Nombre total de pages vues

Aucun message portant le libellé Vonarburg Élisabeth. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Vonarburg Élisabeth. Afficher tous les messages

jeudi 29 janvier 2026

COMMENT ÉCHAPPER AU TEXTE FONDATEUR

VOICI UN collectif qui sort des balises habituelles. «Vols en dérive» a été dirigé par Élisabeth Vonarburg. Dans un atelier d’écriture, l’écrivaine a proposé l’une de ses nouvelles aux huit participants, un texte publié en 1992 intitulé «… Suspends ton vol». L’auteure a simplement dit aux volontaires, cinq femmes et trois hommes : «Faites-en ce que vous voulez, en gardant ce qui résonne pour vous et en écartant ce qui ne vous dit rien.» Des rencontres ont suivi, des lectures et des discussions. Chacun et chacune s’appropriant l’histoire d’origine. Les écrivains-lecteurs ont dû décortiquer cette nouvelle pour en préserver l’essence avant de s’aventurer dans leur propre imaginaire. C’est un peu cela lire. On survole un texte et on retient les propos d’un personnage, l’atmosphère ou encore un mot. Et écrire est toujours la lecture d’une réalité, d’un événement pour échafauder une fiction qui vous emporte comme un vaisseau vers une planète lointaine. C’est la première chose que je répétais aux participants et participantes de mes ateliers d’écriture au Camp littéraire Félix. Un écrivain est d’abord un lecteur de son époque, de sa société, de son environnement qu’il doit traduire avec ses émotions, ses images et son imaginaire. 

 

J’ai commencé par lire «Suspends ton vol…» d’Élisabeth Vonarburg pour savoir de quoi il retournait. Une nouvelle plus qu’intéressante et troublante, un texte d’une formidable actualité. L’écrivaine met en scène un automate (la dernière réalisation de ce qu’elle nomme biosculpture), où l’œuvre tient à la fois de l’objet et du vivant. L’oracle est figé sur une stèle et peut effectuer quelques mouvements. Il se redresse, s’étire, s’allonge et répète un rituel. Et il y a la parole, sa capacité à réfléchir d’une certaine façon et à répondre aux questions que les passants lui posent.

 

«Immobile, presque : vous ne me voyez pas, bouger, n’ai pas l’impression, non plus, de bouger, mais je tourne, avec le soleil-aimant, comme les fleurs, mais pas fleur, moi : lionne, femme, ailée. Statue, vous dites, inexact, mais quel autre mot, pratique : sur un piédestal, après tout, immobile, presque, le jour.» (p.180)

 

Une forme quasi humaine qui charge ses batteries au soleil pendant le jour et qui tombe en dormance avec le couchant. Sa particularité : répondre aux questions des curieux pendant un moment précis de la journée où elle est au maximum de ses capacités. Des réponses qui ne doivent jamais être les mêmes. 

L’oracle a aussi ses temps de réflexion où il se construit une conscience, un esprit analytique et peut-être une certaine vision du monde. Il se rapproche de son créateur en questionnant la vie, son état, sa pensée s’il en a une, la mort, la liberté qu’il a et surtout les agissements des humains qu’il surprend de son podium. Il s’attarde à ses limites, sa sujétion à celui qui l’a conçu, une sorte de dieu tout puissant à qui il ne peut que se soumettre. 

Voilà de grandes réflexions qui demeurent des énigmes et qui ont tracassé les philosophes et occupé tous les oracles au cours des millénaires. Parce que l’oracle, par définition, traduit la parole divine et reste un messager. En informatique de nos jours, l’oracle est un programme qui peut s’analyser pour déceler certaines défaillances.

 

VARIANTES

 

C’est à partir de ce texte que les participants à l’atelier ont eu à travailler. L’oracle demeurant le pivot de l’histoire, on s’en doute. Certains se sont collés au sujet, et d’autres ont fait des efforts considérables pour s’en éloigner et planter leurs propres balises.

Dans «Grandir au soleil», Josée Bérubé invente un être surgi des entrailles de la planète, une forme minérale qui ne cesse de croître et de prendre conscience de son état (son existence) au contact d’une petite fille qui la questionne et la bouscule. Cet être étincelant et atomique presque passera de la lourdeur de la pierre en fusion à la légèreté de l’oiseau. Comme si cet être incarnait l’évolution de la matière pour devenir un être de chair éthéré. Une sorte d’ange en mutation. 

