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jeudi 12 février 2026

MARIE-CÉLIE AGNANT BOUSCULE TOUT

CERTAINS LIVRES vous laissent étourdis tellement ils vous frappent par leur vérité et leurs propos. Marie-Célie Agnant, dans «Cette mort qui n’était pas la leur», vous touche à l’âme et au cœur en traçant un portrait de la société qui donne des frissons. L’écrivaine d’origine haïtienne bouscule nos aveuglements dans cet opus de colère et de lucidité face à l’exploitation d’humains par les humains. Notre richesse et nos privilèges d’Occidentaux reposent sur la manipulation, la violence qui va jusqu’à éliminer ceux qui deviennent encombrants. Un long cri de la narratrice, une plainte qui vient des balbutiements de notre passé, un tsunami qui emporte tous vos raisonnements. Un hurlement terrible qui dénonce les injustices qui ne cessent de s’accumuler dans le vaste monde. Des émigrants, hommes et femmes, originaires de pays lointains, se butent au racisme dans leur nouvelle communauté, au mépris et à une répression constante des autorités. Certains tombent sous les balles des forces de l’ordre, laissant leur sang sur les trottoirs. Ils n’ont pas droit à leur histoire, n’ont même pas pu vivre la mort qui aurait dû être la leur, puisque quelqu’un a décidé de les écarter parce qu’ils étaient encombrants. 

 

Ils ont pour nom Robert Dziekanski, Georges Floyd, Joyce Echaquan, Renée Good et Alex Pretti. La liste s’allonge chaque jour et fait le tour de la Terre dans une chaîne de honte et de larmes. Des vies écourtées, des individus abattus parce qu’ils ont eu l’audace de respirer. La fin de Joyce Echaquan dans un hôpital où l’on doit soigner les blessures. Des morts brutales que ces victimes n’auraient jamais dû avoir, décidées par les armées de l’ordre ou tout simplement la volonté d’éradiquer tout ce qui nuit au confort des possédants. Des hommes en uniforme qui tuent en toute impunité, comme les guignols de l’immigration au royaume de Donald. 

Mona Philomène, une femme venue du «pays là-bas» qu’elle ne nomme jamais (Haïti), est installée à Montréal pour échapper à tous les dangers. Elle tente de se faire une vie normale, elle travaille dans une épicerie pour un salaire de misère, poursuit des études pour comprendre cette société qui jongle avec les mots égalité et liberté. Elle se donne la permission de contrer la malédiction qui colle à la couleur de sa peau. Elle aurait pu se retrouver préposée aux patients dans un hôpital ou encore faire des ménages dans les quartiers riches. C’est le sort de bien des hommes et des femmes qui viennent d’ailleurs et qui doivent se débrouiller au pays de toutes les chances, même si on ne reconnaîtra jamais leurs diplômes et leur savoir faire. 

 

VOISINE

 

Elle niche dans un appartement insalubre et entend la voisine respirer et bouger, incapable de dormir avec les musiques et tous les bruits. Une inconnue qu’elle décide d’affronter et de faire taire peut-être. 

Elle deviendra une amie précieuse, sa confidente, un modèle qui lui apprend la vie et le partage, la joie quand tout file entre les doigts. Zofia Dziekanski est la mère de Robert, tué par des agents de l’aéroport de Vancouver, alors qu’il venait de Pologne pour la rejoindre. Une femme fascinante qui sème la beauté autour d’elle jusqu’à ce qu’on la touche à l’âme en abattant son fils!

 

«Aucune parcelle de mon être, si petite soit-elle, n’a été épargnée, Mona. Ma vie est décousue, rien ni personne ne pourra la raccommoder. Cassure, à tout jamais!» (p.20)

 

Mona écrit pour dire sa révolte, pour ne pas oublier, pour cette femme qui a été frappée en plein cœur en même temps que son Robert à l’aéroport de Vancouver.

