mercredi 15 avril 2009

Claire Martin ne cesse d’étonner

Claire Martin, née en 1914, s’est tenue en marge de la littérature de 1973 à 1999. Vingt-six ans sans publier. À 94 ans, elle garde une vitalité et une fraîcheur étonnantes. Certainement la doyenne de nos écrivaines.
Rappelons qu’elle a fait son entrée en littérature, en 1958, avec des nouvelles. Dans «Le feu purificateur», trois courts récits, elle effleure son passé. Une visite sur les lieux de son enfance, la maison familiale qui a été détruite par les flammes. Elle y retrouve des objets, des artéfacts qui évoquent une époque où le drame avait les coudées franches. Tout cela à mots couverts, avec un sourire et un certain détachement. C’est comme ça quand le temps file. Certains événements sont comme ces objets qui ont échappé au feu. Il suffit d’un détail, d’une enveloppe soulevée par le vent pour que tout un volet de vie s’impose et nous entraîne vers des personnages qui sortent de l’ordinaire.
C’est que Claire Martin a eu une enfance peu banale, fréquenté des gens plutôt extravagants. Que dire de cette cousine qui se complaît au milieu de parvenus et d’étranges manipulateurs. Une Pauline fascinante qui laissera un héritage inattendu.
«Au soir de ce jour, les langues se dégourdirent un peu, à la maison du grand-père qui n’avait été que le gendre, en son temps. Si certains pensaient que les ossements découverts étaient ceux de l’arrière-grand-mère, personne n’eut l’audace d’évoquer cette éventualité. Il n’en fut pas ainsi à la mairie. De fil en aiguille, il fallut bien arrêter les recherches à la seule femme âgée de la paroisse qui n’était ni chez elle ni au cimetière.» (p.35)
Que de morgue et d’humour! Il suffit de se pencher sur ses souvenirs pour que tout un monde remonte à la surface. C’est le privilège de l’écrivain.
Claire Martin garde une fraîcheur, un pouvoir d’évocation qui fait sourire à chaque paragraphe. C’est peut-être cet humour fin, ce ton qui étonne, cette manière de se faufiler dans ses souvenirs qui fascine. Et quelle habilité à jongler avec les verbes. Bien des jeunes écrivains auraient du mal à en faire autant. Claire Martin démontre une agilité remarquable.

«Le feu purificateur» de Claire Martin est publié aux Éditions L’instant même.