Pascal Raud se colle à un arbre qui surveille les agissements de l’être humain qu’il voit s’agiter, tourner en rond pour trouver un sens à leur temps de vie.

 

«Le pouvoir? La grandeur? Ce désir d’éternité… Ils veulent laisser une trace, quelque part. Ne serait-ce qu’en gravant leur nom dans mon tronc — je ne leur en veux pas, vraiment, à ceux-là — ou en créant des œuvres d’art qui leur survivraient. Et des créatures qui leur ressemblent et leur donnent l’impression de transcender le temps. Ils veulent exister. Ne pas être oubliés.» (p.41)

 

L’éternelle question qui se retrouve dans les écrits et les réflexions des humains depuis l’invention de la pensée et de l’écriture s’impose. Faire face à l’autre qui vous renvoie votre reflet et la preuve que vous êtes dans le monde du vivant. 

Des allégories troublantes se faufilent ici et là dans ces nouvelles. Je retiens la lutte des étourneaux qui illustre parfaitement la pire calamité qui traverse l’histoire des humains. Comment ne pas faire de liens avec les haines et à ces tentatives de génocide qui marquent l’aventure de notre espèce?

 

PERSONNAGE

 

J’ai beaucoup aimé le texte d’Alain Ducharme qui suit Évariste, un étudiant qui semble prendre toutes ses décisions en se penchant sur une sorte de jeu d’échecs où il peut décoder les événements et en tirer des leçons. Il participera à une révolution et à un renversement du pouvoir politique, mais se rendra vite compte que l’idéal qui motivait ses camarades bascule rapidement. Tout est un éternel recommencement. On remplace toujours une autorité par une autre comme si on ne pouvait tolérer le vertige de la liberté et de la responsabilité individuelle. L’être humain a besoin de balises, de directives, de lois et de contrôles pour lui permettre de vivre et d’être. Peut-être qu’il faut avoir des contraintes et subir des exactions pour lutter et s’opposer, parvenir à une définition de la liberté et d’un milieu que l’on voudrait parfait, mais qui garde immanquablement les mêmes contours.

 

«Il s’installe dans son compartiment. Alors que le train amorce sa sortie de la gare, ses pensées se tournent vers Arviente, son prédécesseur. Arviente aussi avait choisi le chemin de l’exil. Mais lui, il reviendra. Il ne sait pas quand, il ne sait pas comment, mais il reviendra. Il n’est pas un janissaire, ni une souveraine, et certainement pas un pion. Il est la chimère. Et lorsque le moment sera propice, il retournera au jeu.» (p.100)

 

«L’oracle» d’Isabelle Piette nous projette dans une inquiétude bien actuelle, soit les contacts et l’utilisation de l’intelligence artificielle. 

Dave Côté nous fait découvrir des droïdes, des êtres à la fois humains et des robots qui réfléchissent et possèdent leur espace. Ils restent dépendants cependant, enfermés dans l’univers que leur a préparé le concepteur. Un apprentissage de l’autonomie et une libération qui s’avèrent impossibles avec les limites de leur configuration et les rechargements de leur batterie. Sommes-nous, les humains, des êtres programmés qui ne peuvent s’affirmer que dans un champ précis et qui ne pourront jamais atteindre cette liberté idéale tant convoitée?

 

MARCHE

 

Un recueil très fort, puissant même, qui permet de réfléchir à la destinée humaine, à ses limites, à ses travers, à ses désirs et à ses entraves parce que nous sommes tous conditionnés par notre environnement, une pensée qui vient des ancêtres proches et lointains. 

L’intelligence artificielle qui séduit bien des gens depuis quelques mois s’impose dans ce collectif, cette soif de connaissance, de quête de sens et ce que nous nommons la liberté. Où se situent les balises et les frontières? Qu’est la véritable liberté? Bouger avec l’oracle d’Élisabeth Vonarburg sur son socle en répétant des mouvements ou s’envoler vers le ciel et l’insoutenable légèreté de l’être avec Josée Bérubé?