 

«Ces cahiers me rappellent entre autres l’importance du devoir de mémoire. Il nous appartient, disais-tu, de garder en vie les souvenirs que détruit cette violence multiforme qui ronge nos sociétés. Refus de baisser les bras, de camoufler stigmates et cicatrices, pour qu’un jour, la violence cesse d’être la norme, telle était ta devise… … Écrire pour ne pas céder au gouffre, écrire pour maintenir vivante la lumière vacillante de ce qui a été partagé. Écrire, finalement, parce que la fidélité à la mémoire est le dernier refuge quand tout menace de se dissiper, et que l’amitié, dans sa nudité, devient le rempart contre la nuit immense.» (p. 12-13)

 

Zofia se faisait une fête de l’arrivée de son fils après une si longue séparation. C’était plus que des retrouvailles, mais un nouvel envol pour les deux. Elle venait de la Pologne, qu’elle avait quittée pour se faire une vie de liberté, de découvertes, de grâce à Montréal. Elle avait renoncé à toutes les études et ses diplômes pour effectuer des ménages chez les riches, demeurait dans cet appartement minable qu’elle métamorphosait par sa joie, ses histoires, ses chants, ses plantes et les décors qui transformaient la laideur en beauté, la misère en allégresse. 

Le bonheur d’être et de respirer, d’écouter Yma Sumac, cette chanteuse d’origine indienne du Pérou qui était tout autant un oiseau qu’un être humain. Une voix unique, à peine imaginable, capable de s’étendre quasiment sur cinq octaves. 

Zofia s’occupait aussi des arbres sur un terrain abandonné où elle avait l’impression, avec Mona, de se retrouver au paradis pour rire, se reposer et communiquer avec la terre et tout ce qui est vivant autour de nous. 

 

«Le souffle du vent te ramène, tu n’es plus cette femme en gésine qui se tord de douleur en embrassant désespérément une urne, mais bien celle que j’aime, la Zofia hardie, celle avec le cœur sur la main, qui me tance avec un sourire tendre et épanoui dans le regard. Tu me grondais, disais-tu, avec joie et amour parce que tu avais appris à m’aimer comme la fille que tu n’as pas eue. Tes paroles, Zofia, comblaient tous mes manques.» (p.32)

 

Une histoire d’amitié, de morts, de révolte et de respect, de colère et de rage aussi. Mona ne peut s’empêcher d’écrire pour témoigner, pour dire sa terrible douleur d’avoir perdu son amie qui, après le meurtre de son garçon, ne pouvait plus rester à Montréal. Le fil qui la gardait du côté des humains s’était cassé. 

 

«Réclamer la paix équivaut à prêcher dans le désert, tandis qu’on enlève carrément le droit de vivre à une catégorie de gens. Dans une boucherie, un génocide autorisé et soigneusement planifié par une assemblée de tueurs, surprotégés, grâce aux narrations victimaires, les mêmes qui ont servi à asseoir leur domination, on remplit les fosses communes.» (p.158)

 

Les migrants de la Terre sont marqués par la tache indélébile de l’exploitation et de la soumission. 

 

ESCLAVAGE

 

Mona évoque ces peuples entassés dans des bateaux pour être envoyés en Amérique en tant qu’esclaves, traités comme des bêtes. Ils sont devenus des animaux au pays de la liberté et de l’égalité. Une page glorieuse de l’Amérique qui, après avoir tout fait pour exterminer les Premières Nations, n’a rien trouvé de mieux que l’esclavage. Mona témoigne pour tous les autres qui sont sans voix et qui n’ont pas la bonne couleur de peau. 

 

«On part du principe — du moins, c’est ce que le système attend de nous — que ceux qui, au nom de l’ordre, nous tuent, tuent en fait ceux qui sont mauvais. Au temps jadis, les mauvais étaient les Autres que l’on dépouillait de leurs cultures, de leurs langues, de leur existence, que l’on forçait à travailler pour rien, que l’on fouettait jusqu’au sang, qui étaient bouffés par des chiens dressés pour faire la chasse aux mauvais. C’est clair qu’ils étaient mauvais, autrement comment penser qu’on puisse les traiter de la sorte? Il fallait convaincre qu’ils étaient mauvais pour que dure le système.» (p.138)

 

La jeune femme écrit, étudie jusqu’à rédiger sa thèse de doctorat envers et contre tous pour donner une voix à tous ceux et celles qui se sont fait voler leur mort et un grand bout de leur vie.

