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mercredi 28 octobre 2026

CHICOUTIMI, LA CAPITALE DE L’ENTRAIDE

ROBERT MALTAIS intrigue avec le titre de son dernier roman : Chicoutimi, capitale du monde. Je me suis demandé si l’écrivain avait imaginé une catastrophe, un tsunami politique où tous les dirigeants du monde libre venaient se réfugier à Chicoutimi pour organiser la résistance. Je voyais les ambassades sur la rue Racine, les drapeaux de toutes les nations voler au vent, des dizaines de voitures noires et silencieuses sur le boulevard Talbot qui roulaient vers la réserve faunique des Laurentides. Robert Maltais a vite fait de me ramener à la réalité dès les premières lignes de son ouvrage avec les jumeaux Marquis, Marylin et Rosaire, nés à Chicoutimi, dans une famille ordinaire. Dieudonné, le père (Nieu pour les intimes) meurt prématurément et les enfants se retrouvent avec Germaine, leur mère, qui doit se débrouiller seule. Ce qui devait être une vie de misère et de frustrations pour les jumeaux devient une histoire fascinante. Des voisins les prennent en charge. Rosaire est protégé par le fils du médecin arrivé récemment dans la région et rien ne sera plus pareil. Le souffre-douleur qu’il était à l’école découvre un autre monde grâce à la famille de son camarade. Marylin trouve de l’écoute chez le couple qui habite l’appartement en haut du leur. Elle est pour ainsi dire adoptée par Gustave et Viviane Mailloux. Ce sera le début d’une belle aventure qui permettra aux jumeaux de s’affirmer. L’avenir avait de l’espace pour tous à la fin des années 1950, à la veille de ce qui deviendra la Révolution tranquille au Québec. 

 

Robert Maltais s’inspire librement de son enfance à Chicoutimi, ancre son histoire dans un quartier ouvrier qui connaissait alors ses hauts et ses bas, comme dans toutes les agglomérations du Québec qui cherchaient à se faufiler dans la modernité. Bien sûr, il y a encore des relents du passé. On ne sort pas facilement de quelques siècles de gouvernance religieuse où les évêques imposaient leur volonté. Mais, il y a quelque chose de nouveau dans l’air et les jumeaux Marquis peuvent espérer que leur avenir ne soit pas le long parcours de frustrations de leurs parents.

La famille Gagné, celle du médecin, a des idées qui sont un peu détonantes dans le Chicoutimi plutôt conservateur de l’époque. Robert Maltais fait se rencontrer la vie traditionnelle et la modernité dans ce récit fascinant. On le sait, le Québec a muté en quelques années. C’est alors que j’ai pu quitter mon village de La Doré pour des études universitaires à Montréal au lieu de suivre les traces de mon père dans les forêts d’épinettes du parc de Chibougamau. 

 

« Dans l’humble logement des Marquis, Pierre Gagné n’était pas dépaysé. Les stages effectués pendant ses études de médecine lui avaient permis d’affronter une misère citadine bien plus terrible. De plus, le fils Gagné avait passé son enfance à entendre son père et sa mère échanger à table sur des procès allant de l’inceste aux meurtres en série. Des conversations d’égal à égal où Rose-Hélène rappelait souvent à son mari, Raynald, que la compassion et la justice valaient mieux que la condamnation et la vengeance. Pierre admirait ses parents et il voulait suivre la même voie. » (p.27)

 

Le passé et la modernité s’ajustent peu à peu et les fameuses classes sociales perdent de leur importance pour faire place aux individus, à leurs talents et à la possibilité de mettre la main sur leurs rêves. Les plus doués et les plus nantis sont sensibles aux difficultés des plus démunis et parviennent à neutraliser la malédiction héréditaire qui fait souvent que les enfants répètent les gestes des parents, condamnés qu'ils sont à exécuter les tâches les moins valorisantes. 

Dieudonné était concierge à l’hôpital. Disons que c’est un titre de noblesse qu’on lui accole, parce qu’il passait ses journées à « manier la moppe » sur les planchers des couloirs de l’institution hospitalière de Chicoutimi qui accueillait des patients de partout de la région du Saguenay et du Lac-Saint-Jean. C’était le monde du docteur Lapointe qui se fera connaître sous le nom de plume de Marcel Portal. Le père de Louise et de ses sœurs, les comédiennes qui ont enchanté le Québec.

 

MONDE

 

Les jumeaux Marquis mangent trois repas par jour, écoutent la radio pour rêver et font une promenade en auto le samedi, avec les parents, pas trop loin parce que le gaz coûte cher. Ils sont surtout plongés dans des univers troubles. Le voisin Gustave est attiré par les petits garçons et Rosaire s’en méfie instinctivement. En plus, René Gobeil, un professeur à l’école que fréquente Rosaire, fantasme sur les cuisses de ses élèves. Les prédateurs rôdent et convergent vers un lieu isolé de la ville pour se livrer à des jeux interdits. 