Une formidable réflexion et des questions qui ne peuvent que demeurer des interrogations. Le recueil esquisse des réponses qui ne peuvent se déployer que dans l’imaginaire et la fabulation. C’est tout l’élan de l’humanité qui cherche ici à échapper à sa lourdeur et qui trouve les chemins de l’avenir dans le rêve et l’écriture. 

Quelle belle aventure pour ces participants et participantes que de se débattre avec le texte des origines de madame Vonarburg! Et je n’ai pu m’empêcher de penser que nous nous retrouvons tous dans la réflexion des participants et des participantes de ce collectif. Toutes les sociétés ont un texte fondateur, sacré que les citoyens doivent lire et interpréter, adapter à leur réalité ou repousser sans jamais pouvoir l’oublier. C’est pourquoi «Vols en dérive» est si juste et important, car il permet de secouer les grandes questions qui font trembler le monde du chaos dans lequel nous piétinons, sans tomber dans l’anecdote et les fourberies.

 

ÉLISABETH VONARBURG : «Vols en dérive», Éditions Àlire, Lévis, 2025, 208 pages, 26,95 $.


mardi 5 septembre 2006

Élisabeth Vonarburg publie un second volet

Élisabeth Vonarburg vient de publier le second volet de sa fresque «Reine de Mémoire» qui comptera quatre tomes de 600 pages.
«Le Dragon de Feu» arrive à la suite de «La Maison d'Oubli» paru au printemps dernier. Le plan initial de Mme Vonarburg est de publier deux fois par année. Une cadence infernale. Elle en est donc à mi-parcours de ce projet ambitieux qui revoit l'histoire européenne et occidentale. Une plongée dans le passé pour modifier certains événements avec les conséquences que l'on peut imaginer. Le lecteur arpente une terre connue tout en découvrant un monde qui s’appuie sur d'autres prémices. Une intrigue qui pousse du côté du roman philosophique, du récit d'aventure et du pur fantastique.

Famille

Nous retrouvons avec plaisir la petite Julianne, les jumeaux Senso et Pierrinno et Grand-père. Grand-mère vit en recluse et reste mystérieuse.  Il y a aussi l'autre monde, l'ancêtre Gilles qui fait retourner trois ou quatre générations en arrière. Les deux limites de la famille. Ce «mal-détalenté» vit en exil dans un pays qui pourrait être l'Asie. Un pays inventé où les dragons ne sont pas que symboliques. Magie, talents, esprits sont au rendez-vous.
L'imaginaire de Vonarburg demeure étonnant et séduisant. Les  rencontres et les discussions des Encyclopédistes par exemple sont des  moments de bonheur. Toute la partie européenne de ce roman s'ancre plus dans le monde réel et retient mieux le lecteur.
«Le vieux temps pèse sur le temps nouveau de tout son poids d'oubli, d'interdit ou de silence. Ceux qui devraient savoir ne savent pas parce qu'on ne leur a pas appris- on ne leur a pas appris parce qu'on ne savait plus. Et ceux qui savent n'en parlent pas parce qu'ils n'osent pas: un autre  édit règne, qui n'a rien à voir avec celui de la Reine folle, «la
tradition» dit Grand-père. Il ne faut pas en parler. Cela ne se fait pas. On s'attire des silences désapprobateurs, des gronderies, des punitions. Et l'on apprend à se taire.» (p.33)
Héritages, silences, tabous, l'histoire est ainsi faite.

