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mardi 25 août 2026

L’IMPORTANCE DE RACONTER SON HISTOIRE

JE SORS à peine d’une résidence d’écrivain dans les Bibliothèques de Saguenay où, avec une douzaine de participants et participantes, nous avons traqué des souvenirs, secoué les premières images qui nous venaient à l’esprit quand nous nous risquions dans les sentiers de la mémoire. Surtout, nous avons pris le temps de mettre le doigt sur des moments importants de nos vies : un premier livre lu, un objet qui vous suit depuis votre enfance, une rencontre avec un homme ou une femme qui a changé votre vie. Tout ça pour rédiger de courts textes que l’on pourra offrir à ses héritiers, pour que l’histoire familiale soit transmise d’une génération à l’autre. C’est ce que Vi Nguyen a réalisé dans Sông Dà La rivière noire, un récit dans lequel elle s’adresse à sa petite-fille. D’origine vietnamienne, elle ne parle pas le français de la fillette née au Québec. C’est pourquoi elle a décidé de raconter sa vie pour que la jeune Tuông Vi connaisse ses racines et le parcours singulier de ses grands-parents.

 

Pas facile de transmettre à ses héritiers qui on est, son histoire familiale et personnelle quand on est forcé de prendre la route pour fuir la guerre, les massacres ou la famine. Ils sont des millions sur la planète à rechercher un refuge où ils pourront respirer, être sans la crainte de se faire arrêter ou encore de voir des militaires faire irruption dans leur maison pour tout saccager. Il y a aussi les missiles qui tombent comme la pluie et qui détruisent tout. Je pense aux Ukrainiens qui vivent ce cauchemar, aux martyrs de Gaza qui survivent dans un pays qui n’est plus que ruines. Pour eux, l’espoir est un mirage.

Heureusement, le Québec est toujours un lieu que les exilés convoitent pour s’y installer et permettre à leurs héritiers de croire en l’avenir. L’histoire de Kim Thuy, une Vietnamienne d’origine, est exemplaire comme le témoignage de Thélyson Orélien, qui décrit le chemin de croix d’un migrant de façon magistrale dans son récit C’était ça ou mourir

Les arrivants doivent en payer le prix cependant en devenant un autre en quelque sorte, devant s’intégrer à leur nouveau milieu. Les enfants oublient leur langue première et les grands-parents se retrouvent devant des étrangers qui portent leur nom. 

Je signale le magnifique roman d’Abla Farhoud Le bonheur a la queue glissante qui raconte la saga des siens. Son aïeule est incapable de communiquer avec les derniers nés de sa famille. Un drame terrible pour ces arrivants, surtout des femmes, qui n’apprennent pas la langue de leur nouveau pays, parce que trop souvent confinées à la maison. C’est le cas de la narratrice qui, au bout de toutes ses épreuves, se retrouve telle une étrangère dans sa propre demeure.

 

«Je sirote mon thé, pensive, quand ma petite-fille Turông Vi entre dans ma chambre. Elle me salue en français, avant d’apercevoir un bracelet en jade posé sur la commode.

— Do, là cûa me tôi, lui dis-je.

Elle me regarde sans comprendre. J’appelle mon fils pour qu’il vienne traduire l’histoire de ce bracelet, mais il n’est pas là. On se sourit.» (p.11)

 

Voilà une frontière difficile à franchir que celle de la langue qui sépare la grand-mère de sa petite-fille. Comme si deux mondes se glissaient entre elles et qu’il devenait impossible de se confier et de créer des liens. Pourtant, c’est le déclic qui fera réagir la vieille dame. 

 

«À l’aube de mes quatre-vingts ans, je ne peux que revisiter un passé fragmenté et marqué par l’effacement délibéré et l’oubli, malgré la persistance de certains souvenirs. Elle me tire de mes pensées lorsqu’elle prend le bracelet de ma main pour l’enfiler à mon poignet. Le geste scelle le pacte pour moi. En silence, je m’engage à remonter dans le temps aussi loin que possible pour lui laisser, à elle et à mes nombreux petits-enfants, un récit dont les traces sont appelées à disparaître.» (p.12)

 

C’était exactement le but de nos rencontres lors de ma résidence dans les Bibliothèques de Saguenay. Établir le contact, tisser des liens pour que la mémoire des familles et d’un lieu de vie ne se perde pas dans les labyrinthes du temps. Que les jeunes générations, surtout, sachent d’où ils viennent et qu’ils soient fiers de leur héritage. 

 

ÉPOPÉE

 

C’est ainsi que nous faisons un bond dans le temps, jusqu’au premier souffle de la narratrice née en 1916 dans Sông Dà La rivière Noire. Une période trouble pour les Vietnamiens. L’occupation française est à son apogée et durera encore une cinquantaine d’années. En plus, ils doivent subir l’invasion japonaise dans le nord du pays, sans compter la révolte du Viêt-Cong et la participation plus tard des Américains à une guerre atroce qui transformera le Vietnam. La narratrice a vécu la misère, la faim et aussi l’opulence pendant un court laps de temps. Elle raconte le quotidien pendant ces heures difficiles et confie des choses étonnantes. 

