne leur laissent guère de marge de manœuvre. L’horizontalité est ce territoire incertain où des hommes et des femmes s’agitent, se perdent et arrivent plutôt mal à être entièrement dans leur corps et leur âme. Ils sont poussés par des forces aveugles qui les entraînent dans des combats qui ne peuvent que se retourner contre eux et qui devient suicidaire dans le cas d’Édouard Mallarmé de La rage. Ils ont beau brandir le poing dans des moments de colère, menacer le possédant, ils restent des pions qui sont broyés par le pouvoir qui s’impose toujours d’une manière ou d’une autre. 

 

«François Ouellet suggère avec raison que dans l’écriture d’Hamelin, mais aussi dans celle de plusieurs écrivains québécois, “la frontière marque un échec, une difficulté de passer à l’âge d’homme et que ce n’est, dans certains cas, qu’en sombrant dans la folie (pensons à Malarmé) que le héros est capable de “sauter les clôtures et de donner enfin libre cours à son instinct” ». (p.185)

 

Un essai solide, fouillé et détaillé, ancré dans le territoire des récits d’Hamelin. Je mentionne bien sûr La constellation du Lynx où l’auteur revient sur les événements d’Octobre 1970 et tente de mettre des mots sur la trame qui entoure cette révolte avortée. Étrangement, les acteurs de ces drames ont choisi de demeurer muets sur la mort de Pierre Laporte par exemple. Ils ont gardé un silence obstiné pour masquer leur échec certainement. Décision curieuse pour des révolutionnaires qui avaient commencé par l’action avant de rédiger un manifeste qui a été lu à la télévision de Radio-Canada.

Même si je suis un fidèle de Louis Hamelin, le travail de Julien Desrochers m’a permis de m’enfoncer plus profondément dans l’œuvre de cet écrivain marquant et important au Québec de maintenant. L’essayiste m’a surtout fait voir les grandes énergies telluriques que Louis Hamelin ne cesse de secouer en passant d’un roman à un autre. Un regard précis également sur la réception critique des ouvrages de ce romancier très révélateur.

Brandir le poing est passionnant, étonnant et sous l’étendue des mots et de l’histoire, il y a un univers qui se déploie et des forces qui s’affrontent. Comme quoi il faut aller plus loin, plus profondément pour découvrir le monde d’un écrivain. J’ai souvent répété dans mes chroniques que la trame narrative d’un roman ou d’un récit est la partie visible de l’iceberg qui dissimule la portion la plus importante de ce continent de glace qui dérive à la surface de l’océan et qui reste caché au spectateur. Et si Louis Hamelin plaît beaucoup au public et aux critiques, c’est qu’il confronte directement dans toutes ses publications le mal qui ronge les Québécois dans «ce pays qui n’est toujours pas un pays» comme le dit si bien Victor-Lévy Beaulieu.

 

DESROCHES JULIEN : Brandir le poing, Éditions Nota Bene, Montréal, 432 pages.

 https://www.groupenotabene.com/publication/brandir-le-poing-pouvoir-et-sujet-romanesque-dans-les-fictions-de-louis-hamelin

mercredi 24 juillet 2024

LA CHEVELURE MONTRE QUI NOUS SOMMES

CE COLLECTIFdirigé par Loïc Bourdeau et Fanie Demeule, m’a permis de prendre conscience que nous oublions souvent de nous attarder à des choses que nous côtoyons tous les jours sans les voir. Les cheveux, par exemple, prennent beaucoup de place dans nos existences. On connaît la fascination de Fanie Demeule pour les rousses. Elle en a fait l’objet d’un roman, donc pas surprenant qu’elle soit de ce projet. Capillaires regroupe quatorze textes qui sont l’expression d’une quête ou d’une recherche intérieure. Onze femmes et trois hommes. Est-ce que les cheveux ont plus d’importance dans la vie des femmes que des hommes? Le sujet m’a entraîné dans des constats étonnants.

 

Les cheveux, leurs couleurs et leurs teintes témoignent d’une certaine originalité et marquent souvent la rébellion ou encore le conformisme. Par exemple, il est rare de voir un politicien arborer les cheveux longs ou une tignasse à faire rêver le chauve que je suis. Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique du Canada, reste une exception dans notre société. Il dissimule son abondante chevelure sous un turban, une croyance religieuse, semble-t-il.

