samedi 21 août 2004

Guy Lalancette présente un grand roman d'amour


Guy Lalancette, l'écrivain de Chibougamau originaire de Girardville, revient après «Les yeux du père», son roman d'enfance et d’initiations. J'ai lu et relu ce livre publié en 2001, ce récit soulevé par une langue robuste comme du chiendent.
Avec «L'amour empoulaillé», Lalancette bascule dans l'adolescence. Ce pourrait être le jeune Jüg du roman précédent qui a pris quelques années.
Voici venu le temps des extases, des rêves et des excès. En s’arrachant à l'enfance, le monde coïncide rarement avec l'idéal ou l’image qu’on s’en fait. Il est trop petit ou trop grand! Simon et Jérémie rêvent. Pour les deux frères, surtout chez Simon, graine d'écrivain et amateur de dictionnaires, le compromis n'existe pas.
Un village, fin des années soixante, des traditions qui étouffent, des règles qui broient les humains, des révoltes qui provoquent des tempêtes et un amour comme un feu de forêt au plus aride de l’été. Lalancette peint le monde des filles et des garçons qui se surveillent, s’attirent mais n'ont guère de contacts. Les premiers émois, les vantardises des plus effrontés, les effleurements lors d'une danse et l'amour qui foudroie un garçon et une fille.

Passion

La flamme de Simon et Élisabeth soufflera le village et provoquera une tornade dévastatrice. Une passion à l'égale de Roméo et Juliette, Tristan et Iseult.
«Elle portait une jupe avec tellement de plis, on aurait dit un abat-jour. C'était une jupe à mi-cuisse- je ne sais pas si ça se dit, mais ça se voit. Il y a des filles qui sont faites pour les jupes, elles ont des jambes, c'est comme les pieds d'une lampe et c'est facile de croire que c'est de là que vient toute la lumière.» (p.27)
Jérémie écrit l'histoire de Simon et Élisabeth des années plus tard. Il a été le confident, le témoin et le messager comme dans les grandes tragédies tricotées à l’alexandrin. Il a vu des forces se heurter, ne laissant personne à l'écart, pas même Canaille Saint-Gelais qui vit à l’écart du village par dépit ou par lucidité.
«Je l’ai déjà dit et je le répète, nous n’habitons pas un village, nous lui appartenons, et le nôtre ne fait pas exception.» (p.139)
L’horreur mais l'amour encore et toujours. L'amour qui mènera Simon à l'asile. Pourtant, il triomphe de tous et de tout avec la complicité de sa famille. Des scènes d'une violence inimaginable surviendront après l’affrontement de Simon et Dupuits sur le parvis de l’église!  On se croirait au temps des Capulet et des Montaigu. Deux mondes se heurtent et se brisent.
«Quelque chose s'est brisé. Un craquement comme un bruit de fêlure qui s'est étiré en écho dans le plus formidable silence de foule qu'il m'ait été donné d'entendre. Il n'y a pas d'autre moyen de le dire. Ç'a été comme un sceau sur l'offense, avec tout un village de témoins. Pour qui n'a jamais vécu à la campagne, il faut savoir qu'un village, ce n'est qu'une mémoire multipliée, répandue, débordante et souvent agrémentée.» (p.109)
Le village fermera les yeux devant les pires horreurs comme dans le poulailler où rien ne perturbe les poules. Un poulailler où Simon trouve un exutoire à sa violence et sa rage. Une folie passagère et après le calme. Le miroir de la société…

Surtout l’écriture


Quelle invention d’écriture! Un pur bonheur! Des trouvailles, des découvertes langagières, une langue que l’auteur triture et transforme. Une véritable danse.
Oui il est encore possible d’écrire des histoires de passion, de violence, de croire en l’idéal et l’absolu. «L’amour empoulaillé» est un plaisir de tous les instants malgré des pages effroyables. Un roman d’espoir même si les protagonistes en sortent mutilés et cassés. L’amour triomphe, du moins dans les romans de Guy Lalancette.
«Le silence s'est étendu jusqu'au poulailler et nous avons respecté ça pendant que, penché sur son épouse, il scellait en un long baiser leur nouvelle alliance. J'écris ça comme dans la Bible parce que, parfois, il faut de la poésie et que, outre celle de Simon, c'est la seule que je connaisse.» (p.220)
Un grand roman qui marque l’imaginaire.

«Un amour empoulaillé» de Guy Lalancette est publié par VLB Éditeur.

http://www.edvlb.com/guy-lalancette/auteur/lala1001