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jeudi 30 avril 2026

CATHERINE DORION SONNE LES CLOCHES

LA SITUATION dans le monde inquiète. Des gouvernements autoritaires prennent le pouvoir partout et le climat politique aux États-Unis ne cesse de se dégrader. Les décisions de Donald Trump mettent la démocratie en danger en Amérique et aussi en Europe. On parle du retour du fascisme. Est-ce fabulation ou vérité? Qu’en est-il et quelles leçons tirées du passé et des tragédies qui ont marqué le siècle dernier, entre autres? Catherine Dorion, dans «Le courage et la joie — traverser la tempête fasciste sans perdre le nord», tente de juguler ses inquiétudes et ses angoisses devant une situation mondiale qui s’envenime de jour en jour. Sommes-nous à la veille de basculer dans des régimes totalitaires, racistes et anti-immigrants? Sommes-nous à l’abri, dans nos sociétés démocratiques? Les bases de nos systèmes politiques sont-elles assez solides pour résister à ces dérapages? Qui va arrêter Donald Trump dans ses désirs de s’approprier toutes les richesses et de régenter la planète?

 

Catherine Dorion, l’ex-députée de Québec solidaire, nous entraîne dans une réflexion nécessaire et, surtout, s’attarde à l’actualité, regarde en arrière, particulièrement du côté de l’Allemagne, alors qu’Adolph Hitler prend le pouvoir dans les années trente avec toutes les dérives et les horreurs qui ont marqué cette période.

L’Union soviétique n’était pas en reste avec Josef Staline, qui a éliminé des dizaines de millions de personnes et d’opposants pour installer sa démence. Le plus récent roman de Jean Bédard : «Le dernier siècle avant l’aube» nous plonge dans cette époque trouble qui semble vouloir se répéter. 

Tous les indices sont là

Et que fait Donald avec ses décrets, bafouant les chambres démocratiques de son pays en mettant à mal toutes les ententes signées, particulièrement avec le Canada et le Mexique, pourchassant les immigrants et en déclarant la guerre à l’Iran? Faut-il prendre au sérieux ses menaces d’annexer le Groenland et de faire du Canada une excroissance des États-Unis? Sommes-nous en train de glisser vers la pensée unique où les libertés individuelles seront celles d’un groupe de milliardaires?

 

«Depuis le 20 janvier 2025, date de la seconde investiture de Donald Trump à titre de président des États-Unis d’Amérique, cette fameuse phrase de Gramsci me tourne dans la tête comme un ver d’oreille : “Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres.” 

Des personnalités autoritaires se hissent au pouvoir un peu partout en Occident, la corruption remplace la loi, les discours de haine et de colère se multiplient, le fascisme redevient actuel, les bruits de bottes résonnent de plus en plus distinctement, et comment réagissent les citoyens ordinaires que nous sommes? Nous vaquons à nos occupations. Nous assistons à la montée de l’anxiété en nous et autour de nous, et nous nous y habituons. La culture, l’empathie et l’amour de la liberté vacillent au milieu de notre vie quotidienne plombée par l’impuissance.» (p.12)

 

Les changements climatiques et les catastrophes qui se répètent au fil des saisons ne font rien pour nous rassurer. Tornades, ouragans, feux de forêt, déluges, canicules mortelles et réchauffement de la planète avec la fonte des glaciers. La Terre hoquette pendant que les pays occidentaux investissent dans les armes et l’industrie de la guerre. Le Canada, renommé et connu pour son pacifisme, n’a pas résisté à cette obsession. On ne parle plus de la lutte contre les gaz à effet de serre et, plus que jamais, on exploite les énergies fossiles. Des segments de population ont de plus en plus de mal à se nourrir et à trouver un endroit où se loger. Résultats : le nombre de réfugiés se multiplie à une vitesse effarante. (120 millions d’hommes, de femmes et d’enfants dans le monde cherchent un lieu où vivre.) Les itinérants prolifèrent au Québec. Il y aurait plus de 12000 sans-abri dans la Belle Province. Sans compter les gestes désespérés des esprits fragiles qui recourent à la violence, aux armes pour se livrer à des massacres. Arrestations, déportations, expulsions et internement dans des prisons insalubres, camps de réfugiés se multiplient. 

Comment est-ce possible? Tolérable!