Mondes parallèles

Élisabeth Vonarburg construit ses mondes avec un bonheur inégal.
«Quant aux autres, pour l'instant, tout ce que l'on peut faire, c'est prier avec ferveur pour eux. Et leur offrir tout ce qui pourra être accompli de bon et de grand en cette terre nouvelle. Il est le seul survivant du naufrage, il est le seul désormais à savoir que le Pays des Dragons existe  bel et bien. Et qu'il y règne une magie complètement différente de tout ce qu'on a pu rencontrer ailleurs.» (p.237)
La magie, les talents, les pouvoirs permettent à certains d'assumer une forme de domination et de contrer les ennemis. Vonarburg insiste beaucoup trop sur  ces talents, les pouvoirs de la magie et les rôles des Natéhsin et des Xhélin. À force de trop vouloir préciser, elle finit par tout embrouiller.
Peut-être que Vonarburg publie trop rapidement aussi. Il aurait fallu resserrer un peu et pousser plus loin l'écriture. Certains passages grincent un peu aux encoignures.
«Panthère a bondi d'une de ses cachettes et les précède, preste découpe noire et feu, dans le couloir puis dans la tonnelle-appentis à la lumière vitreuse, dansant à la porte de la serre encore mélodieuse du passage de Jiliane, tandis qu'ils retirent leurs souliers pour mettre les sandales.» (p.526)
Madame Vonarburg nous a habitués à plus de tonus.

«Reine de Mémoire 2. Le Dragon de Feu d’Élisabeth Vonarburg est paru aux Éditions Alire.
http://www.alire.com/Auteurs/Vonarburg.html

mercredi 20 avril 2005

Élisabeth Vonarburg a eu du mal à se retrouver

Élisabeth Vonarburg, en 1980, entrait en écriture. Elle ne cesse d'étonner depuis avec des romans, des nouvelles et des traductions. Elle demeure une dynamo en construisant une oeuvre solide, fascinante et originale.
Et voilà «La Reine de Mémoire», une histoire qui a pris des proportions imprévues, qui donnera quatre romans et plus de 2000 pages. Le projet a pris une telle ampleur que l'éditeur a dû retarder la parution du premier tome à quelques reprises.
«Trois fois j'ai repoussé la publication et mes lecteurs s'impatientaient. J'ai reçu des courriels», raconte Élisabeth Vonarburg dans son refuge de la rue Belleau à Chicoutimi. Un chat tacheté passe, indifférent à nos propos.
L'impression de vivre une scène du roman «La Maison d'Oubli». «Vous m'avez complètement contaminé», lance l'écrivaine en parlant des membres de l'Association professionnelle des écrivains de la Sagamie. Mme Vonarburg fait référence aux écrivains qui se laissent porter par leur histoire, des personnages qu'il faut suivre.
«Je n'ai jamais fait cela. Je travaille sur la fresque où tout est prévu et contrôlé. Je n'improvise pas. Je planifie à quatre-vingt pour cent. Et là, ce fut le contraire. Tout était prévu dans Tyranaël mais là... »

Expérience

Élisabeth Vonarburg se frotte la tête et semble revenir d'une expérience un peu douloureuse.
«Je prévoyais un gros roman, mais tout m'a échappé. Des heures de remue méninge et de discussions. Mon copain Denis et moi inventions des mondes, des situations et explorions des pistes», dit-elle. Comme s'il fallait trouver un terrain où installer son histoire et faire vivre ses personnages.
«Tout est parti d'un rêve. Il y avait une grande carte magique qui nous transportait ailleurs quand on la perçait. C'était là, la tour et le saut dans le vide. Les rêves de Pierrino et Senso dans le roman. Un rêve que j'ai fait après la mort de ma mère», raconte-t-elle.  Élisabeth Vonarburg demeure attentive aux rêves, les questionne, les pousse dans tous les recoins pour tenter d'y trouver un sens. «À ce moment-là, j'étais convaincue qu'en n'ayant plus de parents, je ne pourrais plus écrire. Et j'ai fait ce rêve. Une carte immense qui avait la texture d'une peau. C'est l'origine du roman qui passe dans quatre tomes», explique Mme Vonarburg.
Comme si cette histoire était venue la rejoindre par l'inconscient.
«Le sujet et l'époque se sont imposés. Tout de suite! Cette fois, je ne pouvais me permettre de tout inventer comme avant. Je devais respecter des faits historiques. J'ai fait un appel à tous par Internet et j'ai reçu des livres qui racontent l'histoire de Lyon. C'était en plein cela. L'histoire officielle mais des poussées pour faire place à mon imaginaire. Jésus et Sophia par exemple, les jumeaux. Les catholiques ou les christiens ont toujours eu du mal avec le corps et je voulais explorer autre chose. La dualité des jumeaux me fascine. J'ai refait le monde tout en gardant des aspects familiers pour que le lecteur ne s'égare pas trop», dit-elle encore.
Le roman est devenu un véritable jardin sauvage, à l'image des pins mungo qui bouchent tout l'avant de sa maison. «Ce fut difficile parce que je ne travaille pas comme cela. J'ai retardé la publication pour écrire tout l'ensemble. Ce n'est pas complet, mais je sais où je m'en vais. Surtout que c'est mon roman le plus autobiographie, le plus personnel», ajoute-t-elle.

