samedi 14 décembre 2002

Un véritable voyage au pays de l’imaginaire

D. Kimm avec «La Suite mongole» en arrive à un aboutissement. Elle a traîné ce projet pendant une dizaine d'années, l'a fignolé pour parvenir à cette forme définitive, ce livre qui se leste d'un cédérom. Avec le travail de D. Kimm, il ne pouvait en être autrement. La parole et l'écrit ont toujours été étroitement enlacés chez elle.
Voyage dans la tête et dans un pays fantasmé. Exploration aussi d'une imagerie qu'il faut visiter avec recueillement. Arrêts devant ces icônes qui ornent le livre et qui sont autant de fenêtres sur une autre époque. Il faut s'imprégner de ce monde étrange, toujours mouvant et en quête de terreur et d'excès. Et nous aimons la fille sauvage qui chevauche les siècles et les fleuves, traverse des plaines griffées par le vent et la neige. Toujours cette cavalcade, toujours la colère et la férocité qui poussent vers ce lieu où la mort et la vie se soudent bouche à bouche. Moments fugaces, éclairs, sons qui se répercutent avant de s'évanouir comme un oiseau dans le ciel. Le monde vacille et il est possible de l'inventer, de le mouler à son image et à son esprit.
«Lorsque le vent a soulevé la poussière autour de moi, je n'ai pas capitulé, je n'ai pas souhaité vivre dans un autre lieu, un autre temps, j'étais née ici et j'allais assumer ma condition ici, être puissante comme un fleuve et belle comme une prière, charnelle comme un printemps et lucide comme une condamnée ; mais il fallait le jurer, le jurer et répéter sans cesse, me convaincre d'y croire car il n'y avait personne pour m'aider.» (p.14)

Voyage
D. Kimm choisit l'épique, l'intime et le fantasmagorique. Tout est refus, colère et désirs, fuites et effleurements, danses et paroles. Senteurs, halètements et lourdes fumées. Nous souffrons avec l'air, la terre, l'eau, le feu et la lumière. Les grandes forces telluriques se matérialisent.
Suite poétique solide, retenue et efficace. Textes sensuels qui mêlent poussière, sable, soleil et vents macérés de neige. Une sorte de martèlement des désirs nous emporte comme une charge de chevaux que repousse l'élan de l'histoire. Nous ne pouvons qu'adhérer à ce projet original et très particulier. Il suffit de se laisser emporter par la musique, d'avoir tous les sens en éveil pour sentir le monde.
«C'est la pleine lune et les femmes du village sont devenues folles. Elles aboient comme des chiennes en chaleur. Elles sont accablées par un ennui constant qui cause des dérèglements de l'esprit. Il ne pourra le supporter. Il va venir ici quémander mon assistance. Je l'attends de pied ferme.» ( p.55)

«La Suite mongole» de D. Kimm est paru aux Éditions Planète rebelle.