 

ACTION

 

Catherine Dorion, devant l’actualité qui est devenue un feuilleton signé Donald Trump, tente de comprendre la situation pour calmer ses angoisses. Que faire pour contrer les despotes qui s’imposent partout? Elle entend combattre le déni de ses contemporains, peut-être le pire danger qui nous guette.

L’histoire récente devrait servir à nous prémunir contre les dérives de notre univers médiatisé, des réseaux sociaux qui sont les tremplins des nouveaux prophètes qui ne cessent de miner les pouvoirs politiques et sèment le chaos en répandant fausses nouvelles et propos d’une virulence inquiétante. Et que dire de l’arrivée de l’intelligence artificielle qui vient à la rescousse des gourous et des faiseurs de discorde? Le vrai et le faux se mélangent dans un écheveau de plus en plus difficile à démêler. Nous nous enfonçons dans un monde où le réel et la fiction ne font plus qu’un.

 

«J’ai retrouvé Nico dans le salon pour reprendre notre conversation. Il a commencé par observer, sans en être fier, qu’en tant que Blancs cis hétéros de la classe moyenne, nous serions plutôt safe, quoique malheureux, sous un éventuel règne technofasciste. Prise d’une logorrhée un peu survoltée, je lui ai objecté que quand la démocratie s’effondre, les artistes, les professeurs et les intellectuels qui ont tenté de la protéger sont toujours parmi les premières victimes du grand ménage social des autocrates.» (p.22)

 

Catherine Dorion ne se contente pas de discuter avec son chum après avoir dit bonsoir à ses filles. Elle lit, s’informe et décide d’écrire, pour se rassurer, pour ne pas baisser les bras surtout. Réfléchir, se pencher sur des faits historiques, démasquer les slogans et les propos qui inondent les médias, s’attarder à des affirmations inquiétantes et irresponsables touchant les immigrants ou qui ciblent des segments particuliers de notre société. Expliquer, comprendre, chercher l’espoir ou fermer les yeux en attendant de devenir sujet de Donald Trump. 

Voilà la grande question!

Madame Dorion s’est même rendue à Washington lors de la première investiture de Donald Trump, et ce qu’elle a vu et entendu la laisse sans voix.

 

«Le 14 juin 1946, Dieu a regardé le paradis qu’il avait créé et il a dit : j’ai besoin d’un gardien. Dieu nous a ainsi donné Trump. Dieu a dit : j’ai besoin de quelqu’un qui se lèvera avant l’aube, réparera ce pays, travaillera toute la journée, combattra les marxistes, prendra son repas, puis retournera au Bureau ovale jusqu’à minuit pour discuter avec les chefs d’État. Dieu nous a ainsi donné Trump. J’ai besoin de quelqu’un qui a de bons bras, assez rude pour combattre l’État profond, mais assez doux pour raccompagner ses petits-enfants. Quelqu’un qui peut déjouer les conventions, domestiquer les acariâtres Forums économiques mondiaux, rentrer à la maison avec appétit, en attendant que la Première Dame ait terminé son goûter avec ses amies, puis leur dire de rentrer sûrement et de revenir bientôt, et ce sincèrement. Dieu nous a ainsi donné Trump.» (p.40)

 

Comment de tels propos sont-ils possibles dans une société dite évoluée? On se croirait replongé dans l’Inquisition, où on massacrait des populations au nom d’un Dieu qui se montre toujours plutôt insensible et indifférent. 

 

ÉCRITURE

 

Catherine Dorion jongle avec les questions que les filles de Mathieu Bélisle posaient à leur père : «Le monde va-t-il brûler?» C’est ce qui a incité l’essayiste à rédiger son magnifique texte : «Une brève histoire de l’espoir. » 

Saurons-nous éviter les pièges que les Allemands ont tolérés lors de la poussée du fascisme et d’Hitler? Comment prévoir les démences d’un Josef Staline ou d’un Nicolae Ceaușescu?

Madame Dorion fera un stage en Yougoslavie, à Ljubljana, à la maison de la littérature où elle pourra rencontrer des gens qui ont connu la dictature, qui pourront peut-être l’apaiser, où elle pourra écrire avec frénésie pour cerner ses peurs et trouver la direction à prendre.