 

«Ma mère allait alors s’asseoir sur le pas de la porte pour chiquer le bétel et cracher son amertume. Sa contenance froide découlait peut-être du fait que mon père avait fondé un deuxième foyer sous son toit. Sans prévenir, il était rentré à la maison un soir avec cette femme, que nous devions dès lors appeler di. Malgré la rancœur de ma mère, j’étais très attachée à mes demi-frères et demi-sœurs et j’éprouvais du respect envers ma belle-mère. Ma mère entretenait une relation polie et pratique avec l’autre famille.» (p.21)

 

Je ne savais pas que c’était possible de prendre une deuxième épouse au Vietnam. Tout comme une coutume qui paraît bien étrange maintenant, soit celle de marier une jeune fille à peine sortie de l’adolescence à un homme plus âgé. Cela ne se faisait pas sans tourments et sans heurts malgré une tradition bien ancrée. La narratrice a vécu cette situation pénible même si le temps a tout arrangé. Chose certaine, sa petite-fille aura du mal à comprendre une telle manière de faire.

 

«Nous devions sceller notre alliance devant l’autel des ancêtres. Allaient-ils entériner ce mariage ou se manifester pour tout interrompre? Je me souviens avoir cherché désespérément un signe salvateur. Je respirais vite et gardais mes yeux suppliants rivés sur les photos des anciens, ce qu’a vu ma mère. Elle m’a saisie au moment où les broderies délicates de mon do dài rouge commençaient à trembler, trahissant ma nervosité. Elle m’a jeté un regard dur et a enroulé fermement ses doigts autour de mon bras, comme pour s’assurer que je ne prenne pas mes jambes à mon cou. Les ancêtres sont restés cois. Mes parents ont ensuite convié tous les invités à un grand banquet, auquel j’ai assisté un peu comme si je regardais le film de ma vie.» (p.23)

 

Les aléas de la guerre, la présence japonaise brutale, la répression des Français qui soupçonnaient tout le monde de collaborer avec l’ennemi sont bien loin. Et ce soulèvement qui a mené au retrait précipité des Américains en 1973. La famille a vécu la mutation de leur pays, pour ainsi dire, des moments paisibles, mais aussi les pires difficultés.

 

SURVIE

 

L’auteure ne s’attarde pas aux questions politiques, mais raconte les efforts qu’elle a dû faire pour survivre et nourrir ses enfants fort nombreux. La présence des soldats dont il fallait se méfier, les bombardements, les vives qui manquent, l’entraide et les déménagements qui font traverser le Vietnam du nord au sud. 

Sa famille prendra la décision, comme celle de Kim Thuy, de se payer une place sur un des bateaux de fortune qui emportaient les gens qui devaient fuir et trouver refuge ailleurs. C’était dangereux, terriblement risqué, mais ces gens n’avaient guère le choix.

Ils réussiront à quitter le Vietnam après deux tentatives et à s’installer à Montréal où ils ont trouvé la paix, la quiétude et la tranquillité. Surtout un pays où les enfants ont pu étudier et se faire un avenir. 

 

«Lorsqu’il est devenu évident qu’il nous fallait rester au Canada, Dzien et moi avons quitté Montréal pour vivre à Chambly chez notre fils Thuy, où nous aurions une chambre à nous. Tous nos avoirs se résumaient au contenu de deux valises que nous avions préparées à la hâte avant de partir de Sài Gon. Cela me faisait penser à ma mère, qui s’était retrouvée seule avec sa boîte à bijoux. Moi, je n’étais pas seule, mais je ne possédais aucune richesse, seulement quelques parures en jade et des vêtements de soie peu adaptés à ce pays.» (p.79)

 

Un témoignage simple, qui nous emporte dans une période trouble où des familles doivent tout faire pour rester vivantes, tout risquer pour survivre et s’installer ailleurs. La famille de Vi Nguyen a réussi à franchir toutes les barrières et toutes les épreuves. C’est déjà beaucoup quand d’autres ne sont jamais parvenus à prendre la fuite. Un récit émouvant qui devient le bien le plus précieux que la grand-mère peut transmettre à sa postérité. Un passé et surtout une origine qu’ils ne doivent jamais oublier même s’ils sont parfaitement intégrés à leur nouveau pays où ils ont une tout autre histoire à vivre. Surtout, ils héritent de la terrible tâche de raconter leurs parcours pour que le fil ne se rompe jamais entre la jeune femme courageuse qui a résisté à toutes les guerres et franchi les océans pour donner à ses descendants un lieu d’espoir et de paix. C’est le legs le plus précieux qu’un enfant peut recevoir de ses parents.