Gustave résiste à son penchant, mais les hormones sont plus fortes que tout. Beaucoup de jeunes garçons ont vécu cet état de tension et de danger dans les institutions scolaires de l’époque ou en pratiquant des sports. Leurs témoignages sont malheureusement trop nombreux. Leur vie a été brisée par ces rapaces.

Gustave connaît ainsi des hommes qui mènent une double vie. Celle d’un chef de famille et d’un prédateur sexuel. C’est plus calme du côté des filles et Marylin n’a pas à se méfier des enseignantes ou des femmes du voisinage. 

 

« Viviane se disait que s’il fallait que cette enfant-là se perde, ce serait un vrai gaspillage. Comment faire pour empêcher ça ? Elle commencerait par lui poser des questions. Qu’est-ce qui l’intéressait ? De quoi avait-elle envie ? Qu’est-ce qu’elle voulait faire plus tard ? Est-ce qu’elle lisait ? Qu’est-ce qu’elle regardait à la télévision ? C’était qui son chanteur préféré ? Son actrice ? Il fallait trouver des points communs, des sujets de conversation. Elle passa toute l’heure du dîner à rire et à tout faire pour tirer un sourire à son invitée. Marylin, peu habituée à ce qu’on s’intéresse à elle, ne comprenait pas ce qui se passait ? » (p.43)

 

C’est le début « d’un temps nouveau » pour les jumeaux après la mort subite de leur père. Germaine trouve un emploi de femme de chambre au Parasol situé tout près. Elle y apprend l’autonomie et une certaine forme d’indépendance, même si sa santé est fragile. De leur côté, les petits Marquis s’épanouissent dans « leur famille d’accueil » et découvrent des manières de faire, des plats et surtout de l’empathie et de la confiance. Des adultes les aident et les écoutent, ce dont ils n’ont pas l’habitude. Des hommes et des femmes exemplaires qui font tout pour que ces jeunes trouvent la place qui sera la leur dans les années à venir.

C’est un peu le cheminement de Robert Maltais qui vivra l’aventure d’être comédien et écrivain après son enfance à Chicoutimi. L’éditeur le précise sur la quatrième de couverture.

 

« Et Robert Maltais perd ses parents, comme les jumeaux Marquis. Ça suffit pour virer le monde à l’envers, à l’endroit, à l’envers, à l’endroit… Qui a dit : “C’est pas tout l’monde qui a la chance d’être orphelin” ? »

 

Rosaire apprend à jouer au tennis et à patiner. Il s’initie à l’art et à l’écriture avec Florence, la femme du médecin, une artiste sensible. Il découvre un monde qui deviendra son projet de vie. Il va imaginer des histoires et créer des personnages en s’inspirant de sa famille. Le vicaire Martel lui montre cette direction, un prêtre comme il s’en fait rarement. Il expérimente aussi avec Raynald que le plaisir sexuel peut être bon et bien entre deux garçons. Il vit avec son ami ce qui le gardait loin de Gustave qui a sublimé son penchant pour les jeunes en se faisant délateur. 

Chicoutimi connaît alors une grande purge et plusieurs se retrouveront en prison. René Gobeil, l’enseignant qui lorgnait les petits garçons, mettra fin à sa vie par honte et par sentiment de culpabilité. 

Rosaire sera dramaturge, vivra son amour avec Raynald et Marylin, sa sœur, se découvrira des dons pour le théâtre et le jeu. 

 

« Rosaire n’avait pas côtoyé sa famille, mais son père l’avait fait rire en lui racontant son enfance. Tous cousins-cousines, une consanguinité débilitante à laquelle Rosaire échappait comme par miracle. Et Dieudonné, le rescapé en Studebaker, se valorisait en les dénigrant. Rosaire en ferait un héros, et le Studebaker deviendrait un personnage. Comment convertir les histoires de Gigonville en aventures ? Il l’ignorait, il en parlerait avec Raynald. Son idée, c’était de faire un duo de Dieudonné et de l’auto. Lui, il l’appellerait Ti-Nieu. Et le char, Stud. Il amuserait le monde avec ce qui avait humilié son papa. Est-ce que ça se pouvait ? » (p.178)

 

Marylin sera comédienne comme cette icône dont elle porte le prénom et qui fait courir les foules vers les salles de cinéma.

Chicoutimi, capitale du monde, est un formidable roman d’apprentissage où les protagonistes découvrent le partage, la compréhension et la tolérance. Il est séduisant, ce Chicoutimi ouvert, solidaire devant un monde qui éclate et où il est possible d’être ce que l’on est librement au lieu d’être victime d’une classe sociale et d’un héritage familial de soumission. 

Robert Maltais ancre son histoire dans un milieu que j’explore actuellement depuis mon retour à Chicoutimi, une ville que je pensais connaître, mais qui s’avère un endroit où il fait bon vivre près de la rivière Saguenay qui bat la mesure avec ses marées toujours impressionnantes et les envols de centaines d’outardes depuis un mois. 

