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mercredi 4 novembre 2026

STANLEY PÉAN NOUS ENVOÛTE ENCORE

STANLEY PÉAN, une fois de plus, m’a poussé dans un monde inquiétant comme il l’a fait dans de nombreuses publications (j’ai à peu près tout lui de lui) autant du côté des nouvelles que du roman. Cette fois dans Grangou, l’écrivain s’aventure en Haïti, dans une histoire d’héritage qui prend des couleurs particulières. Stanley Péan aime jongler avec le vaudou, une croyance religieuse très présente en Haïti où un Dieu suprême s’impose avec une panoplie d’esprits qui interviennent dans le quotidien des gens. Bien sûr, des malins, des ratoureux comme on dit au Québec, peuvent tenter d’utiliser ces entités pour manipuler les autres et parvenir à leur fin. Philippe Chevalier a quitté Haïti depuis des années et vit à Boston où il est devenu médecin, un rationnel qui ne jure que par la logique et les faits vérifiables. À la mort de son oncle Claudio, un riche propriétaire, il rentre dans son pays d’origine avec sa femme Claire pour assister aux funérailles et prendre connaissance des dernières volontés du défunt. Philippe plonge dans le monde de son enfance, dans un univers magique et inquiétant où sa belle-mère, Bérénice, tente de tirer les ficelles pour mettre la main sur la fortune de Claudio. 

 

Un mot d’abord sur le titre. Ce mot haïtien signifie « faim ». Ici, Péan ne parle pas que de nourriture, mais de toutes les ambitions de ceux et celles qui veulent s’emparer de biens, du pouvoir en ne reculant devant aucune manœuvre. La faim physique aussi, bien sûr, omniprésente dans ce pays, qui n’arrive pas à se débarrasser d’une certaine fatalité politique qui maintient la population dans la peur et la misère depuis leur indépendance en 1804. 

Je me souviens des images du tremblement de terre de 2010 qui a fait plus de 250 000 morts et encore plus de blessés. Maintenant, des gangs, de véritables bandits armés s’affrontent, sèment la terreur en sillonnant les rues, n’hésitent pas à tuer et à tout détruire pour contrôler des secteurs du pays. Comme si Haïti était touchée par une malédiction qu’elle ne peut maîtriser ou repousser. 

 

LA MAISON

 

Dès les premières pages, Stanley Péan nous plonge dans une atmosphère lourde, étouffante, une canicule qui colle à la peau et à tout ce qui se trouve dans la maison de Grand Havre. Impossible de fermer l’œil dans la vaste demeure de l’oncle Claudio, où on peut se perdre presque dans les nombreuses pièces. 

Cette demeure est hors du temps et Philippe retombe dans un passé qu’il croyait avoir laissé loin derrière lui. La chaleur pèse et devient une présence inquiétante et maléfique, une poisse que la nuit ne parvient pas à chasser. La maison est peut-être à l’image du pays qui étouffe, n’arrive pas à respirer librement. Peu à peu, les individus semblent « posséder » par la résidence de Claudio. 

 

« À présent, dans la chambre d’amis, la nuit paraît plus proche, plaquée contre les persiennes. Les insectes bourdonnent et grincent dehors ; un entrelacs sonore incessant, sans commencement ni fin. Plus loin, un chien aboie, une fois, puis encore, comme s’il répondait à un appel que Philippe ne peut entendre. 

Claire traverse la pièce et pose la paume contre l’un des volets. Le bois est chaud sous ses doigts. Elle hésite, puis l’entrouvre juste assez pour incliner les jalousies vers l’intérieur. Le geste laisse entrer le son plus que l’air : le souffle épais de la nuit, son humidité végétale. Elle se penche, inspire, puis recule en s’éventant de la main. » (p. 11)

 

Une atmosphère de plus en plus obsédante, inquiétante, surtout pour Claire, l’Américaine du Nord qui n’a pas l’habitude de cette chaleur qui colle aux objets et aux murs. Surtout, elle est l’étrangère que l’on n’accepte pas dans le pays de son mari. Une hostilité certaine se manifeste rapidement envers elle, surtout de la part d’Anaïse, la vieille servante. 