 

NGUYEN VI : Sông Dà La rivière Noire, Éditions L’Instant même, Longueuil, 2026, 88 pages, 17,95 $.

https://instantmeme.com/livres/song-da/

jeudi 4 juin 2026

GILLES PELLERIN TRAVAILLE EN DEMI-TON

GILLES PELLERIN propose un recueil de nouvelles étonnant avec «Ï bémol», soixante et seize textes bien tassés, 235 pages qui prend peut-être sa signification dans le bémol musical qui consiste à abaisser une note pour la rendre plus intime, plus chaude et près de l’auditeur. Des textes courts (une ligne pour nous indiquer un arrêt ou une direction) et d’autres couvrant quelques feuillets. L’écrivain aime surtout se mesurer aux mots pour tricoter des phrases précises et dépouillées de tout superflu. J’ai peu fréquenté Gilles Pellerin, malheureusement, spécialiste «du petit genre» et je m’en veux un peu maintenant. 

 

Gilles Pellerin sait regarder et saisir l’instant, le moment qui tient en équilibre fragile et change tout. Le lieu également, aussi important pour lui que le personnage ou l’intrigue. Son premier texte m’a happé. Quand un écrivain vous rejoint dans vos habitudes, le pari est gagné. 

J’aime lire sur un banc, à l’ombre d’un arbre généreux de ses feuilles. Le parc national de Pointe-Taillon, par exemple, était, il n’y a pas si longtemps, mon lieu de prédilection. Je profitais d’une randonnée à vélo pour m’arrêter près d’un étang ou sous un grand pin pour ouvrir des ouvrages négligés depuis trop longtemps. 

L’an passé, ce fut «Le dernier des Mohicans» de James Fenimore Cooper qui m’attendait depuis des années. Pas depuis 1836 tout de même, l’année de sa première publication. J’ai lu cette épopée qui remonte aux années 1700 et aux guerres entre Français et Anglais en Amérique du Nord face à un beau parterre de fougères. 

 

FUSAIN

 

Gilles Pellerin, c’est l’art de la miniature, de l’esquisse, du fusain, je dirais qui permet de saisir l'instant qui change tout. 

Le voilà dans un parc, toujours au même endroit avec un ouvrage qui le décourage et le met un peu en colère. Ça m’arrive de grogner en secouant un roman, un recueil de nouvelles que je ne trouve pas digne d’être devenu un volume. Il lève les yeux et elle est là, concentrée. Une liseuse totalement happée par le contenu de son livre. 

 

«Je me suis mis à promener mes livres préférés comme on promène son chien, d’abord dès le lendemain, à la même heure, puis carnet en main pour consigner réussites et absences. Il n’y a pas abondance de parcs dans notre ville, et pas tant d’heures que ça dans une journée. J’espérais ainsi découvrir son moment de prédilections. J’ai plutôt constaté qu’elle était imprévisible.» (p.8)

 

Attiré par la liseuse ou par l’ouvrage qui capte toute son attention? Un amour des livres ou un phantasme de lecteur?

À peu près tout devient sujet d’écriture pour lui. J’ai l’impression de suivre un marcheur qui déambule lentement en regardant autour de lui. Et comme ça, il s’arrête, ouvre un bouquin, se penche sur une phrase pour la souligner. Parce qu’elle peut servir plus tard à construire un texte ou bien elle sera reléguée aux citations qui n’ont pas su s’imposer.

Pellerin est une sorte de chroniqueur du quotidien qui va sur la pointe des pieds, pour n’effaroucher personne. 

 

CŒUR

 

L’écrivain est un lecteur et lire pour lui est aussi important qu’écrire. Vous le savez maintenant, l’écriture est avant tout une lecture, je l’ai souvent répété. 

Et je souris devant ses réflexions sur le travail, des rituels, l’amitié, l’amour, la solitude, une réunion ou la fin d’un couple. Il y a également la maladie qui frappe à gauche et à droite sans que l’on puisse faire quoi que ce soit. 

Et me voilà emporté par ce narrateur qui raconte si bien et, surtout, me retient avec un mot, un clin d’œil ou une remarque fine. Un solitaire qui a ses habitudes, ses manies, ses obsessions, on s’en doute. Et je pense à Monsieur Archambault, qui se veut si discret et qui s’attarde à une couleur, un son, une musique ou encore un bout de phrase qui flotte dans l’air comme un parfum à peine perceptible. J’aime ces écrivains qui savent raconter la vie en toute sa simplicité.