L’écrivain nous entraîne dans la capitale de l’empathie, de la résilience et de la solidarité, où chacun se « développe dans toutes ses grosseurs » pour paraphraser Victor-Lévy Beaulieu.

Tout est loin d’être parfait dans la capitale du monde, mais tous travaillent à changer les choses et à faire de la société un lieu pour tous, peu importe leur origine. Ensemble, tout devient possible. C’est vital dans un maintenant de plus en plus axé sur le « je » et les réseaux sociaux qui font oublier l’environnement et les humains pour nous éclabousser de propos hargneux et sordides. 

Nous avons besoin d’un tel ouvrage dans une époque où l’on condamne les gens sans procès et où la haine s’épanouit en toute impunité dans le monde virtuel. Chicoutimi, capitale du monde, est nécessaire et l’écrivain s'attarde aux hommes et aux femmes qui croient que l’avenir appartient aux jeunes. J’aurais fait encore un bon bout de chemin avec Rosaire et Marylin, mais peut-être que Robert Maltais nous réserve ce plaisir pour plus tard, dans un prochain roman où les jumeaux Marquis conquièrent le Québec et font leur place dans le monde du théâtre et des arts ! 

 

MALTAIS ROBERT : Chicoutimi, capitale du monde, Éditions Druide, Montréal, 2026, 272 pages, 27,95 $.

https://www.editionsdruide.com/livres/chicoutimi-capitale-du-monde

jeudi 23 avril 2026

MÉLANIE MINIER NOUS DÉROUTE PAS MAL

MÉLANIE MINIER m’a surpris avec « Bâtard », tout comme elle m’avait étonné avec « Cascouia », en 2022. Cette fois, elle nous entraîne dans le quotidien de deux garçons, Jo et Tommy, qui ne l’ont pas eu facile. Une enfance où ils ont été barouettés, ici et là, dans des foyers d’accueil. Des jeunes de la DPJ comme on dit. Quand ils atteignent leur majorité, ces garçons et ces filles se retrouvent souvent dans la rue, sans moyens, ne sachant trop vers quoi se tourner. Les deux amis ont vécu tout ce que l’on peut imaginer pendant leurs pérégrinations. Le pire surtout, avec les agressions sexuelles d’un pervers. Comment se surprendre alors de leur méfiance et de leur révolte ? Jo est hanté par ses parents même s’il affirme le contraire. Une lettre lui redonne espoir. Ses géniteurs vivent aux États-Unis. À sa sortie de prison, lui et Tommy partent pour les retrouver. Ils croisent Élise en route, une jeune belge qui veut faire du cinéma et qui ne renonce jamais à l’aventure. Le trio roule au pays de Donald et connaît certains malentendus avant d’arriver à destination à Woodford, en Caroline du Sud. 

 

Un roman fragmenté, découpé comme les plans d’un film, marqué par l’impulsion d’Élise qui déclenche sa caméra et pose des questions à tout bout de champ. Ces moments nous permettent d’en savoir plus sur les garçons et de comprendre ce qu’ils ont subi. Surtout, pourquoi ils ont tant de mal à s’installer dans leur peau d’adulte ? 

Les deux ont été abandonnés par leurs parents et ont connu toutes les ruptures, passant d’une maison d’accueil à une autre, vivant des turbulences et apprenant surtout la méfiance. Comment s’attacher quand le présent est plein de trous et de fuites ? Jo s’est fait le protecteur de Tommy, qui a l’art de se mettre les pieds dans les plats. Il ira très loin dans ce rôle, se retrouvant en prison pour sauver son ami. 

Et, il y a Marie, une douceur dans ses jours, même si Jo a du mal à se laisser porter par l’amour et l’avenir. C’est ainsi lorsqu’on a eu une enfance sans ancrages. Comment faire confiance aux adultes quand ils se sentent trahis et rejetés de tous ?

 

« J’ai grandi en m’enfonçant dans le crâne que j’étais bien mieux tout seul, pis j’me suis débrouillé pour avoir besoin de personne. Je me disais que je pouvais pas m’ennuyer de quelque chose que j’avais jamais connu. Quand je voyais mes chums passer leur temps à espérer s’en retourner chez eux, ben moi, j’espérais rien pantoute. J’trouvais ça ben mieux, parce qu’y en avait une estie de gang qui partaient du centre jeunesse le bonheur au cul pis l’espoir étampé dans « face pis qui revenaient la queue entre les jambes. Au moins, j’en avais pas, des parents pas fiables. J’en avais juste pas. » (p.14)

 

Une lettre du père de Jo finit par lui parvenir. Il est installé en Caroline du Sud avec sa mère, espère le voir après toute une vie presque qu’ils ont passé loin l’un de l’autre. 