Un roman bouleversant, qui vous touche en plein cœur et à l’âme si nous en avons encore un peu. Un texte qui secoue tous les mensonges de nos dirigeants, toutes ces fausses raisons qui rendent acceptable l’inacceptable, l’économie de l’exploitation et du pillage, la concurrence et la guerre qui justifie le travail des enfants dans des pays trop peuplés. Sans compter la dévastation des lieux en Afrique ou en Amérique du Sud. 

Tout ce confort qui repose sur le rapt, le vol, le viol et le gaspillage éhonté des ressources. Toute cette logique qui nous pousse à détruire la planète en s’en prenant au climat et à mettre en danger l’aventure de la vie sur une Terre qui n’en peut plus. 

L’incantation de Mona coupe le souffle et vous secoue tel un pommier pour faire tomber tous les faux raisonnements qui nous rendent aveugles et croire à un bonheur égoïste et irresponsable. Des enfants meurent de faim à Gaza ou en Ukraine, en Afrique ou aux Philippines sous la main des exploiteurs ou les bombes.  

Marie-Célie Agnant nous dit la souffrance atroce du monde et, en particulier, celle des populations qui sont gardées à vue et volées depuis des centaines d’années. Avons-nous encore un avenir? L’écrivaine en fait douter quand elle compile les folies et les démences qui permettent aux goinfres de s’empiffrer comme jamais. Un roman qui nous laisse perdus dans nos têtes et dans nos convictions. Une écriture à vif qui vous souffle comme une brûlure qui mord la peau jusqu’à l’os.  

 

AGNANT MARIE-CÉLIE«Cette mort qui n’était pas la leur», Éditions de La Pleine Lune, Montréal, 2026, 200 pages, 26,95 $

https://www.pleinelune.qc.ca/titre/722/cette-mort-qui-netait-pas-la-leur

mercredi 31 janvier 2018

MARIE-CÉLIE AGNANT N’OUBLIE PAS

MARIE-CÉLIE AGNANT propose six textes dans Nouvelles d’ici, d’ailleurs et de là-bas qui nous entraînent dans des univers troubles où très peu d’écrivains s’aventurent dans notre littérature. Madame Agnant, il faut le préciser, est originaire d’Haïti et habite le Québec depuis 1970. Ils seraient plus de 130 000 de ses compatriotes à s’être installés dans la Belle Province. Voici donc une femme qui a quitté son pays maintes fois frappé par des cataclysmes ou pire encore, entraîné dans des dérives politiques où les démunis écopent pour les lubies de certains qui se sentent investis d’une mission et qui n’hésitent jamais à s’en prendre à tous leurs opposants. Haïti écrit une saga d’une tristesse infinie depuis plusieurs années.

Tous les personnages de Marie-Célie Agnant sont en quête d’une forme d’ancrage et d’un lieu où il est possible de respirer, de rêver et de vivre sans craindre de se faire agresser ou tuer. Tous sont des migrants qui tentent de s’épanouir même s’il est difficile d’oublier ses origines. S’arracher au passé pour s’installer dans le présent n’est jamais chose facile.
Partout dans le monde, des réfugiés tentent d’atteindre un pays dont ils rêvaient. La plupart du temps, ils stagnent dans des enclos comme du bétail. On parle des camps de réfugiés. Ils ne savent pas ce qui les attend et ce que les militaires peuvent faire d’eux. Des centaines d’hommes et de femmes survivent ainsi dans une sorte de trou noir où ils doivent oublier leurs droits et leur dignité. Tous ont perdu la direction de leur vie et croupissent dans une prison simplement parce qu’ils ont commis le crime de venir d’ailleurs.
Ils ont eu le tort de naître dans un pays sous-développé, d’avoir subi des régimes sanguinaires où la grande majorité de la population n’arrivait jamais à vivre une vie décente et libre. Le nombre des réfugiés aurait dépassé les 60 millions d’individus l’an dernier et ne cesse d’augmenter.
Bien sûr, ces mouvements importants de populations provoquent des crises et des heurts. L’Europe est un exemple terrible. Il y a aussi les lubies d’un Donald Trump qui font fuir des gens vulnérables au Québec et au Canada. Partout, ces hommes et ces femmes cherchent une nouvelle terre pour améliorer leur sort et celui de leurs enfants. C’est comme ça que s’est faite la conquête de l’Amérique. Beaucoup de nouveaux arrivants aux États-Unis, au Canada et dans les pays d’Amérique du Sud n’arrivaient pas à manger à leur faim dans leur pays d’origine. Je pense aux Irlandais qui ont migré dans des conditions épouvantables. D’autres ont été déplacés de force. Les Noirs africains ont été vendus comme esclaves. L’un des plus grands crimes de l’humanité ! Il y aurait eu plus de cinq millions d’esclaves dans les Amériques et un peu plus de 600 000 seulement aux États-Unis. Et ce commerce infâme existe encore. On a fait les manchettes avec des cas récemment.