Il est vrai cependant que les cheveux prennent beaucoup de place dans la vie de tous les jours. C’est une sorte de bannière et une façon de se présenter devant ses semblables, d’affirmer son originalité et sa personnalité, même s’il y a toujours des règles dominantes chez les hommes et les femmes ; même si à peu près toutes les extravagances et les originalités sont permises de nos jours. Chaque groupe social établit ses balises et ses normes en ce qui concerne la chevelure. C’est devenu une manière de s’imposer, de faire sa place et de lancer un message à ses concitoyens. 

Les cheveux étaient fort importants dans ma jeunesse. Crinières longues pour tous, un héritage de la génération hippie qui nous a précédés et qui marquait une libération de la pensée et des corps. Tout un contraste d’avec mon enfance où l’on nous rasait le crâne «pour faire propre» comme disait ma mère. Une manière aussi de contrer les poux qui aimaient les tignasses abondantes et s’y réfugiaient volontiers. Je ne sais si vous avez subi le supplice du «peigne fin», mais c’était une séance de torture que ma mère nous infligeait régulièrement.

 

«Qu’il s’agisse des cheveux cachés de la jeune Silence dans le roman médiéval éponyme du 13e siècle, de la pratique du bacha posh en Afghanistan, qui consiste selon Burney à habiller une fillette en garçon pour plus de liberté et un meilleur statut social, ou l’art du drag et du transformisme, les cheveux cachent et relèvent des vérités. En masquent d’autres, parfois. Inanimés, mutiques ou dressés, les cheveux en disent long sur notre organisation du monde et ses hiérarchies.» (p.14)

 

Bien sûr, la couleur des cheveux et leur longueur, les arrangements savants et les coupes restent importants. Il s’y rattache des histoires effroyables parfois. Je songe aux femmes françaises que l’on a rasées à la fin de la Deuxième Guerre mondiale pour avoir fraternisé avec les Allemands quand à peu près tout le monde l’a fait sous le règne du maréchal Pétain. Raser quelqu’un était une forme de châtiment et une manière de le priver de sa personnalité et de sa liberté. 

Une terrible humiliation.

Il y a aussi toutes les histoires idiotes que l’on a racontées à propos des blondes ou encore sur la sexualité torride des rousses. Les préjugés et les clichés qui se rattachent aux cheveux pourraient faire un roman. 

 

LIBÉRATION


De nos jours, on peut s’attendre à tout avec les cheveux et toutes les extravagances sont permises pour marquer sa différence et sa singularité. Il n’y a pas si longtemps, il était difficile de se soustraire à la norme sociale qui imposait une même apparence aux hommes comme aux femmes. C’est maintenant une manière de montrer son originalité ou son caractère, sa sexualité parfois. Un rappeur par exemple n’aura pas l’allure d’un chanteur de charme. Elvis Presley aurait-il eu son énorme popularité s’il avait été chauve?


«Ces cheveux que j’ai su adopter au fil des années, qui ont été tantôt mon malheur, ma fierté, ma carte d’identité, mon bouclier, mon échappatoire, mon empreinte, mon privilège, me devancent tout le temps, comme s’ils portaient en eux un mystère que je ne pourrai découvrir ou un pacte que je ne saurai rompre.» (p.18)

 

Cette pilosité que l’on dissimule sous un voile dans certaines communautés et qui est devenue le sujet de polémiques, il n’y a pas longtemps au Québec. Qu’on le veuille ou non, notre société débat de problèmes «capillaires» même si on peut penser que c’est une futilité et une perte de temps. Cela se complique quand les croyances religieuses sont touchées. C’est étonnant de constater comment ce sujet prend de l’importance dans notre quotidien et dans le vivre ensemble. 

La coupe afro, par exemple, était une expression politique dans le combat des Noirs américains pour les droits civiques ou encore les tresses et la coupe rasta qui symbolise une forme de spiritualité et de rapprochement avec la nature. 