 

« Apprendre que mon père me cherchait m’a comme ramolli par en dedans. Une crisse de guimauve molle qui a pu de principes. Parce que, même si lui non plus, y s’est pas plus occupé de moi que ma mère, j’attendais juste de sortir pour partir à sa recherche. » (p.15)

 

Après avoir purgé sa peine de prison, Tommy est là dans sa vieille minoune. Les voilà roulant vers le pays de ses parents. Ils franchissent la frontière pour filer sur les routes vers Woodford, Caroline du Sud, comme s’ils tournaient le dos à leur passé pour foncer vers l’avenir. C’est peut-être aussi la dernière chance, ce père qui arrive dans la vie de Jo de façon quasi miraculeuse. 

 

LE PIRE

 

Le pire aura été les agressions sexuelles de Landry sur Jo et Tommy, qu’ils confrontent lors d’un procès. Ils ont vécu l’avilissement et eu l’impression d’être un objet que l’on se sert pour assouvir ses fantasmes.

Pourtant, tout n’est pas si sombre. Marie chante et compose des chansons. Jo l’accompagne à la guitare, pourrait en faire un métier intéressant et valorisant. Mais il y a la peur en lui, une crainte, une colère aussi. Il ne peut faire confiance à personne. L’amour, les spectacles peuvent le calmer un temps, mais il y a un gouffre en lui. Et le pire est de ne pas savoir d’où il vient et pourquoi ses parents l’ont abandonné, pourquoi l’ont-ils rejeté ? Et quel est son héritage génétique ?

 

« Ben parce que… parce que ! Quand la première fille pour qui t’as envie de devenir meilleur te fait un peu espérer à que’qu’ chose qui s’appelle l’avenir, ben c’est humiliant en estie de devoir y raconter que la docteure pense que t’as un déficit dans ta tête. Elle disait, elle aussi, que c’était peut-être un genre de truc héréditaire, justement, dans le sens de permanent. Moi qui trouvais que j’avais déjà un bagage pas mal lourd à porter… » (p.51)

 

Avec les bouts de films qu’Élise tourne, nous apprendrons les turpitudes de leur vie, les affrontements et les déménagements. Dès qu’ils commençaient à se sentir chez eux, on les déracinait sans donner d’explications. Ces déportations brusques et irraisonnées laissent des traces. 

Ils roulent vers une rue, une adresse de Woodford, un coin perdu de la Caroline du Sud où s’est installée un peu plus d’une centaine de personnes. André, le père de Jo pourra peut-être lui apprendre certaines choses, pourra peut-être changer la vie de ce grand garçon qui se méfie de son ombre.

 

« Mon cœur se met à cogner fort quand je réalise que c’est bien là, que je suis au bon endroit. L’allée de l’entrée est pleine de petites roches colorées, disposées par couleurs pis soulignées par une bande en pavés. C’est propre, un travail minutieux. Rendu à « hauteur de la maison, j’entends une fine musique en provenance de la cour arrière – tout de suite, ça m’accroche. C’est de plus en plus fort à mesure qu’on avance, une mélodie joyeuse en do majeur qui flotte dans « lumière de fin d’après-midi. Du violoncelle… oui, c’est du violoncelle. » (p.116)

 

Voilà le moment où tout va basculer. Il attend devant la résidence de son père et de sa mère. C’est comme si tous les morceaux de sa vie collaient à l’image d’une femme aux longs cheveux qui le hante depuis toujours. Elle est là, elle vient vers lui, elle s’approche.

 

RUPTURE

 

Et puis la rupture, le saut dans le temps, un bond nous pousse hors de ce moment tant attendu. Dans un claquement de doigts, nous voilà avec Adélie et André Pourquoi ? Pourquoi cette embardée hors de l’histoire, de la rencontre qui risquait de tout changer ? 

J’ai fini par comprendre après avoir eu l’impression d’être parachuté dans un autre roman. Mélanie Minier nous plonge dans la jeunesse des parents de Jo. Adélie était étudiante alors en musique à Vincent d’Indy. Elle était folle du violoncelle, et André avait toujours le nez dans un livre. 

L’amour.

Il suffisait d’être ensemble, de respirer le même air, de se regarder, de se toucher et de s’aimer. 

Adélie connaîtra des problèmes de santé mentale. André fait tout pour l’aider et l’accompagner. Ils ont un enfant, Jonathan. Mais quand André voit qu’Adélie est un danger pour le petit garçon, il agit, éloigne le fils de sa mère. 

André est mort, il y a quelques années. Adélie s’est apaisée avec le temps, comme rescapée d’une tornade de terreurs. Elle vit des jours tranquilles avec une vieille amie, joue du violoncelle. Jo comprend que sa mère est une naufragée. La vie est cruelle et sans pitié. Il sait alors, l’héritage qu’il a reçu de sa mère.  

 

SOCIÉTÉ

 

Un roman actuel qui met le doigt sur un grave problème de notre société. Les enfants de la DPJ qui vont ici et là et qui sont abandonnés pour ainsi dire quand ils deviennent des adultes. Les effets aussi des écarts de santé mentale qui laissent des traces terribles et difficiles à oublier. 