 

PASSÉ

 

Philippe croyait être devenu un autre aux États-Unis, en s’installant dans une vie réglée et tranquille. Tout ce qu’il a refoulé et voulu effacé de son esprit suinte des murs et prend possession de ses pensées. La maison ressuscite des craintes qu’il a chassées en faisant médecine et en soignant les corps. Que faire quand le passé vous bouscule, que la tragédie qui l’a frappé de plein fouet (la mort inexpliquée de ses parents) dans un accident de la route qui n’en était peut-être pas un vient le hanter. Comment enrayer la machine à souvenirs qui s’empare du temps et le repousse dans son passé ? Claire ne reconnaît plus son mari et souffre d’une brûlure à la cheville qui est apparue dès qu’elle a mis le pied en Haïti. Est-elle la sacrifiée ?

 

« Quelque chose se défait en lui, sans crier gare. Une tension tenue trop longtemps, depuis des années. La gorge serrée, il inspire profondément, tente de reprendre le contrôle. L’effort aggrave tout. L’air entre mal. Une chaleur brusque lui monte au visage. Il tourne la tête vers le mur, par réflexe, comme s’il voulait se soustraire au regard de Claire. Le premier sanglot ne ressemble pas à un sanglot. Seulement une expiration irrégulière, presque silencieuse. Puis une autre. Ses épaules tressautent malgré lui. » (p.14)

 

Claudio a tout laissé à son neveu, un héritage que convoite Bérénice, la femme de ce dernier, qui se trouve lésée. La tension monte. La vieille Anaïse ne manipule pas que les ingrédients de la cuisine. 

 

CONFRONTATION

 

La servante quasi aveugle gère le quotidien de la maisonnée et possède des savoirs certains. La belle et discrète Sérafina semble le prolongement de la vieille femme. Tout échappe à Claire qui a du mal à rester consciente. Bérénice hante la maison tel un esprit malfaisant qui surgit là où l’on ne l’attend pas. Elle est partout et devient de plus en plus étrange.

 

« Claire soutient son regard un instant de trop. Une sensation étrange la traverse —, non pas de l’hostilité, peut-être une hésitation impossible à définir, un je-ne-sais-quoi.

Le visage de Bérénice demeure parfaitement composé, pourtant, Claire pressent que son expression pourrait changer sans prévenir, qu’une autre nuance affleure puis disparaît aussitôt. Elle attribue cela à l’épuisement, à la chaleur, au décalage du voyage. » (p.30)

 

Une lutte farouche s’amorce. Bérénice veut contrer les volontés de son mari, Claudio, tout lui revient, croit-elle. Le notaire, un homme qui incarne la loi et ses aléas, comprend certaines choses qu’un testament ne peut régler.

Claire est envoûtée et possédée, elle l’intruse, celle qui a volé Philippe à son pays. Et Bérénice toujours là comme un fantôme.

 

« Il l’observe plus attentivement, et le malaise s’approfondit. Ce n’est pas seulement la plénitude du visage. C’est le contraste entre l’expression et le regard, l’impression que la surface a été arrangée indépendamment de ce qui se trouve dessous. Claire avait raison. On dirait un masque qu’on porte, plutôt qu’un visage qu’on habite. » (p.143)

 

Stanley Péan a l’habitude des retournements où le réel et l’invisible se confrontent dans une forme d’apothéose qui fait éclater les cloisons du monde et de la logique. 

J’ai été envoûté tout au long de ma lecture par l’atmosphère de cette maison aussi vaste qu’une ville, par cette chaleur qui écrase les personnages. Tous se débattent avec le quotidien et des « présences » qui peuvent se déchaîner. Philippe emprunte le long chemin du souvenir pendant que sa femme est aux prises avec « une maladie » que le médecin qu’il est ne peut guérir. Un souffle, une respiration habite les murs de cette demeure qui appartient peut-être plus aux morts qu’aux vivants. 

L’apothéose de Grangou secoue notre être, nos certitudes et prouve une fois de plus qu’il n’y a pas que la raison et les lois qui gouvernent le monde.