On pourrait s’attarder longuement aux commerces qui gravitent autour des cheveux. Tous les produits pour les rendre brillants, soyeux, souples, sans parler des nombreux colorants qui remplissent les tablettes de nos magasins. C’est un marché lucratif où l’on vend le rêve et une certaine personnalité que des vedettes du cinéma ou de la chanson imposent dans les médias. 

 

SYMBOLISME

 

Il y a aussi les cheveux qui collent à la couleur de la peau et qui vous stigmatisent d’une certaine façon. Têtes crépues que l’on arbore comme un symbole ou encore les tresses et les deadlocks qui sont sacrés dans certaines populations. Que dire de la force herculéenne de Samson, dans la Bible, qui reposait sur la longueur de sa crinière?

 

«Un jour, je me couperai les cheveux comme on se coupe de soi. Et de cette soie, je tisserai une tapisserie comme un cri du cœur. Où se sentir bien, ici ou ailleurs? Là-bas, peut-être. Là-bas, sûrement. Je serai alors perçue autrement. Lorsque j’aurai tissé et que je brûlerai. Ces cheveux, ces couleurs, cette identité.» (p.88)

 

Bien sûr, les participants à ce collectif abordent leur vécu et ne se lancent pas dans une thèse ou de savantes réflexions. Des témoignages émouvants, particuliers et étonnants. Oui, certains dérangent, bousculent en parlant de leur crinière, leur manière d’être, de se dire au monde et de s’intégrer à la communauté. Les cheveux expriment une pensée, des convictions religieuses ou politiques, deviennent le symbole d’une libération ou une sorte de fanion que l’on arbore pour imposer son originalité et sa différence. La coiffure, le coloris, qu’on le veuille ou non, en disent long sur notre société et nos habitudes. Un sujet inépuisable et porteur de sens tout autant que la couleur de la peau ou encore la langue qui nous définit et nous permet d’adhérer à un groupe précis. 

J’aimerais bien lire une histoire des cheveux à travers les siècles et dans les civilisations occidentales et primitives. Ils ont eu une telle importance et été souvent un facteur de cohésion sociale ou de révolte. Nous en apprendrions beaucoup sur nous-mêmes en nous penchant sur nos chevelures. Et que dire des coiffeurs et des coiffeuses qui ont joué longtemps le rôle de psychologue? Fascinant.

 

BOURDEAU LOÏC-DEMEULE FANIE : Capillaires, Éditions Nota Bene, Montréal, 114 pages.

https://www.groupenotabene.com/publication/capillaires 

lundi 13 mai 2024

RETROUVER LA ROUTE DE LA RÉFLEXION

«LA GRANDE question de l’existence est celle des rapports entre le dedans et le dehors. C’est à se demander pourquoi tout le monde, tout le temps, ne parle pas de ça. De ça qui a l’air de rien et qui, pourtant, est tout. La “vie” n’est que ce rapport. Les relations ne sont que ce rapport. L’économie n’est que ce rapport. Aussi la santé. Et l’environnement. Et les identités assénées ou revendiquées. Et le sexe (à moins que là, comme le veut Lacan, il n’y ait pas de rapport). Que plus ou moins tout — à commencer par la naissance — se rapporte à ce rapport fait-il de cette circulation plus ou moins entravée ou fluide des éléments entre dehors et dedans une évidence si évidente qu’elle mérite d’être passée sous silence? Chercher les mots pour dire ça, cette généralité trop générale pour être dicible.» (p.10)

 

Dans Chimères, un bref essai que l'on retrouve dans la collection Miniatures de Nota Bene, Frédérique Bernier s’attarde au réel qui nous entoure et qui fait partie intégrante de notre existence. Cet environnement permet la pensée et un certain regard sur le monde, l’amour, le désir et des malaises qui touchent le corps et aussi l’âme. Enfin tout ce qui bouscule un être humain à un moment ou un autre pendant le formidable parcours qui va de la naissance au dernier souffle. 

Un petit livre intelligent, une véritable bouffée d’air frais, que l’on peut emporter partout (il se glisse tout naturellement dans la poche d’un veston) et qui exige une lecture lente, patiente, attentive parce que chaque phrase trouve sa place et pèse de tout son poids! Il m’a donné l’envie de revenir sur différentes phases de mon existence, ces arrêts qui nous obligent à changer de direction. Toujours ce balancement de soi vers le monde extérieur avec un retour comme pour tout engranger et comprendre. Une vague qui ne cesse de monter et de se retirer en râpant le sol.