 

«J’occupais ma solitude à… rien ou à peu près, sinon à tirer de l’expérience inédite de la dépression un prolongement littéraire. Littéraire jusqu’à l’emploi de l’imparfait, pour la distance, celle qui rapproche de soi, ce qui me donnait l’impression d’y être tout en n’y étant pas. Ma mise à l’écart du présent allait jusque-là. Espoir de rémission : peut-être me rendrais-je assez loin pour pouvoir en parler au passé. Écrire offre l’avantage de donner le choix du temps verbal. De préférence, ne pas verser dans la complaisance ni l’épanchement. Meilleure garantie de sobriété : un texte court, ce qui correspond à ma manière habituelle. Il importait plus que jamais de faire les choses à ma manière!» (p.34)

 

La distanciation, ce pas en arrière pour mieux saisir le moment, sans se laisser emporter par l’émotion. Pas facile de raconter qu’un intrus s’est faufilé dans vos cellules et que, peut-être, ce sera lui qui aura le dernier mot. 

Une élégance qui garde une juste perspective sur certains événements heureux ou moins satisfaisants. Voilà la manière de de cet écrivain.

 

ÉCRITURE

 

Des textes d’une justesse que j’admire comme lecteur et aussi comme écrivain. «Pas de complaisance ni d’épanchement». Une attitude qui permet de survoler sans trop créer de remous les hauts et les bas de l’existence. 

 

«Je mentirais si j’affirmais qu’en aucune circonstance l’indifférence à mon endroit ne m’a affecté. Si c’était le cas, je ne serais pas en train de raconter cette histoire qui, d’ailleurs, n’en est pas réellement une, car j’étais, je suis et le resterai inévitablement, celui à qui il n’arrive rien de notable. En plus, les rares fois où j’ai voulu signaler le mérite de quelqu’un, j’ai eu l’impression de parler dans le vide. J’appartiens à la catégorie des figurants.» (p.200)

 

Tout cela avec un petit sourire qui nous fait croire que ce n’est pas plus important que ça. Il est de la classe des discrets : avec Monsieur Archambault et Donald Alarie. Les liens avec ces écrivains sont un compliment, je le précise. Monsieur Archambault, avec sa démarche qui m'émeut. Donald Alarie, lui aussi, s’aventure dans ses souvenirs et des réflexions lors de ses promenades. Le genre de marcheur qui va du côté de la rue toujours à l’ombre. 

Quel plaisir que d’avancer dans l’univers de cet écrivain! Le travail, les collègues, des rencontres étonnantes parfois, certaines obligations sociales auxquelles il est toujours un peu réfractaire. Tout comme Monsieur Archambault, il préfère la solitude et ses habitudes. 

 

«Depuis l’accident, on dirait que je suis plongé dans un jeu dont les règles ont changé et que je ne suis pas sûr de comprendre. Isabelle partie, plus rien n’est pareil. C’est aujourd’hui que je mesure la part silencieuse qu’elle jouait dans la conduite de ma vie. Là où il y avait des pleins ne se trouve plus que le vide. Je vis un demi-ton en dessous de la réalité. J’ai même l’impression que tout ce qui m’arrive découle de sa mort, que tout commence par son absence, y compris ce qui importe le plus. Par exemple, je me pose la question suivante : si elle vivait encore, éprouverais-je pour Jérémie, notre fils, ce que je ressens maintenant?» (p.203)

 

J’aime la texture de ses textes et la profondeur qu’un lecteur distrait ou trop pressé ne pourra saisir. Il faut accompagner Gilles Pellerin, flâner en prenant tout le temps de laisser ses mots se déposer en vous.

Toujours le ton juste et avec un petit sourire qui enrobe le tout. Une écriture qui me convient même si, parfois, dans mes élans, j’ai tendance à jongler avec les images. Je ne peux résister au plaisir de vous proposer un autre extrait de «Ï bémol».

 

«Ce matin, j’ai vu la Mort au loin, droit devant, sans savoir si elle venait à ma rencontre ou si elle s’éloignait.» (p.245)

 

Ça fait de Gilles Pellerin un humaniste remarquable qui ne se lasse pas de scruter la vie et celle de ses proches. Une véritable exploration du quotidien en retenant son souffle. L’art de tout dire sans jamais donner l’impression d’avoir fait un effort. C’est peut-être une forme de magie.

 

PELLERIN GILLES : «Ï bémol», Éditions de l’Instant même, Longueuil, 2026, 254 pages, 34,95 $.

https://instantmeme.com/livres/i♭-i-bemol/

vendredi 6 février 2026

DANIELLE DUSSAULT ET GABRIELLE ROY

DANIELLE DUSSAULT a eu la chance de passer quelques semaines à Petite-Rivière-Saint-François, dans Charlevoix, dans le chalet ayant appartenu à Gabrielle Roy. Depuis plusieurs années, le refuge de l’écrivaine, pendant la période estivale, reçoit des auteurs qui y viennent pour réaliser un projet. «Le fleuve debout» est né de ce séjour dans le havre de madame Roy. J’ai postulé, il y a plusieurs années, pour une halte dans Charlevoix. Je souhaitais m’imbiber des ouvrages de cette romancière et entreprendre une forme de dialogue avec l'écrivaine que j’admire. On n’a pas retenu ma demande. Pourtant, mon idée était très semblable à celle de Danielle Dussault. Je voulais m’installer dans cette maison où madame Roy a écrit plusieurs de ses livres, la retrouver à sa table, penchée sur un texte et surprendre son sourire devant un bout de phrase. J’imaginais tisser un dialogue avec celle qui m’a enchanté dans «Ces enfants de ma vie» ou «Cet été qui chantait».

