dimanche 27 février 2011

Gilles Archambault et le blues de la vie

La constance de Gilles Archambault a quelque chose d’admirable. Quand on sait que «À voix basse» a été  publié en 1963, il faut parler d’un véritable engagement. L’écriture est certainement existentielle chez lui. Il a toute mon admiration pour cette longue carrière qui le propulse rarement à l’avant-scène.
«Un promeneur en novembre» regroupe dix-sept nouvelles d’une dizaine de pages. Un titre évocateur parce que les héros d’Archambault sont souvent des flâneurs qui ne s’attardent guère aux êtres et aux choses même s’ils demeurent conscients et attentifs. Un peu distants aussi, mais en éveil, avec une petite agitation intérieure qu’ils n’arrivent jamais à apaiser.
La manière de l’écrivain est là, inimitable. Il est question de solitude, du vieillissement, sans basculer dans la nostalgie ou cette colère qui habite souvent ceux et celles qui avancent en âge. Ses personnages sont au-delà de la frénésie et des grandes agitations amoureuses. Des solitaires qui tournent dans leurs habitudes, oubliant un peu leurs amis et la famille. Ils sont des témoins qui vont sans vraiment juger, sans jamais se culpabiliser, sans pouvoir se livrer non plus.
«Comment lui dire que c’est plutôt le silence de ma fille qui me pose problème ? Je ne vois Cléa qu’une fois par an à peu près. A chaque occasion, elle me paraît distante. Je l’invite au restaurant. Nous parlons peu. À peu près jamais de choses que j’ai à cœur.» (p. 11)

Constance

Des personnages qui ont de la difficulté à communiquer même s’ils écrivent. Peut-être que tous les mots ont été dits, que tout verbiage est futile. Ils se croisent, se rencontrent par habitude, par obligation presque.
«Depuis la mort de Claire, je ne reçois personne. Il arrive même que la présence de mon fils m’incommode. Quant à ma fille, il y a bien sept ans que nous sommes l’un pour l’autre de parfaits inconnus. Le regrette-t-elle ? Je l’ignore. Moi je ne sais plus.» (p.48)
Parce qu’avec le temps, les liens se défont. Il ne reste qu’un appartement, des tournées qui ressemblent à celles que les trappeurs exécutaient machinalement dans la forêt. Une manière de vivre où les attentes se diluent, les désirs se taisent. Reste l’empathie envers les proches, une générosité même. Ils peuvent aider un voisin, une connaissance sans pour autant se compromettre.
«Une fragile immortalité, c’était notre état, après tout. Toute bringuebalante qu’elle était, notre espérance valait bien la fausse sérénité qui était maintenant la nôtre. J’ai déjà eu vingt ans. Tout aussi malheureux que je le suis à soixante, je tenais au moins pour éloignée la présence de la mort. La perspective du néant se dessinait à peine.» (p. 53)
Les personnages d’Archambault ne changent guère en avançant dans la vie. Ils ont toujours été mal à l’aise en société, sans jamais pousser de cris, malgré une inquiétude toujours présente. Ils sont de la couleur des jours de novembre qui jettent l’ancre quand toutes les extravagances de l’automne ne sont que souvenirs. Ils vont, saluent un passant, empruntent une direction qui n’a pas d’importance et pratiquent une suprême discrétion. Des solitaires que la vie a en quelque sorte un peu anesthésié. Ils continuent avec ce petit tremblement qui secoue la morosité des jours.
Que dire quand la mort se profile et que la maladie vous malmène...
«Quand je suis monté dans le taxi tout à l’heure, j’ai pensé une fois de plus à ce que Janine était pour moi. À l’heure présente, Claude est peut-être mort. Un vieillard penché sur sa canne me dit que nous connaissons un automne exceptionnel. Je ne le démens pas. Encore une fois refaire mon parcours, puis j’entrerai à l’hôpital.» (p.231)
La vie est un lent dépouillement, une promenade qui finit toujours par un arrêt. Les nouvelles de Gilles Archambault s’installent comme une petite musique qui ne vous lâche pas. C’est là toute la magie de cet écrivain. Ses textes sont une confidence, un murmure qui vous suit à quelques pas derrière, dans une inquiétante discrétion.

« Un promeneur en novembre » de Gilles Archambault est publié aux Éditions du Boréal. 
http://www.editionsboreal.qc.ca/catalogue/auteurs/gilles-archambault-148.html