Un texte que l’on visite tout doucement, une image à la fois, en prenant de longues inspirations et en secouant les mots pour les surprendre dans ce qu’ils sont. 

La réflexion exige une belle lenteur, beaucoup d’arrêts avec, peu souvent, des illuminations fulgurantes. La pensée n’aime guère la précipitation, le bruit et les étourdissements des lieux publics ou la frénésie des réseaux sociaux. 

Pour me rassurer, j’ai recommencé ma lecture après une première traversée, m’attardant cette fois aux passages que je souligne toujours en lisant. Oui, je parcours un livre avec un marqueur jaune à la main. «Mes arrêts», comme je dis. Et je pourrais repartir dans Chimères en me tenant en équilibre sur une phrase, pour secouer les propos de l’auteure et pour aller encore plus loin dans ma propre réflexion.

L’entretien de Gérald Gaudet avec madame Bernier dans Nos lieux de rencontres m’avait bien disposé envers la démarche et les questionnements de cette essayiste que je ne connaissais pas.

Comme quoi, qu’on le veuille ou non, un ouvrage pousse toujours vers un autre livre. Un écrivain nous fait découvrir le travail d’un autre et permet de nous situer dans la belle et folle aventure de la pensée. Oui, la lecture donne la chance de se surprendre avec des yeux différents. Un essai, un roman peut tout changer. Je signale L’homme unidimensionnel d’Herbert Marcuse qui a viré ma vie à l’envers. 

 

CITATIONS


 

Ce carnet de Frédérique Bernier (je pense que l’on peut le qualifier de cette épithète) est constitué de courts textes qui s’amorcent par une citation. Une trentaine d’extraits en tout d’écrivains et d’écrivaines que je connais et d’autres dont je vois le nom pour la première fois. Juste s’attarder à ces extraits est une aventure. 

Lecture d’abord pour madame Bernier, et réflexion qui l’entraîne vers un ailleurs proche et différent. Un bel exemple de ces phrases qui vous figent et vous poussent vers une forme de questionnement. 

 

«Le rêve ferme la boucle d’un certain temps de notre vie pour en ouvrir un autre. Le rêve est le signe que quelque chose arrive.

                                                         Anne Dufourmantelle.» (p.34)

 

Et madame Bernier répond d’une certaine façon à l’affirmation de l’écrivain ou de l’écrivaine qui la capte et la retient avec ses propos et sa manière de dire. Une occasion d’aller plus loin, de prendre pied dans le réel et l’aventure de respirer et de penser.

 

«Et l’autre que je suis pour moi ne m’est jamais apparu de façon aussi stupéfiante que les fois où j’ai fini par comprendre que la dérobade inadmissible de celui que j’avais devant moi était, à bien y regarder, le miroir — où le masque — de ma propre fuite.» (p.33)

 

Toujours cette poussée du dehors vers le dedans ou le contraire qui permet de nous définir et de trouver un espace bien à nous dans l’univers. La pensée et le questionnement ne peuvent emprunter d’autres chemins. Texte devant soi (au-dehors), observation élaborée dans des mots avec un retour à soi (au-dedans) pour réfléchir et porter une idée un peu plus loin.

 

«Une voix en elle, mais pas d’elle. Voilà qu’elle entendait des voix, comme on dit. Cette voix pas d’elle lui parlait d’elle, comme du dehors ou d’un dedans si lointain qu’il était plus étranger que tout dehors. “C’est la scène de ta naissance”, avait dit cette voix la transformant, l’espace d’une nuit, en schizo mystique.» (p.57)

 

La vie est ce mouvement avec la naissance et la plongée dans un monde souvent hostile. Le lieu utérin et après les espaces infinis de l’univers qui risquent de vous happer et de vous dissoudre. 