 

Le bâtiment est plutôt rustique et est demeuré figé quelque part dans les années soixante. L’auteure y a séjourné pendant vingt-sept ans à partir de 1957. C’est donc une forme de voyage dans le temps qu’a dû faire Danielle Dussault. Une table, quelques chaises droites, une berceuse et la galerie entourée de moustiquaires. J’avais imaginé ce séjour en examinant la photo du chalet, me voyant en train de relire «La détresse et l’enchantement» tout en ayant un œil sur le fleuve qui ne se fait jamais oublier dans ce pays.

Tous les jours ou presque, l’écrivaine descendra sur la berge, s’attardera sur une large pierre ou encore ira sur la voie ferrée, avec Gabrielle et Berthe Simard, l’amie fidèle. Ce «fleuve aux grandes eaux», répétait Pierre Perreault, qui file de l’autre côté de l’horizon, emportant les navires qui flottent dans le silence avec, peut-être, des trésors et des marchandises précieuses au fond de leurs cales. 

Tout comme si Danielle Dussault partait bras dessus bras dessous avec Gabrielle, à petits pas sur les dormants qui imposaient une cadence à sa prose, une sorte de rythmique particulière, surtout dans «Cet été qui chantait». 

Elle se faufile dans les jours de la romancière, dans ses longues séances de travail, des habitudes et des rêveries qui viennent avec le regard qui se perd au large, au loin, vers la trouée du Saguenay qui se laisse deviner vers la gauche. Pas étonnant qu’elle ait l’impression que Gabrielle est là, qu’elle s’approche pour lire en se penchant sur son épaule. Ou encore qu’elle surprenne son reflet dans le miroir. Parce que, après tout, écrire, c’est apprendre à vivre avec des fantômes. 

 

«En outre, je me suis intéressée à la solitude de la femme écrivain à travers toutes les étapes de son cheminement vers la vieillesse. J’ai pu ainsi établir des ponts avec mon propre rapport à la solitude, compagne douce, parfois rude, mais impérieusement nécessaire dans une vie dédiée à l’écriture.» (p.5)  

 

Une condition du séjour : oublier le wifi, couper avec les contacts et les distractions qu’offrent les réseaux sociaux. Une sorte de désintoxication peut-être. Juste le silence. Soi et ses gestes. Sa respiration. Le frottement de ses pas sur le plancher, la porte qui claque, le bruit d’une chaise que l’on déplace près de la table, la petite plainte de la berceuse qui n’est plus toute jeune, le bourdonnement des guêpes qui s’acharnent sur les moustiquaires. 

Quelle chance que ce plongeon dans l’univers de Gabrielle Roy, le monde qu’elle retrouvait chaque été avec sa fidèle Berthe qui l’attendait depuis la disparition des neiges et l’éclatement des bourgeons!

 

PRÉSENCE

 

Danielle Dussault navigue dans son écriture et dans celle de Gabrielle Roy, dans ce pays accroché à la rive du grand fleuve qui ne cesse de se réinventer selon les moments du jour. Les arbres étaient peut-être moins imposants à l’époque de Gabrielle, mais ce sont les mêmes, se débattant dans leurs ombres ou se pliant aux caprices du vent qui monte du large. Ils ont dû apprendre à composer avec le temps et les intempéries qui cassent les branches et font gémir les plus faibles. 

 

«Je me sens en dehors de la scène, à côté d’un scénario qui ne relève plus de l’écriture, seule, sans doute, à ne pas éprouver le désir de changer ce lieu autrefois habité par Gabrielle Roy. J’ai vécu ce séjour avec l’impression d’avoir, d’une certaine manière, consolé quelqu’un. J’ai communiqué en silence avec l’âme de ce chalet. J’ai fait quelques adieux à des prétentions mondaines, au désir d’être reconnue, à ma jeunesse qui s’en est allée sur la pointe des pieds.» (p.11)

 

Le lieu fait la personne et l’individu fait le lieu, j’en suis convaincu. Danielle Dussault fait face à elle-même, à une solitude qui la laisse comme à la dérive dans son corps et dans sa tête. Il y a surtout le silence qui enveloppe tout et qui lui permet d’entendre la voix qu’il y a en elle. Cette voix inaudible dans le murmure de la ville, cette «petite musique» qui accompagne la montée de l’écriture et que nous étouffons trop souvent dans les agitations qui nous font courir du matin au soir.  

 

FACE À FACE


Danielle Dussault se retrouve devant un miroir. Souvent, elle y surprend le beau visage raviné de Gabrielle et, surtout, il y a elle qu’elle regarde comme elle ne l’a pas fait depuis longtemps. 

