vendredi 12 avril 2002

Régis Roy demeure bien de son époque

Mariel O'Neill-Karch et Pierre Karch ont effectué un travail admirable de patience et de fidélité en se penchant sur les contes et les nouvelles d'un écrivain oublié. Fonctionnaire, nouvelliste, dramaturge, romancier, historien, Régis Roy a vécu toute sa vie à Ottawa entre 1864 et 1944. Cette belle collection des Éditions David nous convie à retrouver des voix qui ont permis à la littérature d'expression française de s'imposer dans ce territoire qu'est l'Amérique.
Quelques textes font sourire par la facture ou par la thématique mais tous n'en demeurent pas moins signifiants. Lire Régis Roy, c'est découvrir ou redécouvrir les fondements qui sous-tendent notre littérature, celle du Québec comme celle des écrivains d'expression française qui vivent hors des frontières de la Belle province. Il se heurte à la question de l'identité canadienne, à la langue, à la place des femmes dans un monde qui bouge, au rôle de l'écriture et à la survivance des francophones. Ces idées, que la poussée du nationalisme québécois, à partir des années 1970, allaient exacerber, nous les retrouvons à l'état d'ébauches ou encore bien ancrées dans les écrits de cet auteur qui a effleuré tous les genres.
«Son oncle à lui, Jérôme Lebrun, avait épousé une Anglaise qui ne parlait qu'un peu le français. Or, qu'advint-il ? Ses enfants parlaient tous l'anglais plutôt que la langue du père, mais quand ils se servaient de celle-ci, c'était pénible de les entendre écorcher le français. Charles, froissé de ce spectacle, s'était bien juré de n'épouser qu'une fille de sa race, mais parfois le coeur est difficile à contrôler.» (p.176)
Bien sûr, le temps fait son oeuvre. Certains jugements font sourire ou hausser les épaules. Régis Roy s'y montre misogyne, xénophobe et raciste. Il reflète bien son époque mais ces vues demeurent. Qu'on se souvienne de la crise d'Oka ou encore des grands débats effleurés lors de la tenue des deux référendums au Québec.
Les textes de Régis Roy ont plus qu'une valeur historique ou ethnographique. Il a su écrire de très bonnes nouvelles qui gardent leur saveur et qui retiennent le lecteur. Je pense particulièrement à «Un crime caché» ou «L'émigré». Un plaisir de lecture.
Une littérature ne se constitue pas uniquement des parutions qui font l'actualité des médias. Elle doit redécouvrir les précurseurs oubliés ou méconnus. Nous devons beaucoup à ces écrivains des commencements où écrire demeurait un exploit.
Le travail précis, soigné de Mariel O'Neill-Karch et Pierre Karch comble un vide. Un livre nécessaire qui met en perspective nos grands idéaux contemporains. Il faut en être reconnaissant à ces chercheurs et aux Éditions David.

«Choix de nouvelles et de contes» de Régis Roy, édition préparée par Mariel O'Neill-Karch et Pierre Karch, est paru aux Éditions David.