 

«Combien de millions d’humains à travers l’histoire ont mis de côté leur vigilance pour nourrir l’enfer de toute leur énergie en s’abandonnant à un projet grandiose et rassurant? Des projets vraiment très inspirants! Une commune socialiste heureuse dans la jungle! Un Grand Israël magnifique où les Juifs vivront enfin en paix! Une nation allemande ayant retrouvé sa dignité! La dictature heureuse du prolétariat! Une relation amoureuse comme dans les contes de féesMake America Great Again Si le narcissique malfaisant est un trou noir de dépendance à l’adulation, il tire donc directement sa force de ses victimes, sa force n’est en fait que la force de ses victimes.» (p.204)

 

L’essayiste nous raconte les moments qui ont marqué la montée du fascisme en Allemagne, les manœuvres de Josef Staline pour prendre le pouvoir, les manipulations de Vladimir Poutine pour accéder à la présidence en pervertissant les règles. Tout ce que Donald Trump effectue avec sa pléthore de décrets et sa police de l’immigration qui sèment la terreur en procédant à l’arrestation d’hommes, de femmes et d’enfants.

 

RÉSISTER

 

Catherine Dorion continue de créer, de vivre, d’aimer, de partager avec ses proches malgré la pensée unique qui s’impose sur la scène politique. Elle rencontre des êtres exceptionnels en Yougoslavie et rentre au Québec, non pas rassurée face à l’avenir et aux dérives de certains dirigeants, mais confiante qu’il est possible de résister en écrivant, en tendant la main vers les autres pour rire et demeurer une «allumeuse de réverbère». La joie d’être et de parler, ce qu’aucune dictature ne peut enlever aux hommes et aux femmes. Autrement dit, vivre en homme et en femme libre et ne jamais accepter de devenir des sujets obéissants et indifférents, ne jamais baisser la tête et faire comme si tout cela n’existait pas. Il faut résister dans son âme et son corps et garder, surtout, les yeux ouverts.

Un essai vivifiant qui dresse un portrait inquiétant de la situation politique mondiale et des dangers qui nous menacent. En prendre conscience est certainement la première étape à franchir. La lucidité ne s’achète pas chez Cosco ou Walmart. Surtout, ne jamais hésiter à dénoncer les élucubrations des despotes en devenir ou les Hitler du futur. 

Plus que jamais, nous sortir du déni. 

Oui, apprendre à lire et à décoder les gestes et les propos des dirigeants et des risques qu’ils représentent. Séparer le vrai du faux. Tout peut se produire lorsqu’une multitude de médias sociaux pratiquent la désinformation et diffuse la haine des immigrants, quand des gourous s’adoubent et entreprennent de semer le chaos pour faire les louanges du soi et de l’égoïsme, ou encore impose la pensée d’une minorité plus ou moins visible. 

Tout peut arriver, mais tout peut être écarté si l’on décode les propos des élus et des influenceurs, les faussetés que l’on élève au niveau de dogmes et de vérités intemporelles. Catherine Dorion a le courage de la joie dans un univers de mensonges, de manipulations et de fantoches qui ne cherchent que le pouvoir et la richesse. 

Il faut absolument lire cet essai pour comprendre ce que masque le spectacle quotidien de Donald Trump et de ses apôtres qui se multiplient partout sur la planète. Il n’y a pas que la Terre qui est mal en point, mais la pensée et la réflexion claudiquent et il est de plus en plus difficile de démêler la tromperie de la vérité. Les despotes règnent par la confusion, ne l’oublions jamais. 

 

DORION CATHERINE : «Le courage et la joie. Traverser la tempête fasciste sans perdre le nord», Lux Éditeur, Montréal, 2026, 352 p., 28,95 $.

https://luxediteur.com/catalogue/le-courage-et-la-joie/

jeudi 2 mai 2024

LA FOLLE AVENTURE DE CATHERINE DORION

J’AI SUIVI l’aventure de Catherine Dorion en politique de loin, un peu comme tout le monde, j’imagine. Tout de suite après son élection dans la circonscription de Taschereau en 2018 pour Québec solidaire, la nouvelle députée a fait les manchettes pour des raisons inusitées. Sa tenue vestimentaire à l’Assemblée nationale a provoqué un véritable tsunami. Chacune de ses «apparitions» a été scrutée à la loupe par les médias. Ce n’est pas la première fois que l’on s’attarde aux vêtements d’une femme à l’Assemblée nationale. Pauline Marois a soulevé bien des commentaires avec ses «ensembles chics». Il y a aussi l’affaire des souliers de la ministre France-Élaine Duranceau tout récemment. Il semble que l’uniforme du politicien (il faut dire politicienne ici) est plus important que ses déclarations. J’ai suivi «les frasques» de madame Dorion, le sourire aux lèvres, parce que j’aime les rebelles qui refusent d’entrer dans le rang et qui rejettent les formules toutes faites.