 

« Les mots changent rarement les faits, répond Orthmann. La faim voyage. Impossible de la confiner à cette île. Vous seriez surpris du nombre de seuils qui existent. Et du nombre de choses qui savent les traverser. » (p.182)

 

Un roman fascinant, mené de main de maître par Stanley Péan, une tension qui finit par vous couper le souffle. C’est troublant et, surtout, l’écrivain nous entraîne dans des dimensions qui échappent à la rationalité et n’hésite jamais à bousculer notre être et notre âme presque. La lecture de Grangou nous plonge dans les couloirs de l’ambition et de la convoitise. Oui, il y a une malédiction qui pèse sur Haïti, un anathème, qui migre peu à peu dans tous les pays et qui peut mettre la planète en danger.

 

PÉAN STANLEY : Grangou, Éditions Mains libres, Montréal, 2026, 192 pages, 29,95 $.

https://www.editionsmainslibres.com/livres/stanley-pean/grangou.html

mercredi 28 octobre 2026

CHICOUTIMI, LA CAPITALE DE L’ENTRAIDE

ROBERT MALTAIS intrigue avec le titre de son dernier roman : Chicoutimi, capitale du monde. Je me suis demandé si l’écrivain avait imaginé une catastrophe, un tsunami politique où tous les dirigeants du monde libre venaient se réfugier à Chicoutimi pour organiser la résistance. Je voyais les ambassades sur la rue Racine, les drapeaux de toutes les nations voler au vent, des dizaines de voitures noires et silencieuses sur le boulevard Talbot qui roulaient vers la réserve faunique des Laurentides. Robert Maltais a vite fait de me ramener à la réalité dès les premières lignes de son ouvrage avec les jumeaux Marquis, Marylin et Rosaire, nés à Chicoutimi, dans une famille ordinaire. Dieudonné, le père (Nieu pour les intimes) meurt prématurément et les enfants se retrouvent avec Germaine, leur mère, qui doit se débrouiller seule. Ce qui devait être une vie de misère et de frustrations pour les jumeaux devient une histoire fascinante. Des voisins les prennent en charge. Rosaire est protégé par le fils du médecin arrivé récemment dans la région et rien ne sera plus pareil. Le souffre-douleur qu’il était à l’école découvre un autre monde grâce à la famille de son camarade. Marylin trouve de l’écoute chez le couple qui habite l’appartement en haut du leur. Elle est pour ainsi dire adoptée par Gustave et Viviane Mailloux. Ce sera le début d’une belle aventure qui permettra aux jumeaux de s’affirmer. L’avenir avait de l’espace pour tous à la fin des années 1950, à la veille de ce qui deviendra la Révolution tranquille au Québec. 

 

Robert Maltais s’inspire librement de son enfance à Chicoutimi, ancre son histoire dans un quartier ouvrier qui connaissait alors ses hauts et ses bas, comme dans toutes les agglomérations du Québec qui cherchaient à se faufiler dans la modernité. Bien sûr, il y a encore des relents du passé. On ne sort pas facilement de quelques siècles de gouvernance religieuse où les évêques imposaient leur volonté. Mais, il y a quelque chose de nouveau dans l’air et les jumeaux Marquis peuvent espérer que leur avenir ne soit pas le long parcours de frustrations de leurs parents.

La famille Gagné, celle du médecin, a des idées qui sont un peu détonantes dans le Chicoutimi plutôt conservateur de l’époque. Robert Maltais fait se rencontrer la vie traditionnelle et la modernité dans ce récit fascinant. On le sait, le Québec a muté en quelques années. C’est alors que j’ai pu quitter mon village de La Doré pour des études universitaires à Montréal au lieu de suivre les traces de mon père dans les forêts d’épinettes du parc de Chibougamau. 

 

« Dans l’humble logement des Marquis, Pierre Gagné n’était pas dépaysé. Les stages effectués pendant ses études de médecine lui avaient permis d’affronter une misère citadine bien plus terrible. De plus, le fils Gagné avait passé son enfance à entendre son père et sa mère échanger à table sur des procès allant de l’inceste aux meurtres en série. Des conversations d’égal à égal où Rose-Hélène rappelait souvent à son mari, Raynald, que la compassion et la justice valaient mieux que la condamnation et la vengeance. Pierre admirait ses parents et il voulait suivre la même voie. » (p.27)

 

Le passé et la modernité s’ajustent peu à peu et les fameuses classes sociales perdent de leur importance pour faire place aux individus, à leurs talents et à la possibilité de mettre la main sur leurs rêves. Les plus doués et les plus nantis sont sensibles aux difficultés des plus démunis et parviennent à neutraliser la malédiction héréditaire qui fait souvent que les enfants répètent les gestes des parents, condamnés qu'ils sont à exécuter les tâches les moins valorisantes. 