 

«… le fait d’accoucher : devenir cet amas de chair vrillée de douleur, déchirée par le passage d’une créature aliène qui voit soudain le jour en s’extirpant de ce trou qui bée entre les jambes d’une femme.» (p.84)

 

Bien plus, une femme en donnant naissance à un enfant dans la souffrance et les cris se perd dans un autre qui exige toute son attention et ses énergies. Nous sommes également les autres, ceux qui nous précèdent et qui nous suivent. Nous sommes un repli sur soi, mais aussi une pensée exploratrice qui trouve son reflet dans ses proches. Respirer, s’exprimer dans une langue et des mots pour traduire ce qui s’agite en soi et hors de soi, devenir un «truchement» comme on disait naguère, parler pour soi et pour l’autre, pour saisir la quintessence du monde réel et être pleinement vivant et conscient. Toutes ces pensées qui se bousculent dans notre espace et nous cernent en nous menaçant d’une certaine façon. 

 

QUESTION

 

Qu’est-ce que vivre? Que dire des pulsions qui nous poussent vers nos semblables ou encore qui nous en éloignent? Cet élan si difficile à expliquer et à comprendre qui fait que l’on se retrouve dans le regard de l’autre, à chercher à sortir de soi pour s’installer dans l’environnement d’un être aimé, dans sa gestuelle pour trouver un nous. 

 

«Le désir trône parmi ces affaires immenses qui traversent nos vies et dont on saisit mal la part de hasard et de nécessité. Ce qui appelle son émergence, l’attise, le fait circuler, l’emballe follement, l’étiole ou l’étouffe est à ce point impondérable et mystérieux, imprévisible et injuste, contradictoire et impérieux, qu’on préfère le plus souvent en dénier la puissance.» (p.31)

 

Voilà un carnet qui s’attarde à nos pulsions, nos fantasmes, des rencontres avec l’autre, soit physiquement ou intellectuellement. Et pareil pour les gens qui nous entourent et nous portent, bien sûr. Comment devenir une conscience dans le monde vivant, dans une société qui nous enferme dans des devoirs et des tâches qui avalent tout de notre temps et qui laisse si peu de place à l’esprit et à la réflexion. 

J’aime que Frédérique Bernier ne s’égare jamais dans la théorie et les concepts. Elle témoigne, raconte des expériences et n’hésite pas à se lancer dans certaines allégories qui décrivent peut-être mieux le réel inquiétant qu’une idée abstraite et hors de soi. Il faut toujours voir de l’intérieur pour comprendre.

Le rêve esquisse peut-être ou laisse pressentir ce que nous sommes en train de devenir ou ce que nous serons si nous avons assez de temps pour s’installer dans la durée. La rêverie, mais aussi la maladie qui nous repousse en soi et nous garde prisonniers d’un corps et nous prive de la pensée des autres. Un arrêt peut-être pour mieux nous dessiller les yeux. 

 

PULSIONS

 

Un livre fort important qui nous permet de nous attarder à des gestes, des préoccupations, des désirs et des pulsions qui peuvent étourdir comme nous conduire vers cet autre que nous pouvons être. Un arrêt sur l’amour, la vie avec ses proches, la violence qui se manifeste partout et la perte de soi dans une société où le privé est aspiré par les médias sociaux. Toute cette frénésie qui nous pousse hors de la pensée pour nous jeter dans l’agitation, à l’extérieur de ce voyage en soi nécessaire pour mieux expliquer son environnement physique et humain. 

Chacune des pages de Chimères met le doigt sur une réflexion et aussi une manière d’être et de respirer. Frédérique Bernier marche au milieu des phrases comme dans un jardin, s’arrêtant ici et là pour nous faire comprendre l’aventure de l’être. 

 

«Je fais partie de ces personnes pour qui les questions par plusieurs jugées abstraites et nébuleuses semblent les plus proches, les plus exaltantes.» (p.9)

 

Heureusement, il y a encore des écrivains comme elle qui aiment les sentiers peu fréquentés et qui tentent d’empoigner des vérités qui peuvent être autant de leurres et de faussetés. Le voyage de l’intérieur à l’extérieur n’a jamais rien de certain et tous les possibles sont à envisager. C’est que tout peut devenir flou et intangible quand on secoue l’être et que l’on cherche à effleurer la vie du bout du doigt dans une société si violente et désespérante. Chimères est un livre précieux qui va m’accompagner longtemps. 

 

BERNIER FRÉDÉRIQUE : Chimères, Éditions Nota Bene, 96 pages.

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