samedi 15 avril 2006

Pas capable de rester en place un moment

Serge Patrice Thibodeau «ne semble pas capable de rester en place», vivant entre deux aéroports, deux pays et toutes les destinations imaginables. Ce poète, originaire de Rivière-Verte au Nouveau-Brusnwick, on le comprendra, ne refuse aucun embarquement.
«Lieux cachés» regroupe des récits publiés au cours des années, dans Le Sabord notamment. C’est ce qui explique la forme courte de ces récits. Jamais plus de quelques pages.
Il a vu Beyrouth, Israël, la Palestine et le racisme, Prague qu’il affectionne. Amsterdam aussi, Londres, Mexico et les environs. Montréal, la Provence et Rivière-Verte où vivent ses parents. Il nous entraîne ainsi dans le village de Santa Catarina Loxicha, un monde hors des routes du Mexique. Il fera le détour par le pays de ses ancêtres, Marans dans le Poitou. Le poète voulait voir d’où est parti son aïeul Pierre qui a tout abandonné pour s’installer en terre sauvage d’Amérique. Le voyage peut aussi devenir une plongée dans le temps.

Rencontres

Des profils d’écrivains surgissent ici et là. Thibodeau aime les sons que les écrivains portent comme s’ils étaient les seuls à «entendre leur pays». Il s’attarde à la musique, aux rencontres uniques et à des spectacles inoubliables pour le mélomane qu’il est. Villes aussi qu’il sent vibrer et palpiter.
«Le printemps de Prague a ses sautes d’humeur. Les couleurs du ciel passent brusquement du violet au noir, du gris à l’orangé. Des rafales de pluie durent quelques instants, puis le beau temps revient, le soleil réchauffe le visage. Je profite de l’après-midi pour me rendre à Smichov en tramway. Je n’ai pas mis les pieds dans ce quartier depuis 1990. Les façades écaillées, mornes et ternes, ont été ravalées, de nombreux commerces, multicolores flanquent maintenant les rues populeuses.» (p.48)
Surface

Le lecteur perçoit des odeurs, des couleurs et se heurte souvent à des ombres. Des portraits sympathiques qui tiennent de l’esquisse et du croquis. Je me suis un peu essoufflé pourtant à bondir ainsi d’une année à l’autre, à franchir toutes les frontières. Il devient difficile de «voir» ces pays brossés à grands coups de spatule.
Dommage! J’aurais aimé prolonger un peu les escales, m’attarder dans ces pays pour entendre et voir les gens. À lire ainsi cette valse à mille départs, on est pris de vertige. Tout comme l’écriture qui se relâche souvent, hélas. Une réécriture aurait permis de pousser plus loin ces textes sympathiques. Serge Patrice Thibodeau est demeuré trop près des chroniques et de la revue.

«Lieux cachés»  de Serge Patrice Thibodeau est paru aux Éditions Perce-Neige.