Et la voilà dans ses affolements, les histoires qu’elle s’invente pour s’éloigner de soi, ses angoisses et les illusions qui lui font courir vers un homme pour échapper à la solitude, la peur d’être seule tout simplement. 

 

«Ça bouillonne en vous. Acceptez-le! Voyez la façon dont vous allez d’un emportement à l’autre, d’une forme d’urgence à une réaction incontrôlable, ça vous colle à la peau, mais soudain une cloche sonne, le fleuve debout scintille, des oiseaux croassent, une rivière imprime son chant, le silence finit par vous rejoindre, c’est vous-même qui cédez à la pulsion, à l’empressement, ne vous en prenez qu’à vous.» (p.57)

 

Le silence. Le tumulte de ses pensées qui se bousculent et s’agitent avec l’obsédante présence des guêpes autour du chalet. Et voilà! Le pays de Charlevoix se dit dans ses arbres et le fleuve qui avale tout l’espace quand le vent décide d’imposer ses élans et que l’eau vient se casser sur les rochers. Et le chœur des oiseaux crieurs et le froissement des feuilles…

Elle cède… 

Comme une toxicomane qui fait une rechute. Elle se rend là où elle peut se brancher et aller sur les sites qu’elle fréquente d’habitude. Après coup, l’écrivaine se sent un peu coupable d’avoir tendu l’oreille aux sirènes du wifi.

 

ARRÊT

 

Il n’est plus temps de fuir, de s’étourdir. Tout est clair et précis. Ses difficultés avec les hommes, l’amour, ses grandes ambitions littéraires, son désir d’être reconnue, son malaise en société, son incapacité à fonctionner quand il y a trop de gens autour d’elle qui s’agite comme des bourdons. Pourquoi a-t-elle toujours l’impression de ne jamais être à la bonne place?

 

«Vous préféreriez ne pas avoir à entrer dans le vif du sujet. Mais bon. Il y a des jours où vous devez l’envisager froidement. Les relations avec les hommes, toutes races et appartenances confondues, reviennent au même, c’est-à-dire à l’impossibilité peut-être de tisser un lien véritable avec l’autre. 

Vous essaierez encore, malgré tout, de faire mentir cette impitoyable vérité en conservant un dialogue avec l’autre, coûte que coûte. Quand cela ne marche pas, vous écrivez. Et quand c’est peine perdue, vous écrivez encore. On vous a appris à laisser la porte ouverte.» (p.75)

 

Ce récit se déroule comme une longue phrase qui s’abandonne aux chemins qu’elle devine sur le fleuve qui mène tout doucement vers la mer océane. Pareil «aux grandes eaux» qui vont au bout du monde. Une phrase sans fin ni commencement où Danielle Dussault plonge en elle, courageusement pour s’écouter surtout sans tourner la tête. Elle se surprend dans le miroir où Gabrielle apparaît souvent, se voit telle qu’elle est. Celle qu’elle doit accepter maintenant pour s’aventurer dans la suite du monde. 

L’écrivaine se dit, se parle dans son récit sous le regard bienveillant de Gabrielle qui, il y a longtemps déjà, a emprunté les mêmes sentiers, allant sur les dormants de la voie ferrée avec Berthe, qui comptait ses pas peut-être. Combien de pas avant de toucher l’horizon? Combien de pas avant la plongée dans l’éternité?

 

VÉRITÉ

 

Le silence et la solitude font que tous les faux-fuyants s’évanouissent. Danielle Dussault apprend à être avec elle et craint un peu de retrouver la ville, ses frénésies et ses espoirs. Elle s’imagine s’installer dans ce silence pour vivre en caressant les phrases de Gabrielle qui viennent comme des confidences que le vent ramène du large. 

Une appropriation du lieu et surtout une découverte pour l’écrivaine qui rejette tous les masques, affronte la femme égarée au milieu de ses paragraphes et de ses mots. Gabrielle aussi a connu l’adversité, celle de sa sœur, qui lui en voulait plus que tout. Ce pays de Petite-Rivière-Saint-François, où Gabrielle a pu apaiser ses tourments et ses grandes douleurs, parvient à calmer Danielle Dussault. Elle tend les bras vers la vie, vers l’ici et le maintenant. 

 

«J’écris à présent en marchant debout, le soleil se réfugie derrière le massif. La main de Gabrielle Roy se pose sur la mienne. Les papillons volètent silencieusement, des ombres dansent autour du bosquet. J’ai vu moi aussi quelqu’un disparaître à la ligne d’horizon. Il se taisait. 

