jeudi 3 avril 2008

Une maison livre grands et petits secrets

Lise Bissonnette voulait une manière de chalet en ville, un lieu où elle pourrait se retirer, faire venir les mots et les phrases.
Au cours d’une promenade, il y a eu un regard sur une petite maison bleue abandonnée dans la neige. C’était près de la rivière des Prairies, du rapide du Gros-Sault. Deux mondes venaient de se heurter. Achat, rêves, projets, discussion avec l’architecte Pierre Thibault. Le refuge deviendra une maison qui accueillera tous les livres que Lise Bissonnette et Godefroy Cardinal collectionnent avec passion. Le présent et l’histoire se souriaient.
Lise Bissonnette a rapidement voulu tout savoir de cette maison construite par Pierre Gagnon et Marguerite Corbeille en 1811. Une demeure plus que modeste occupée par les descendants du couple jusqu’à une époque récente. Il n’en fallait pas plus pour plonger dans l’histoire de cette famille et les suivre sur presque deux siècles. C’était aussi faire revivre ce coin de pays. Moulin à farine et tailleurs de pierre, cageux et petits ouvriers se côtoyaient. Les Gagnon se sont débrouillés comme tous les Québécois peu lettrés de l’époque. Ce pourrait être le vécu de bien des familles.

Architecture

Regard aussi sur l’architecture et évocation de ces maisons défigurées par les vendeurs de matériaux. Pierre Thibault, l’architecte, a dû concilier passé et présent dans cette aventure.
«Cette maison aurait dû mourir. Au cours des grands massacres des années cinquante et soixante, quand le maire Jean Drapeau se fait fièrement le destructeur en chef des plus beaux bâtis de Montréal, quand la partie nord de l’île, dernière frontière, perd ses champs et chalets aux bungalows en rangée d’une génération d’enfants de locataires qui découvrent l’accès à la propriété, le quartier Bordeaux n’échappe pas aux tronçonneuses, niveleuses et autres machines. Les curés ouvrent eux-mêmes la marche, avec zèle.» (p.51)
Rénovations sauvages et démolitions ont marqué l’histoire du Québec Cette maison qui a résisté au temps par miracle devient le legs de la famille Gagnon au Québec contemporain.

Amour et parfum

Pour la fin, madame Bissonnette a imaginé une discussion entre Balzac et Théodore Banville. Une histoire d’amour et de parfum qui tourne autour de la flouve, ce foin d’odeur qui pousse comme du chiendent au Québec. Pourquoi pas! Ce projet, après tout, s’est échafaudé autour des livres. La petite maison bleue avait bien droit à sa fiction.
Édition soignée, très belles photos agrémentées de plans et de dessins. Véritable hommage à l’architecture et plaidoyer pour ces demeures modestes qui retiennent l’attention de bien peu de gens. Un bonheur pour ceux qui aiment l’histoire, l’architecture et les maisons.

«La flouve, le parfum de Balzac» de Lise Bissonnette est paru aux Éditions Hurtubise.