RÉFUGIÉS

Les migrations marquent l’histoire de l’humanité et elles sont souvent accompagnées par l’ostracisme, le racisme et l’exploitation. Marie-Célie Agnant imagine un réfugié dans un camp qui attend une lettre, la permission de franchir la barrière et de partir ailleurs pour enfin se forger un avenir.

Alors que je trouvais à des lieues de toi, j’avais ressenti cette peur que tu ne cachais pas, celle de tout laisser derrière toi pour aller rejoindre ta Mamusia, pour qui tu étais tout. Je te savais plein d’appréhensions, terrifié même, à l’idée de te retrouver dans un avion. Pour dissiper tes craintes, je t’exposais mes plans, te parlais de l’entreprise que nous allions faire grandir ensemble. J’avais tout fait pour te rassurer, en vain. « Le temps du vol n’est rien qu’un mauvais moment à passer », me disais-tu la veille, comme pour me rassurer à ton tour. (p.13)

Comment oublier les Indiens que l’on a refoulés dans des réserves, les privant de tout leur pays ? Ce sont nos camps de réfugiés et j’ai grandi tout près de Mashteuiatsh sans comprendre le drame de cette population.
Nous nous blessons au racisme, à l’intolérance, aux abus de pouvoir, aux viols et aux agressions en parlant des réfugiés. Tous quittent un pays pour ne pas être tués. Leurs villes et leurs villages ont été ravagés par des guerres qui ont tour rasé. Leur terre est devenue un charnier où il est impossible de vivre et de survivre, où il n’est plus imaginable de cultiver le sol contaminé par les bombes. La migration devient une question de vie et de mort. Le paradis qu’ils habitaient depuis des générations est maintenant un champ de cailloux après les bombardements et les folies des fanatiques. Des gens perdus, déracinés, isolés dans un pays étranger, incapables souvent de communiquer parce que personne ne parle leur langue. Un drame sans nom dont nous ne mesurons pas l’ampleur malgré tous les reportages. On s’attarde au corps d’un petit garçon retrouvé sur une plage, à des camps d’accueils, aux frontières qui se referment, mais rarement aux terribles difficultés que ces humains doivent affronter jour après jour.
Heureusement, des écrivains nous plongent dans la dérive d’un père qui n’arrive jamais à s’en sortir et se sacrifie pour que son fils ait une vie meilleure. Je pense à Niko de Dimitri Nasrallah qui décrit cette épouvantable réalité, un destin qui nous fait perdre toutes nos références.
Ils ont fui avec leurs vêtements et ils attendent, démunis, impuissants, espérant seulement avoir la permission de vivre comme des humains. Que dire des camps palestiniens où des enfants y naissent, grandissent et font des enfants à leur tour ? Ils ne connaîtront jamais un autre territoire que ces enclos où ils sont gardés à vue. C’est un destin à peine imaginable pour un Québécois qui fréquente les grands espaces et se permet toutes les escapades. Que dire de l’Innu qui voit son monde se recroqueviller aux limites de la réserve ?