Mais il y a la coupe de la page 117, ce bond hors de l’histoire. Jo approche de la maison de ses parents. Le moment est enfin venu. Tous les morceaux vont se souder. Ce que l’on attendait pourtant, ce que l’on souhaitait n’aura pas lieu. Nous sommes projetés ailleurs, dans un autre temps du roman. 

J’ai commencé par croire que c’était une maladresse de Mélanie Minier. On ne prive pas le lecteur d’un dénouement qui se prépare depuis la première phrase de son histoire. Mais en continuant ma lecture, j’ai compris. 

L’écrivaine a voulu me faire ressentir ce que Jo et Tommy ont connu tout au long de leur enfance. Enfin, j’imagine.

Une nouvelle existence se présente, un bonheur possible miroite et tout s’arrête brusquement, sans raison. Ces moments où les garçons étaient près de toucher l’amour, la confiance et les rires. Un bonheur qui leur était arraché sans un mot d’explication. 

J’ai vécu cette dépossession à la page 117. J’ai compris la douleur de Jo et Tommy même si ma frustration n’avait rien de comparable. J’ai éprouvé ce que Jo et Tommy ont connu tout au long de leur enfance. La terrible impression d’être coupé du monde et de sa vie.

Mélanie Minier a trouvé une belle façon de nous plonger dans le drame de ses héros, Nous vivons cette rupture dans notre corps et dans notre tête. Que demander de plus ? Un roman qui vous frappe en plein cœur et vous laisse étourdi, qui vous fait prendre conscience du parcours de ces jeunes qui n’ont pas eu la chance d’avoir un ancrage pour s’épanouir et se forger un avenir.

 

MINIER MÉLANIE : « Bâtard », Éditions Druide, Montréal, 2025, 258 pages, 24,95 $.

https://www.editionsdruide.com/auteurs/melanie-minier

 

mardi 25 novembre 2025

LE TERRIBLE COMBAT DE MICHÈLE PLOMER

MICHÈLE PLOMER a vécu un terrible accident en 2023. Une collision où le jeune conducteur de l’autre automobile est mort sur le coup. « Du métal et d’amour », raconte le long rétablissement de l’écrivaine qui est revenue à une vie normale malgré des séquelles. Des images floues, une masse rouge qui fonce sur elle, le choc, les éclats de verre, son chien Bruno qui ne bouge plus et une douleur qui fait se disloquer le monde, des voix et le retour de la conscience à l’hôpital. Ce sera un parcours exigeant autant pour les soignants que pour la blessée qui garde le moral, griffonne quelques mots dans un carnet qui ne la quitte jamais. Et il y a les amis qui l’accompagnent et l’attendent du côté des vivants. Elle est immobilisée parce qu’elle a eu des vertèbres fracturées. Alors, elle n’est qu’un regard fixe et des oreilles dans son lit. Des mois dans une chambre d’hôpital avec le personnel médical qui devient le prolongement de son corps et de son être. 

 

Une auto fonce et entre dans une courbe trop rapidement. Le chauffeur perd le contrôle et son bolide rouge vient percuter la voiture de Michèle Plomer. L’autre conducteur ne survivra pas et l’écrivaine en charpie doit réapprendre à vivre et surtout patienter pour retrouver son corps.

 

« Mon corps nouveau est devenu un objet de travail, une zone d’expérimentation, une carrosserie à débosseler. Le docteur Pimenta, les chirurgiens orthopédistes, les résidents en médecine interne, l’équipe psychosociale… un cortège de soignants défilent pour m’ausculter et poser des questions à mon visage de boxeuse ayant perdu le match. Quitter un jour l’hôpital me semble irréel tant je suis brisée, branchée, fragile et nécessiteuse. À quoi bon m’en faire pour mes traits, ma peau, mes cheveux croûtés qui répandent des éclats de pare-brise sur l’oreiller. »  (p.89)

 

Multiples fractures à une jambe, pied bousillé et surtout cette vertèbre nommée l’atlas qui porte la tête. C’est grave. Cette vertèbre permet de tourner la tête à droite et à gauche et de faire tous les mouvements que nous exécutons sans y penser. Une seule solution : amarrer la tête dans un casque ou une armure pour demeurer parfaitement immobile, le temps que les os se réparent. 

 

« Une veste de Halo est une structure complexe et impressionnante qui immobilise le cou. L’anneau est maintenu en place par quatre vis qui pénètrent dans la peau à l’avant et à l’arrière de la tête jusqu’à atteindre la couche externe de la boîte crânienne. Cet anneau est relié par des tiges de métal à une veste en plastique rigide garnie de l’intérieur d’une peau de mouton. La veste répartit le poids de la structure sur l’ensemble de la cage thoracique. » (p.93)

 

L’impression pour l’écrivaine d’être prisonnière d’une sphère et de flotter. Peut-être qu’elle se retrouve dans un scaphandre et qu’elle vient de quitter le vaisseau qui tourne autour de la Terre pour dériver dans l’espace. Elle va demeurer dans cet anneau pendant seize semaines. J’ai peine à imaginer cela. Trois mois dans une cage sans pouvoir bouger.