Qu’il est beau le silence de celui qui aime.» (p.118)

 

Une expérience exigeante pour l’écrivaine. Des propos qui m’ont touché au cœur et à l’âme et qui m’ont offert le séjour dont je rêvais. Merci Danielle Dussault, de m’avoir permis d’affronter mes solitudes et de faire face à mes démons avec ton récit si juste. Tu m’as donné tout cela, et c’est certainement, la puissance et la magie de ton écriture qui m’ont fait imaginer que nous allions côte à côte dans le matin qui chante, sur la voie ferrée, d’un même pas vers les failles de l’horizon. Gabrielle Roy nous accompagnait et c’était le plus beau de l’enchantement parce que la détresse traînait loin derrière nous. 

 

DUSSAULT DANIELLE : «Le fleuve debout», Éditions L’instant même, Longueuil, 2025, 136 p., 22,95 $.

https://instantmeme.com/auteurs/danielle-dussault/

mercredi 13 décembre 2023

RITA LAPIERRE-OTIS GARDE L’ŒIL OUVERT

RITA LAPIERRE-OTIS, dans L’infini du regardun carnet, garde les yeux bien ouverts pour décrire le monde qui l’entoure. L’écrivaine récidive après m’avoir charmé en 2021 avec Territoires habités, territoires imaginés. Encore une fois, elle invite le lecteur à la suivre dans son petit et merveilleux univers. Celui des arts visuels qu’elle a exploré pendant des années, produisant des œuvres avec patience et ténacité, s’offrant même une apothéose au Centre national d’exposition de Jonquière. Comment nous rendre vigilants à tout ce qui nous voisine, habite notre espace et en fait sa plénitude et sa formidable densité? Tout passe par l’œil qui nous permet de prendre conscience de soi et des autres, du monde qui nous entoure et nous permet la durée. Il faut ce regard pour se sentir vibrant, réceptif à la beauté que la nature sème autour de nous. Rita Lapierre-Otis se risque dans l’aventure de décrire la vie, nous donne l’occasion de rester attentif à son environnement et au nôtre. J’aime cette «femme à la fenêtre» qui observe les travaux des oiseaux, les chamboulements dans les arbres avec les saisons et aussi qui n’hésite jamais à faire un pas en arrière, quand une teinte dans le bouleau, une odeur ou encore un objet la ramène à son enfance et ses souvenirs. Il ne faut pas oublier non plus les grandes manigances du chat des voisins qui sait si bien se fondre dans le boisé derrière la maison.

 

Je répétais souvent, lors des ateliers que j’ai donnés au Camp littéraire Félix, qu’un écrivain est avant tout un lecteur du monde qui l’entoure. Un curieux insatiable aussi des auteurs, ses contemporains surtout, pour comprendre leurs regards sur son époque. Je n’inventais rien, m’inspirant des propos du frère Marie-Victorin qui affirmait ceci : «On ne possède pas un territoire qu’on n’a pas nommé. On ne connaît pas un territoire dont on ne connaît pas le nom.» Dire, décrire, peindre dans une certaine mesure ce pays dans ce qu’il est. Les plantes omniprésentes, les arbres pour l’ombre, les chants du vent, les bouchées de verdure du printemps et les tellement beaux coloris d’automne; les oiseaux aussi qui surveillent nos jours et nos nuits, nous accompagnent parfois dans nos folles randonnées. Mettre le monde en mots, cet univers qui nous entoure avec les êtres courants, rampants, volants qui occupent tout l’espace. Tout cela pour être conscient de son environnement, de tout ce qui palpite et nous cerne, nous secoue et nous empêche de demeurer des touristes pendant toute notre existence. Nous passons si souvent dans nos petits pas, sans voir tout ce qui rend heureux, sans prendre la peine d’admirer la mésange qui s’accroche à la mangeoire ou encore, dans l’effervescence de l’été retrouvé, tout ce qui fleurit, pousse, éclate dans le boisé ou la cour arrière. Rita Lapierre-Otis nous apprend à ouvrir les yeux, à observer ce qui nous constitue.

 

«Je reviens à mon carnet d’atelier, ce grand album couvrant des sujets récurrents : le temps, les racines, l’identité, la nature du territoire, les arts visuels et l’environnement. Rassemblés, des écrits, notes, citations, croquis, dessins, collages qui font constater qu’on demeure profondément ce que l’on a été. Mais toujours de façons différentes.» (p.20)

 

Rita Lapierre-Otis est semblable au chat à l’affût de ce qui remue près de lui lors de ses expéditions quotidiennes. Je me suis déjà attardé à observer l’une de mes chattes dans l’univers qui s’étend autour de la maison, la suivant discrètement, m’arrêtant quand elle figeait, tentant de deviner ce qu’elle apercevait, ce qu’elle sentait et tout ce qui faisait bouger ses oreilles. Elle m’a permis d’être plus attentif aux froissements des feuilles, aux effluves qui flottent dans l’air en empruntant des chemins imprévisibles, les frémissements dans les herbes et peut-être aussi au bruit que fait une fleur de lilas en s’ouvrant. Une expédition qui m’a fait voir autrement le bouleau, les pivoines et les rhododendrons. Et l’appel du merle et de la corneille au loin, du chardonneret et de la tourterelle triste. Depuis, je réponds aux salutations des mésanges et aux visites des durbecs des sapins.