 

Madame Dorion, dans Les têtes brûlées, carnets d’espoir punk, revient sur cette période qui a été éprouvante pour elle. Un passage dans un parti politique que l’on situe à gauche et qui devrait normalement être un refuge pour ceux et celles qui se démarquent par leur originalité. Pourtant, l’histoire nous prouve le contraire. Les formations de gauche sont terriblement conformistes et ne tolèrent guère la dissension et la parole libre. 

Le récit de madame Dorion nous permet de suivre la députée dans son aventure. Elle ne s’est pas représentée en 2022, en avait assez de ses démêlés avec les journalistes qui ont pris un malin plaisir à la traquer, à faire des manchettes avec sa tuque, un coton ouaté ou une salopette. Peu d’échos pourtant sur sa magnifique intervention concernant le poète Patrice Desbiens à l’Assemblée nationale. La meute des chroniqueurs (ils ont des idées sur tout et savent tout ce qu’un politicien doit faire et dire) s’est déchaînée. Le moindre geste, la petite déclaration, une vidéo, tout était scruté à la loupe. Ce qu’il y a de curieux, d’étrange même, c’est l’unanimité des médias envers Catherine Dorion et sa manière d’agir. Sa popularité a eu des conséquences dans sa vie privée, bien sûr. Nous en sommes là maintenant.

 

«Chaque explosion médiatique était suivie d’un second tir d’artillerie sur les réseaux sociaux. Des tsunamis s’abattaient sur chacune de mes boîtes de réception : Tu devrais disparaître, tu es une honte envers le peuple québécois / La conasse de Dorion / Complètement imbécile cette Dorion / Retourne te coucher / De toute façon tu auras ta leçon après les Fêtes et ça sera un dossier réglé / Suicidez-vous / Toi, mange de la câlisse de marde, charogne de vache à deux pattes de dopée.» (p.70)

 

L’Assemblée nationale possède des rites, ses protocoles et des usages qui viennent de loin et d’une autre époque. On a prêté serment à la Royauté britannique pendant des siècles jusqu’à ce que Paul Saint-Pierre Plamondon et les rescapés du Parti québécois refusent de le faire en 2022. La crise s’est réglée en douce. Les députés péquistes ont pu siéger sans ce simulacre et cette fausse comédie. 

Un protocole touche la tenue vestimentaire tout comme le vocabulaire. Jean-François Lysée signalait dans l’une de ses chroniques du journal Le Devoir que c’est au Québec où il y a le plus de mots qui sont interdits lors des débats. 

 

ATTENTION

 


Catherine Dorion fera l’actualité plus souvent qu’à son tour pendant la première année de son mandat, pas nécessairement à cause de son opposition au troisième lien du gouvernement caquiste. On papotera de sa tenue vestimentaire, de son vocabulaire, des images qui étonnaient dans ses vidéos. Le monde médiatique exultait et en redemandait. Denise Bombardier ira même jusqu’à comparer la députée solidaire à Donald Trump. La pire insulte qu’elle pouvait recevoir. 

 

«J’ignore encore que ce n’est qu’un petit avant-goût des critiques intenses qui me seront faites dans les médias au sujet de ma manière d’être, de ma façon de me vêtir, de parler, d’utiliser les réseaux sociaux, de mes façons tout court. Chaque fois que j’essaie de rédiger ici, pour le lecteur, le récit de ce chapelet de critiques, de raconter ce qui les a déclenchées et comment on les a égrenées dans le champ médiatique, chaque fois, une écoeurite aigüe s’empare de mon être et m’intime aussitôt de laisser là ce texte et d’aller me préparer un gin tonic. Par un étrange réflexe de ma psychologie, la platitude et la banalité de ces histoires d’école primaire me vident de ma force vitale dès que je les laisse remonter à ma mémoire.» (p.53)

 

Cette effervescence causera un malaise à l’intérieur de son parti. Elle prend trop de place et attire trop l’attention, laissant dans l’ombre les porte-parole de Québec solidaire. Surtout Gabriel Nadeau-Dubois qui n’aime pas se retrouver derrière sa députée.