 

COURAGE

 

Michèle Plomer a une jambe semblable à un casse-tête, des ecchymoses sur tout le corps, un visage que la reconnaissance faciale de son téléphone rejette, des éclats de verre entre les dents et dans les cheveux. Et, même si elle est prisonnière d’une cage à oiseaux, elle demeure une écrivaine qui prête attention à tout, en particulier aux bruits et aux gens qui l’entourent. Elle n’est jamais seule dans l’hôpital et il y a ces éclopés qui ont subi des chocs comme elle. L’un d’eux, dans une chambre voisine, parle un espagnol incompréhensible depuis son accident ; une dame âgée a fait une chute et, depuis, elle oscille entre des périodes de lucidité et de flottement. Surtout, elle perd le goût à la vie en se sentant abandonnée et inutile. 

Michèle Plomer voit le personnel se démener, devient intime avec plusieurs avec le temps et les soins. Et il y a son carnet. Comment empêcher une écrivaine, une femme qui a fait de ses jours une quête d’expressions et d’images, de fréquenter les mots ? Parce qu’après tout, écrire, c’est s’isoler du monde et s’aventurer dans un espace inconnu. D’autant plus qu’elle a toujours été attentive à ceux et celles qui ont croisé son chemin. Cela ne changera pas pendant ce séjour à l’hôpital. 

Et il y a ce projet où elle a fait se rencontrer des gens qui étaient à deux moments opposés de l’existence. Une personne âgée et un jeune qui se questionnent, s’apprivoisent et parviennent à créer des ponts entre eux. Un dialogue improbable, deux générations qui ne se croisent plus guère de nos jours. 

Un peu ce qu’elle vit avec les soignants qui tentent de réparer les patients. Surtout, elle doit accepter de se laisser manipuler comme un objet pour le moindre de ses besoins. Deux mondes qui existent l’un pour l’autre, pour que la vie puisse s’installer et redevenir possible. 

 

« Ses yeux cernés, sa voix lasse, ses quarts de travail qui démarrent sur les chapeaux de roue trahissent qu’elle dormirait volontiers une petite heure sur ce matelas, qu’elle y déposerait sa compétence, ce fardeau de tout voir et de voir à tout. Elle pourrait y imprimer les vies qu’elle a sauvées, perdues ou marquées, et aussi les douleurs qu’elle a apaisées. Moi, je me lèverais volontiers sur mes jambes pour prendre sa place, pour aider. Être couchée à ne rien faire use à la longue. Ce sentiment d’inutilité peine à rester caché sous mes blessures. » (p.184)

 

Elle est témoin de l’incroyable tâche du personnel, des intervenants qui sont là jour et nuit, qui doivent faire fi de leurs problèmes et de leur quotidien pour être à l’écoute du patient. Une surveillante effectue son quart de travail avec ses filles parce qu’il n’y a personne à la maison pour s’occuper d’elles. L’extraordinaire attention de ces hommes et de ces femmes, leur empathie, leurs compétences, leur écoute et leur sensibilité dans la terrible aventure vers l’autonomie. 

 

LES AUTRES

 

Michèle Plomer a été entourée de façon incroyable par des gens extraordinaires. Elle a vu les cas de ces éclopés qui requièrent tellement d’attention, de compréhension et d’empathie pour emprunter le chemin de la guérison. Sans cela, c’est la culbute. Elle le vit avec sa voisine de lit, madame Cécile.

 

« Hélène répond à la quatrième sonnerie. Elle est à son nouveau travail et n’a pas vraiment le temps, elle non plus.

— Aimes-tu ça ? lui demande sa mère.

Sa fille lui explique que le fleuriste se trouve sur la rue Masson et que, à sa première paye, elle devrait être capable de se prendre une carte Opus, ce qui simplifiera les choses.

— Tant mieux.

— Pis toi, m’man, t’es encore à l’hôpital ?

— Pas pour longtemps, répond sa mère d’un air mystérieux.

Puis ses paupières se ferment et sa tête tombe de côté sur l’oreiller, comme si elle s’était endormie. Josianne brasse doucement madame C par le bras. L’octogénaire est de la même mollesse qu’une poupée de chiffon qu’on aurait rembourrée de briques. » (p.245)

 

Michèle Plomer raconte ses journées de façon simple et émouvante. Bien sûr, il y a les soins médicaux, les dangers que les spécialistes prennent et les prouesses qui rappellent celles des athlètes. Mais il y a surtout l’écoute, cette parole qui circule de l’un à l’autre, ce contact qui fait que l’on reste humain, peu importe l’état de ses os. Quelle incroyable présence du personnel hospitalier, quelle attention de tous les instants qui entraîne vers la vie et la lutte. 