Dieudonné était concierge à l’hôpital. Disons que c’est un titre de noblesse qu’on lui accole, parce qu’il passait ses journées à « manier la moppe » sur les planchers des couloirs de l’institution hospitalière de Chicoutimi qui accueillait des patients de partout de la région du Saguenay et du Lac-Saint-Jean. C’était le monde du docteur Lapointe qui se fera connaître sous le nom de plume de Marcel Portal. Le père de Louise et de ses sœurs, les comédiennes qui ont enchanté le Québec.

 

MONDE

 

Les jumeaux Marquis mangent trois repas par jour, écoutent la radio pour rêver et font une promenade en auto le samedi, avec les parents, pas trop loin parce que le gaz coûte cher. Ils sont surtout plongés dans des univers troubles. Le voisin Gustave est attiré par les petits garçons et Rosaire s’en méfie instinctivement. En plus, René Gobeil, un professeur à l’école que fréquente Rosaire, fantasme sur les cuisses de ses élèves. Les prédateurs rôdent et convergent vers un lieu isolé de la ville pour se livrer à des jeux interdits. 

Gustave résiste à son penchant, mais les hormones sont plus fortes que tout. Beaucoup de jeunes garçons ont vécu cet état de tension et de danger dans les institutions scolaires de l’époque ou en pratiquant des sports. Leurs témoignages sont malheureusement trop nombreux. Leur vie a été brisée par ces rapaces.

Gustave connaît ainsi des hommes qui mènent une double vie. Celle d’un chef de famille et d’un prédateur sexuel. C’est plus calme du côté des filles et Marylin n’a pas à se méfier des enseignantes ou des femmes du voisinage. 

 

« Viviane se disait que s’il fallait que cette enfant-là se perde, ce serait un vrai gaspillage. Comment faire pour empêcher ça ? Elle commencerait par lui poser des questions. Qu’est-ce qui l’intéressait ? De quoi avait-elle envie ? Qu’est-ce qu’elle voulait faire plus tard ? Est-ce qu’elle lisait ? Qu’est-ce qu’elle regardait à la télévision ? C’était qui son chanteur préféré ? Son actrice ? Il fallait trouver des points communs, des sujets de conversation. Elle passa toute l’heure du dîner à rire et à tout faire pour tirer un sourire à son invitée. Marylin, peu habituée à ce qu’on s’intéresse à elle, ne comprenait pas ce qui se passait ? » (p.43)

 

C’est le début « d’un temps nouveau » pour les jumeaux après la mort subite de leur père. Germaine trouve un emploi de femme de chambre au Parasol situé tout près. Elle y apprend l’autonomie et une certaine forme d’indépendance, même si sa santé est fragile. De leur côté, les petits Marquis s’épanouissent dans « leur famille d’accueil » et découvrent des manières de faire, des plats et surtout de l’empathie et de la confiance. Des adultes les aident et les écoutent, ce dont ils n’ont pas l’habitude. Des hommes et des femmes exemplaires qui font tout pour que ces jeunes trouvent la place qui sera la leur dans les années à venir.

C’est un peu le cheminement de Robert Maltais qui vivra l’aventure d’être comédien et écrivain après son enfance à Chicoutimi. L’éditeur le précise sur la quatrième de couverture.

 

« Et Robert Maltais perd ses parents, comme les jumeaux Marquis. Ça suffit pour virer le monde à l’envers, à l’endroit, à l’envers, à l’endroit… Qui a dit : “C’est pas tout l’monde qui a la chance d’être orphelin” ? »

 

Rosaire apprend à jouer au tennis et à patiner. Il s’initie à l’art et à l’écriture avec Florence, la femme du médecin, une artiste sensible. Il découvre un monde qui deviendra son projet de vie. Il va imaginer des histoires et créer des personnages en s’inspirant de sa famille. Le vicaire Martel lui montre cette direction, un prêtre comme il s’en fait rarement. Il expérimente aussi avec Raynald que le plaisir sexuel peut être bon et bien entre deux garçons. Il vit avec son ami ce qui le gardait loin de Gustave qui a sublimé son penchant pour les jeunes en se faisant délateur. 