 

«Personne ne s’intéresse aux discours à l’Assemblée nationale, je peux y raconter ce que je veux, ça n’a pas d’impact. Gabriel m’exprime très clairement le nœud du problème cet automne-là : “Tu as plus d’attention média que les porte-parole, ce n’est pas normal.” Comme on dit au théâtre : j’upstage. Ça ne se fait pas. Il faut que j’aie moins d’impact.» (p.133)

 

La situation ne pourra que s’envenimer avec le «vrai leader» de Québec solidaire. À bout de force, elle choisit de se faire discrète pour ne pas dire absente. Elle terminera son mandat sans soulever de vagues en s’occupant des gens de sa circonscription et en prenant un congé de maternité. Tout ça avant de revenir à sa vie d’antan, à son métier d’écrivaine et de comédienne. 

 

TÉMOIGNAGE

 

Voilà un témoignage extrêmement intéressant qui nous plonge dans les usages et les comportements d’une institution qui donne l’impression souvent de tourner à vide. Une machine où les attachés de presse prévoient la déclaration du jour qui retiendra l’attention des journalistes ou encore les médias qui imposent un sujet en s’accrochant à un mot ou un événement sans importance, mais que l’on répétera pendant vingt-quatre heures. La bête de l’information continue est insatiable. 

Les commissions parlementaires où les députés de l’Opposition ne sont guère écoutés et où tout se décide par le parti au pouvoir. Un appareil huilé qui ne tient pas compte des individus et où les élus ne répondent jamais pendant la période des questions. François Legault est un virtuose dans l’art d’éviter les sujets. Ça donne l’impression d’assister à une mauvaise pièce de théâtre que les comédiens répètent sans vraiment se soucier du public. 

Catherine Dorion entendait brasser la cage, travailler pour les citoyens, devenir celle qui parlait en leur nom et portait leurs revendications afin de créer une société plus juste et meilleure. Il semble qu’un député est muselé quand il se retrouve sur les banquettes à Québec et il doit suivre les lignes dictées par les spécialistes de la communication.

 

«Faire de la politique, au sens le plus noble, c’est mettre ses tripes et sa sensibilité sur la table à l’endroit précis où frappe le pouvoir, pour entrer enfin dans la bataille. La vraie. Ce sont les exemples de bravoure et de droiture — bien plus que l’image beigifiée d’un parti qui évite tout et son contraire pour ne pas perdre des votes — qui pourront générer chez les gens du désir pour leur peuple et pour les luttes à mener en son nom.» (p.136)

 

Catherine Dorion quittera la politique amochée malgré son enthousiasme, son audace, son optimisme et sa volonté de bousculer les choses. Personne ne peut résister à un ouragan médiatique. Tous les journalistes se sont jetés sur elle pour la curée, de la radio poubelle aux journaux plus traditionnels. 

Catherine Dorion quittera la politique amochée malgré son enthousiasme, son audace, son optimisme et sa volonté de bousculer les choses. Personne ne peut résister à un ouragan médiatique. Tous les journalistes se sont jetés sur elle pour la curée, de la radio poubelle aux journaux plus traditionnels. 

Un témoignage passionnant et percutant qui a encore plus de sens avec l’abandon d’Émilise Lessard-Therrien comme co-porte-parole de Québec solidaire. Elle répète dans sa lettre de démission les propos de Catherine Dorion quant au fonctionnement de son parti, du peu d’écoute qu’elle a reçu et des choix de la garde rapprochée de Gabriel Nadeau-Dubois. Un porte-parole qui décide tout malgré la structure bicéphale de cette formation politique qui se veut différente. 

J’ai parcouru le récit de Catherine Dorion comme un roman et j’ai tourné la dernière page en me retrouvant déprimé pour ne pas dire découragé. Dans le monde politique, les plus doués, les plus originaux, les plus audacieux sont broyés. Un témoignage que tous les électeurs devraient lire avant de voter pour celui ou celle qui promet de réinventer les choses et de sortir des sentiers battus. Catherine Dorion démontre que ce souhait relève de l’utopie. On peut répéter qu’il faut faire autrement, du bout des lèvres à l’Assemblée nationale, mais rien ne changera et toute une armée se déploie dans les corridors de cette vénérable institution pour faire en sorte que la machine tourne à vide. De quoi décourager bien des citoyens qui croient en la démocratie et à la parole qui s’exprime et se développe dans la plus joyeuse des libertés. De quoi rendre obsolète le très beau mot espoir.

 

DORION CATHERINE : Les têtes brûlées, carnets d’espoir punk. Éditions Lux, Montréal, 372 pages.

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