Un hymne à la vie que « De métal et d’amour » où Michèle Plomer, dans son terrible voyage, évoque Frida Khalo, qui s’est retrouvée brisée dans son corps après un accident. Elle a fait œuvre d’artiste et de femme en peignant son périple au pays de la souffrance physique.

Après une telle lecture, entendre dire par des élus dans les médias que les médecins n’en font pas assez, que les infirmières pourraient en faire plus, j’ai envie de hurler. Ils devraient lire le témoignage de Michèle Plomer pour connaître et comprendre le vécu des soignants. 

Un hommage à la vie, mais aussi un portrait magnifique et saisissant de ces héros et de ces héroïnes qui vont au front tous les jours dans les hôpitaux et qui mènent une guerre de tranchées contre la maladie et la douleur. 

C’est pourquoi il faut leur dire merci encore et encore, surtout ne pas chipoter sur des questions futiles et bassement électorales. Je l’ai constaté quand j’ai eu à accompagner ma mère en fin de vie, des frères et ma sœur. Ce sont des hommes et des femmes formidables qui ont toute mon admiration et ma reconnaissance. Michèle Plomer leur accorde certainement la médaille du courage et de l’espoir. 

 

PLOMER MICHÈLE : « De métal et d’amour », Éditions Druide, Montréal, 2025, 280 pages, 27,95 $.

https://www.editionsdruide.com/livres/de-metal-et-damour

jeudi 3 avril 2025

JULIE HÉTU BOUSCULE ENCORE UNE FOIS

JE GARDE un très beau souvenir de ma lecture de Pacifique Bell de Julie Hétu paru en 2018. Un magnifique roman d’impressions et d’images flottantes qui nous emportent comme des nuages poussés par le vent. Des personnages qui vont et viennent dans le désert et qui finissent par nous hanter. Dans Les dormeurs de Nauru, l’écrivaine nous envoie dans le Pacifique, sur l’île de Nauru, qui s’avère le plus petit pays du monde avec une superficie de 21 kilomètres carrés et une population d’environ 12 000 habitants. C’est déjà une curiosité en soi que de se retrouver sur cet îlot que l’on trouve dans l’océan Pacifique, en Océanie, dans l’ensemble insulaire nommé Micronésie. Le point le plus au nord de Nauru est à 42 kilomètres au sud de l’équateur. Eije, la narratrice de cet ouvrage, est originaire de ce pays. Ses parents étaient russes et ils ont obtenu leur nationalité après leur migration. L’île se distingue par le nombre de gens atteints du « syndrome de résignation » ou le Uppgivenhetssyndrom, une maladie cataloguée et découverte pour la première fois en Suède. Une affection qui frappe surtout les rejetons des réfugiés qui ont subi des traumatismes psychologiques importants. 


Cette maladie a été reconnue tout à fait récemment, puisque l’on a répertorié les premières victimes en Suède, en 2000. 

 

« Les premiers cas s’étaient manifestés en Suède, sans qu’on sache de quoi il s’agissait, chez des enfants d’abord, puis chez les adultes. Les personnes atteintes devenaient complètement immobiles, passives et sans tonus musculaire. Elles n’étaient capables ni de boire ni de manger et souffraient d’incontinence. Un genre de freezing, comme les animaux qui font le mort, insensibles aux stimuli physiques extérieurs et à la douleur. » (p.19)

 

Ce trouble peu connu est répandu dans l’île de Nauru et l’île Océan tout près où sont emprisonnés des réfugiés. Aussi absurde que cela puisse paraître, ils sont gardés dans une sorte de forteresse où ils n’ont aucune chance d’être libérés. Ils sont des condamnés, des forçats qui ont tenté de sortir de leur misère et d’améliorer leur sort. Rejetés surtout parce qu’ils sont des étrangers.

Kostan, l’amoureux d’Eije, est touché par ce syndrome, un artiste plein de projets qui s’est coupé du monde réel pour s’abriter dans son corps et ne plus souffrir peut-être. Il est devenu un objet que l’on doit nourrir et entretenir. 

Un mort-vivant. 

La jeune femme jure de tout faire pour guérir Kostan. Elle entreprend des études à Montréal où se trouvent les plus éminents chercheurs et spécialistes de cet étrange coma. Suzanne, sa directrice de thèse, collabore avec un centre et un laboratoire situés sur l’île de Nauru. Tout cela pour rentrer dans son pays avec un diplôme et retrouver son amoureux qui s’est refermé comme coffre-fort. 

 

« Concluant que le seul moyen de réveiller ces gens, qui s’étaient condamnés eux-mêmes à la prison dans leur propre corps, consistait à leur redonner le sentiment d’appartenir au temps réel et de pouvoir jouer un rôle dans la résolution de leurs traumatismes psychiques. Il fallait leur parler et surtout les toucher, écrivait-il, pour garder le contact et les aider à sortir de leur catatonie. » (p.64)

 

Eije veut vérifier son hypothèse en effectuant son stage au laboratoire qui ramène des patients, mais en provoquant des séquelles irrémédiables et terribles. Bien des rumeurs circulent sur les contrecoups de ces ranimations. Les « ressuscités » sont totalement différents de ce qu’ils étaient avant. Ils ont conservé les pires aspects de leur personnalité qui se manifestent sans aucune retenue. Ils deviennent la plupart du temps des asociaux et des marginaux. 