«Reine de Mémoire, La Maison de l’Oubli» d’Élisabeth Vonarburg est paru aux Éditions Alire.

Élisabeth Vonarburg s’inspire de son enfance

«La Maison d'Oubli» d'Élisabeth Vonarburg, premier tome de la série «Reine de Mémoire», touche d'une façon particulière.
Le lecteur ne sera jamais dépaysé même si l'écrivaine l'entraîne dans une «fantaisie historique». L'histoire s'amorce en 1780 en France, dans une petite ville près de Toulouse. Les personnages vivent du commerce ou en travaillant la terre. Les Mages, ceux qui ont des talents et peuvent utiliser différentes formes de magie, dirigent une communauté plutôt paisible. Plus au nord, les christiens ont un lien direct avec les catholiques que nous connaissons mieux. Une guerre vient de prendre fin. Voilà l'aspect géographique et historique du roman.
«J'ai beaucoup puisé dans mon histoire, celle de ma grand-mère qui est d'origine asiatique. Mes demi-soeurs vont lire ce roman d'une façon particulière», explique l'écrivaine qui a toujours fait des efforts pour maquiller ces aspects dans ses romans antérieurs. «J'ai toujours puiser dans mon environnement ou mon histoire mais pas autant que dans «La Maison d'Oubli»», précise-t-elle.

Processus

«Je travaille toujours avec des lecteurs. Des hommes au départ. Certains parlaient de l'histoire, d'autres des personnages. Quand j'ai fait le même exercice avec des lectrices, elles me suivaient avec enthousiasme», explique la romancière en préparant le café.
Le gros chat impassible circule lentement, avec application, sans un regard.
«Je lance des perches, mais cela ne veut pas dire que je prends toutes les suggestions. Certains  demandaient des éclaircissements, des précisions mais pas de transformations importantes», explique la romancière en mentionnant qu'elle vient d'acquérir un tout nouvel ordinateur. «Et c'est la première fois que j'ai une file de lecteurs au salon du livre de Québec. Je suis arrivée et ils m'attendaient avec mon roman sous le bras», dit-elle en s'amusant de la scène.
L'ordinateur, elle l'apprivoise lentement. Nous revenons à son roman et à l'histoire.

Des enfants

«Mes personnages principaux sont des enfants parce que cela nous permet de tout découvrir en même temps qu'eux. C'est un vieux truc. Les enfants posent des questions comme les lecteurs en fait», dit elle.
Un langage aussi, on y revient toujours quand on discute avec un écrivain.
«Je voulais respecter l'époque. Je me suis beaucoup inspiré de mon vieux «Lagarde et Michard» pour la langue et évoquer l'époque. Une belle bataille avec la correctrice mais comme elle me suit depuis des années, on finit toujours par s'entendre», raconte la romancière. Une manière de constater comme Élisabeth Vonarburg aime tout maîtriser quand elle se lance dans l'écriture.
Un roman où tout arrive imperceptiblement. «C'est la manière Vonarburg et les lecteurs doivent s'habituer. Je pense que j'ai une écriture très cinématographique. Ce sont des blocs qui avancent, des descriptions qui en font rager certains mais je suis comme cela», tranche-t-elle.
Le second volet est déjà quasi terminé. Deux romans par année pendant deux ans. «As-tu hâte de lire la suite?», lance-t-elle, un peu espiègle. Bien sûr. Les jumeaux Pierrino et Senso, et surtout la jeune Jiliane, la troisième pointe du triangle, sont de bons guides. Vivement la suite! Mais je devrai attendre jusqu'en novembre.