Chicoutimi connaît alors une grande purge et plusieurs se retrouveront en prison. René Gobeil, l’enseignant qui lorgnait les petits garçons, mettra fin à sa vie par honte et par sentiment de culpabilité. 

Rosaire sera dramaturge, vivra son amour avec Raynald et Marylin, sa sœur, se découvrira des dons pour le théâtre et le jeu. 

 

« Rosaire n’avait pas côtoyé sa famille, mais son père l’avait fait rire en lui racontant son enfance. Tous cousins-cousines, une consanguinité débilitante à laquelle Rosaire échappait comme par miracle. Et Dieudonné, le rescapé en Studebaker, se valorisait en les dénigrant. Rosaire en ferait un héros, et le Studebaker deviendrait un personnage. Comment convertir les histoires de Gigonville en aventures ? Il l’ignorait, il en parlerait avec Raynald. Son idée, c’était de faire un duo de Dieudonné et de l’auto. Lui, il l’appellerait Ti-Nieu. Et le char, Stud. Il amuserait le monde avec ce qui avait humilié son papa. Est-ce que ça se pouvait ? » (p.178)

 

Marylin sera comédienne comme cette icône dont elle porte le prénom et qui fait courir les foules vers les salles de cinéma.

Chicoutimi, capitale du monde, est un formidable roman d’apprentissage où les protagonistes découvrent le partage, la compréhension et la tolérance. Il est séduisant, ce Chicoutimi ouvert, solidaire devant un monde qui éclate et où il est possible d’être ce que l’on est librement au lieu d’être victime d’une classe sociale et d’un héritage familial de soumission. 

Robert Maltais ancre son histoire dans un milieu que j’explore actuellement depuis mon retour à Chicoutimi, une ville que je pensais connaître, mais qui s’avère un endroit où il fait bon vivre près de la rivière Saguenay qui bat la mesure avec ses marées toujours impressionnantes et les envols de centaines d’outardes depuis un mois. 

L’écrivain nous entraîne dans la capitale de l’empathie, de la résilience et de la solidarité, où chacun se « développe dans toutes ses grosseurs » pour paraphraser Victor-Lévy Beaulieu.

Tout est loin d’être parfait dans la capitale du monde, mais tous travaillent à changer les choses et à faire de la société un lieu pour tous, peu importe leur origine. Ensemble, tout devient possible. C’est vital dans un maintenant de plus en plus axé sur le « je » et les réseaux sociaux qui font oublier l’environnement et les humains pour nous éclabousser de propos hargneux et sordides. 

Nous avons besoin d’un tel ouvrage dans une époque où l’on condamne les gens sans procès et où la haine s’épanouit en toute impunité dans le monde virtuel. Chicoutimi, capitale du monde, est nécessaire et l’écrivain s'attarde aux hommes et aux femmes qui croient que l’avenir appartient aux jeunes. J’aurais fait encore un bon bout de chemin avec Rosaire et Marylin, mais peut-être que Robert Maltais nous réserve ce plaisir pour plus tard, dans un prochain roman où les jumeaux Marquis conquièrent le Québec et font leur place dans le monde du théâtre et des arts ! 

 

MALTAIS ROBERT : Chicoutimi, capitale du monde, Éditions Druide, Montréal, 2026, 272 pages, 27,95 $.

https://www.editionsdruide.com/livres/chicoutimi-capitale-du-monde

jeudi 22 octobre 2026

SI LE CANADA ÉTAIT UN ÉTAT AMÉRICAIN

HERVÉ GAGNON ne cesse d’étonner avec ses publications qui tombent dru comme la pluie. Et, c’est toujours un plaisir renouvelé que de mettre la main sur l’un de ses thrillers ou encore un livre où il sort des sentiers battus. Quel bonheur de lire Crossroads où il s’attarde au musicien Robert Johnson. Cette fois. Il s’est penché sur l’actualité récente et obsédante, l’omniprésence de Donald Trump, (il me donne de l’urticaire à la télévision) qui nous impose un feuilleton de mauvais goût qui hante les bulletins de nouvelles. Dans 51e Canada 2038,l’écrivain prend comme postulat que les États-Unis après une riposte du Canada, (ils ont coupé l’électricité à certains états du nord), envahissent le Canada. Une affaire réglée en quelques jours et voilà que « le plus meilleur pays au monde », de Jean Chrétien, est désormais ce 51e état avec un gouverneur qui préside aux destinées de « ce pays qui n’est plus un pays ». Le Québec est un territoire occupé et la Garde nationale est partout. Toutes les institutions ont été démantelées et la plupart des lois rayées par décret. La Sûreté du Québec a été abolie et la police de Montréal effectue des tâches subalternes. L’armée américaine voit au respect et à l’ordre et ne fait pas de quartiers avec ces conquis qui ne parlent même pas « américain ».