 

DICTATURE

 

Le laboratoire régente tout à Nauru et échappe à toutes les lois. C’est la dictature ni plus ni moins. Eije et Suzanne sont bien déterminées à voir ce qui se trame dans ces endroits interdits et à dénoncer le sort des naufragés de l’île Océan en rendant publiques les conditions subies par ces hommes et ces femmes qui n’ont plus d’espoir et encore moins d’avenir. 

 

« La gestion des lieux était rigide et l’atmosphère, des plus austères. La psychiatre Aurélie Lima nous accompagna, commençant la visite par un arrêt à son bureau. Elle nous expliqua que la population du camp venait majoritairement d’Iran, d’Irak, d’Afghanistan, d’Indonésie et du Sri Lanka. Elle fit passer quelques dossiers entre nos mains, nous laissant découvrir un nombre alarmant de tentatives de suicide, de cas d’automutilation, d’enfants souffrant du syndrome de résignation, incapables de boire ou de se nourrir. » (p.284)

 

Kostan subit le traitement du laboratoire et à son réveil, il n’a plus rien à voir avec l’amoureux d’Eije. Il est devenu une bête, un animal qui s’échappe dans la nature et ne respecte plus aucune loi. Comme si les pulsions qu’il exprimait auparavant dans ses toiles faisaient maintenant partie de son caractère et qu’ils ne pouvaient plus les réfréner. Il a perdu la faculté de réfléchir.

Le pire de tout ça ? Eije constate qu’elle aussi porte cette maladie. Elle fait tout pour lutter et rester du côté de la vie, même si elle sent qu’un trou noir l’aspire, avalant son corps et sa volonté. Elle sombre dans une sorte d’indifférence inquiétante.

 

RÉEL ET FICTION

 

Encore une fois, Julie Hétu nous emporte dans un monde étrange et troublant où le réel dépasse la fiction, s’attarde à des gens qui sont souvent laissés pour compte par les grandes puissances de ce monde. Elle touche aussi une question bien d’aujourd’hui, soit le sort des réfugiés qui sont rejetés par tous les pays qui étaient, il n’y a pas si longtemps, des lieux d’accueil où des femmes et des hommes pouvaient espérer une vie meilleure et un avenir. Maintenant, toutes les frontières se sont verrouillées et ceux qui arrivent dans les états occidentaux deviennent les boucs émissaires de tout ce qui va mal dans leur nouveau pays. 

Je pense aux scènes à peine imaginables que la télévision a diffusées dernièrement sur l’expulsion de Sud-Américains des États-Unis. Des gens enchaînés comme des criminels et que l’on tond tel du bétail. L’horreur en direct. C’est la formidable Amérique de Donald Trump, ces horreurs, cette grandeur retrouvée.

Julie Hétu esquisse un univers inquiétant, des vies et des problématiques actuelles où nous nous confrontons au racisme, à l’exploitation et à l’aveuglement des multinationales et des privilégiés qui font tout pour se maintenir au pouvoir et s’enrichir. Même la recherche et la médecine sont un enjeu pour ces entreprises qui ne pensent qu’aux profits et au contrôle de certains médicaments et de nouvelles techniques de soin. Des événements et des situations que l’on refuse de voir où des migrants deviennent des boucs émissaires de tout ce qui cloche dans nos sociétés.

Les dormeurs de Nauru nous plonge dans une réalité que nous ignorons souvent volontairement pour ne pas être bousculé dans notre confort et nos habitudes. Tout y passe. Le pouvoir, l’absence de moralité, la brutalité, la tyrannie, la terreur, la surveillance omniprésente des caméras et des micros dans les bâtiments. Cette étrange maladie est une manière de résister et de refuser d’être un exclu, un être sans droits et espoir. 

Un refuge psychologique.  

Heureusement, il y a toujours des militants et des redresseurs de torts qui parviennent à faire éclater la vérité au grand jour et qui font bouger les choses en dénonçant et en montrant des images intolérables. 

Un roman passionnant où l’on navigue entre le vécu et la fiction. C’est ce qui est particulièrement troublant, dérangeant et nécessaire. Julie Hétu nous inflige un traitement choc qui nous ouvre les yeux sur une réalité insoutenable que nous ne pouvons plus ignorer avec les changements climatiques. Non, plus rien ne peut être comme avant. Le retour au passé, avec ses richesses et son insouciance, n’est pas possible malgré les promesses de Donald et ses clones.

 

HÉTU JULIE : Les dormeurs de Nauru, Éditions Druide, Montréal, 370 pages.

https://www.editionsdruide.com/livres/les-dormeurs-de-nauru