«Reine de Mémoire, La Maison de l’Oubli» d’Élisabeth Vonarburg est paru aux Éditions Alire.

dimanche 7 mars 2004

Élisabeth Vonarburg regroupe ses nouvelles

Élisabeth Vonarburg n’a cessé de bousculer la société en se projetant souvent dans le futur ou en le ramenant à sa plus simple expression quand tout a été saccagé par la démesure humaine. Si elle a réussi des fresques époustouflantes avec sa série Tyranaël ou «Le pays des mères», elle sait aussi travailler des textes précis comme des bonsaïs. Toujours elle questionne l’évolution, la civilisation ou sur quoi peut reposer l’humanité. Des énigmes qui hantent ses grands romans de science-fiction où elle se fait chercheuse et tente de trouver ce qu’est l’humain, la culture ou la civilisation quand tout le superflu ou l’inutile a été balayé. Une manière de se plonger en situation d’urgence pour décrire la condition humaine et questionner l’histoire. Comme si elle poussait l’humain dans ce qu’il a de plus intime. Elle a trituré le langage, les rapports entre les hommes et les femmes, bousculé la civilisation, les mutations possibles ou imaginaires dans un monde dominé par la machine. Toujours elle a cherché l’étincelle, la petite flamme qui montre que l’humain est humain malgré toutes les folies et les expériences.
Parallèlement, Élisabeth Vonarburg a écrit des textes pour le plaisir de participer à une revue ou un collectif. Ici, dans «Vraies histoires fausses» elle regroupe vingt-trois nouvelles parues ici et là, surtout dans le collectif de l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie-Côte dont elle a été une animatrice pendant plusieurs années.

Question d’unité


Le lecteur trouverait-il une unité ou un fil conducteur dans ces textes qui s’échelonnent sur une vingtaine d’années. Elle explore son enfance, son adolescence, s’arrête à ses migrations, à sa venue à Chicoutimi et y décrit certains rêves. Elle se livre dans ses choix d’existence et ses décisions. Elle y parle du pays rêvé, du pays abandonné, de son amour de la neige, des voyages en autobus et s’abandonne un peu aux souvenirs pour y arracher des signes. Des textes d’une finesse remarquable et d’une belle unité. Peut-être parce qu’Élisabeth Vonarburg a décidé, dans ces récits de déchirer les masques pour parler d’elle et de son monde, d’aller vers soi en oubliant les maquillages.
«Alentour, hors de la ville, les repères de mes chemins se sont effacés, les champs n’existent plus, les maisons, à peine. Seulement la plaine, un grand corps endormi, immobile et pur, entre l’orée du Parc et les monts Valin – la montagne flotte au-dessus de l’horizon, rêve de nuage dans l’azur tranchant.» (p.57)
Elle travaille avec des petites touches précises et sait être une orfèvre attentive. Et quel don elle a pour nous faire sentir l’autre, l’étouffement ou une présence intolérable.
«C’était peut-être cela, l’enfer, un autobus puant plein de gens exécrables, fonçant à travers l’éternité des limbes en direction de nulle part.» (p.89)
Élisabeth Vonarburg ne perd jamais son mordant. Elle a le regard perçant de l’harfang à qui rien n’échappe. Des textes surprenants même quand on a eu le plaisir de la lire au cours des années. Regrouper ces textes leur donne une force et une justesse encore plus grande.

Précision

Élisabeth Vonarburg ouvre ici une porte à ceux et celles qui, au cours des onze dernières années, ont participé aux collectifs de «Un lac, un fjord, un fleuve». Ses nouvelles demeurent percutantes, justes et s’avèrent d’une remarquable uniformité.
«Je voyais d’immenses forêts profondes, enfouies sous la neige, avec des ours noirs qui dormaient roulés en boule entre des parois de terre veinées de racines. Et de grandes chouettes blanches au vol velouté dans le silence. Et de grands cerfs majestueux, dans la neige jusqu’au poitrail, qui avançaient comme des bateaux sans voiles.» (p.123)
Élisabeth Vonarburg sait rêver un espace et l’habiter. Elle nous le peint ici dans une langue d’une belle précision.

«Vraies histoires fausses» d’Élisabeth Vonarburg est paru aux Éditions Vents d’Ouest. 
http://www.ventsdouest.ca/Livres.asp?IDL=188