EXPLOITATION

Et il y a toujours des gens sans âme qui réussissent à les exploiter et à leur soutirer le peu qu’ils ont. Lawrence Hill en fait une description plutôt troublante dans Le sans-papiers où une femme dirige un ghetto et exploite tout le monde. Elle s’est arrogé le droit de vie et de mort sur toute une population qui dépend d’elle et doit subir ses humeurs et ses fantaisies.
Caroline Vu décrit également cet univers sans pitié dans Palawan, son dernier roman, où des gens tentent par tous les moyens d’aider des Vietnamiens qui vivent en marge du monde, ne demandant qu’un peu d’espoir et un passeport pour la liberté.
Il y a aussi les nantis de ces pays qui ont dû fuir et qui trouvent refuge à l’étranger. Ils réussissent à se refaire un petit milieu et vivent dans un luxe désolant. Leurs enfants rêvent d’une société où il n’y a plus de frontières raciales.
C’est le cas de Sigrid qui pense vivre comme tous les jeunes, mais qui apprend brutalement qu’il existe des frontières qu’il n’est pas possible de franchir. Le racisme dans sa manifestation la plus horrible.

Cette histoire, qui n’en était pas une, avait fait le tour de l’île. Pour la punir — Joséphine prétendait que c’était pour la forcer à choisir —, on l’avait expédiée à New York. Cependant, depuis son arrivée, elle se sentait engagée dans un marathon insensé, vers un état de nudité dont elle découvrait à présent toute l’horreur. Engluée dans son brouillard, Sigrid sentit qu’on prenait son pouls ; des mains tâtaient son corps, devenu l’objet premier de la condamnation. Sous les draps rêches, elle se sentit frissonner, car elle était tellement nue ; nue dans son exil, nue dans sa peau, nue dans son cerveau farci d’horreurs depuis l’enfance, nue dans l’incommensurable bêtise du monde. (p.61-62)

D’autres s’installent et sont condamnés à faire des tâches peu valorisantes, mal payées. Une mère compte ses sous et travaille du matin au soir pour arriver à faire venir son fils au Canada. Le rêve se transforme en cauchemar dans la plus absurde des tragédies, sans que l’on sache vraiment ce qui a pu se produire. Peut-être tout simplement la crainte de l’autre qui est de plus en plus présente avec les attaques terroristes. Le monde des années 70, où il était possible de découvrir tous les pays, s’est refermé et est devenu dangereux. Plusieurs pays sont maintenant des terres interdites. La belle grande fraternité qui faisait danser les jeunes il y a cinquante ans n’aura pas duré bien longtemps.
Marie-Célie Agnant plaide pour les apatrides, les errants et les dépossédés de ce monde, les maudits de la terre. Je le répète. Ils sont plus de 60 millions à vivre dans des lieux où l’on aurait du mal à garder le bétail, à tourner dans des enclos boueux et poussiéreux, à espérer qu’un jour ils auront la chance de partir et de s’installer dans un vrai pays.

« Tu oublies que le monde, c’est aussi la Palestine. La Palestine, avec la dépossession qui n’en finit plus, les territoires volés, les morts que nul ne compte et dont personne ne se soucie. La Palestine, avec ses cris, ses enfants assassinés, ses larmes et cette misère innommable. N’est-ce pas toi qui nous as, depuis toujours, rabâché les oreilles avec cette situation que tu as toujours qualifiée d’ignoble ? » (p.70)

Un espoir qui s’use avec le temps et qui bien souvent, surtout quand la chance ne se manifeste pas, peut tourner à la violence. Les textes de Marie-Célie Agnant frappent fort, bouleversent, étonnent, même si on sait déjà que toutes ces situations existent et se perpétuent. Et il ne faut surtout pas rater L’attente, la dernière nouvelle. Un bijou de texte qui m’a retourné. Tout cela dans une langue riche, luxuriante qui subjugue littéralement.
Heureusement, la littérature a encore le pouvoir de dénoncer et de bousculer nos aveuglements. Cela a toujours été son rôle et elle doit continuer à montrer l’horreur pour faire changer les choses peut-être, du moins à allumer un peu de conscience et d’empathie dans l’esprit des lecteurs. Marie-Célie Agnant fait un travail de mémoire nécessaire. L’humanité a besoin de se souvenir, quoi qu'on dise.


NOUVELLES D’ICI, D’AILLEURS ET DE LÀ-BAS de MARIE-CÉLIE AGNANT, une publication des ÉDITIONS DE LA PLEINE LUNE.


  
http://www.pleinelune.qc.ca/titre/462/nouvelles-dici-dailleurs-et-de-la-bas