 

QUÊTE

 

Le quotidien de Rita Lapierre-Otis se fait quête où elle tente le plus souvent possible de «voir réellement» ce qui l'entoure et ce qui lui est si familier tout en restant inconnu. Les objets qui s’accumulent dans l’atelier et qui rappellent des moments d’enfance, l’époque où elle ouvrait les yeux et ses oreilles au monde. Des réminiscences aussi qui la suivent depuis toujours et qui font ce qu’elle est. Parce que nous sommes faits autant du passé, celui des parents et des ancêtres, que de nos propres aventures.

 

«C’est bien là, le mystère du temps. Mais inutile de vouloir suivre pas à pas les méandres de la mémoire. Et sait-on, avec le temps, ce qui a été rehaussé, enjolivé, idéalisé ou interprété? Par ailleurs, ces histoires mnémoniques ne procurent-elles pas à “la dame qui écrit”, une matière souple et un large champ d’interprétations dans ce désir profond de réinventer son monde?» (p.55)

 

C’est ainsi que j’ai accompagné «la femme qui regarde» pendant à peu près toute une année dans ses métamorphoses et ses surprises. Peu importe que ce soit pendant l’éclatement du printemps ou pendant l’effervescence enluminée de l’automne, Rita Lapierre-Otis s’efforce de demeurer attentive à toutes les petites choses qui nous suivent dans une journée. Le café matinal, une fleur qui s’ouvre dans sa couleur, les geais dans l’arbre, le chat en chasse, un livre qui traîne tout près avec une phrase qui la ralentit. Même quand la neige barbouille les cèdres et les épinettes du cran si souvent étonnant, elle est là, pleinement dans son regard. Toujours, malgré les humeurs du temps et les grâces du moment, il y a quelque chose à surprendre et à étudier pour l’artiste. 

Bien sûr, il faut apprendre à respirer et à être dans toutes les frontières de son corps, dans le présent, sans se laisser distraire pour lire tout ce qui se transforme dans son jardin, allant à petits pas dans la galaxie qui jouxte sa maison, reconnaissant et saluant les fleurs qui s’épanouissent dans des petits cris d’émerveillement certainement, que seule la poète parvient à enfermer dans un haïku. 

 

«douce odeur de forêt

   pin sylvestre sapin beaumier

   le goût d’un thé des bois» (p.60)

 

Il y a tant à découvrir. Les geais bleus si bavards et expressifs, les sittelles qui voient le monde à l’envers, les quiscales toujours un peu bruyants, les papillons, encore les perce-neige, et peut-être aussi un éclat de soleil dans les épinettes qui capte l’attention de l’artiste. Des moments de recueillement et d’apprentissage pour être tout droit dans son regard et son corps, dans l’instant même et pas ailleurs. 

 

APPRENDRE

 

Voir, respirer, écrire en retenant son souffle pour ne pas effaroucher le monde vivant, se sentir toute là, les pieds sur le sol chaud, devant une pivoine qui se courbe, épuisée par sa beauté. Et pour laisser monter en elle les marées du souvenir, les grandes vagues qui éclaboussent les rives des Îles-de-la-Madeleine d’où viennent ses ancêtres. Le son du violon de sa mère quand elle s’abandonnait à la tristesse, à la mélancolie et les mélodies qu’elle jouait, celles apprises avec patience dans une enfance qui se recroqueville dans un album de photos.

 

«échos d’hier

   dans l’aventure du carnet

   l’enfance en partage» (p.112)

 

Un carnet formidable que L’infini du regard, un hymne à la création, un chant qui porte la splendeur de tous les matins du monde. Rita Lapierre-Otis voit, sait puiser dans les mots des autres une expression, une image qu’elle scrute comme une pierre précieuse. Parce qu’elle écrit en prenant son temps, tout lentement, debout à la fenêtre, devant un univers qui n’arrête jamais de la captiver. Attentive, là, concentrée dans son regard, dans son sourire certainement au plus chaud du jour et parfois de la nuit. Et aussi pendant une escapade avec des amis pour se frotter à la beauté du fjord du Saguenay, un paragraphe d’un livre qui ne cesse de l’émerveiller et de la combler. La carnetière a l’art de nous présenter ces moments qui rendent plus conscients de notre aventure d’être. Un calepin où elle médite et nous transmet son bonheur du monde. Même quand tout semble aller un peu de travers, elle sait se relever devant le miracle d’un autre matin qui s’impose en enjambant la tête des arbres. Avec ici et là, un haïku, comme une tranche de temps, une toute petite aquarelle. Mille fois merci à cette écrivaine qui permet de nous évader dans les merveilles quotidiennes, de se perdre dans l’abîme du regard. 

 

LAPIERRE-OTIS RITA : L’infini du regard, Éditions L’instant même, Longueuil, 136 pages.


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