 

Hervé Gagnon met en scène l'enquêteur Jean-François Foley qui doit mener à bien une affaire délicate. La fille du gouverneur Belliveau, un franco-américain, nommé en poste à Montréal, aurait été enlevée et on demande la coquette somme de 10 millions $ comme rançon. Le Front de libération du Québec est ressurgi de ses cendres et serait l’auteur de ce rapt. La Cellule 1837 prend plaisir à humilier les Américains chaque fois qu’elle en a l’occasion. 

L’enquêteur Jean-François Foley tire le diable par la queue depuis l’arrivée des Américains dans un Montréal qui tombe en ruines. Il vit avec sa fille et son petit-fils dans un appartement où ils se marchent sur les pieds. Sa femme, n’en pouvant plus de la situation, a mis fin à ses jours. 

Le limier constate les manœuvres de l’envahisseur qui s’est emparé des ressources naturelles, particulièrement de l’eau et l’électricité, sans compter les minerais précieux. Il éprouve une certaine sympathie envers le FLQ même s’il est policier. 

Chargés de tirer au clair cet enlèvement avec sa partenaire Alexandra Fils-Aimé, ils doivent faire preuve de discrétion. Le gouverneur du 51e état, le représentant du chef suprême Daniel J. Fromm, ne veut pas que la chose s’ébruite pour ne pas entacher son rôle et motiver ceux qui rêvent de reconquérir leur pays.

Plus les enquêteurs avancent dans leur investigation et plus ils ont l’impression de foncer dans un brouillard. Heureusement, Chelsea, la fille cadette des Belliveau, permet de comprendre ce qui se passe dans la famille de l’envahisseur. Ellie, la disparue, est une rebelle qui ne partage pas les idées de ses parents. Étudiante à l’Université McGill, elle est escortée dans tous ses déplacements par un garde, l’agent Christopher Saad, qui colle à elle comme son ombre. 

 

« Le vieux Fromm était partout, tout le temps. Il monopolisait tous les cycles de nouvelles, une outrance après l’autre, et bredouillait de manière incohérente sur tous les écrans. Il n’était pas seulement ridicule avec son autobronzant orange, sa chevelure jaune pisse qui ne tenait en place que grâce à un abus de fixatif, ses petites mains gesticulantes, ses habits mal ajustés, ses cravates trop longues, sa petite bouche en cul-de-poule qui avait des airs de glory hole et son besoin infantile d’être le centre d’attention. Il était épuisant. La planète entière était à bout de souffle, incapable de suivre le rythme qu’il imposait. » (p.7)   

 

Hervé Gagnon décrit le président à la couette orange d’une façon chirurgicale et il n’y a pas moyen de se tromper. 

 

ENQUÊTE

 

L’écrivain, comme à son habitude, mélange habilement la vie des personnages et l’intrigue qui permet de nous faufiler dans un monde tordu et un peu caricatural, celle de la famille Belliveau. 

 

« … il était un Franco-Américain de Nouvelle-Angleterre qui avait conservé la langue de ses ancêtres venus se gâcher la santé dans les usines de textile. Il en était fier et l’on disait qu’il se réjouissait de la moindre occasion de l’utiliser. Sans doute l’avait-on choisi en partie pour ça. Jeff surprit le bref regard condescendant qu’il lança à Alex. Belliveau était peut-être franco-américain, mais il était d’abord américain et représentait un pays où le racisme s’était décomplexé depuis Fromm 1.0. » (p.51)

 

Les fameux nids de poule de Montréal sont devenus des cratères où l’on peut s’enfoncer et disparaître. C’est un exploit que de circuler en auto dans les rues. 

Une grande partie de la population dort sur les trottoirs et est réduite à la mendicité. Tout tombe en ruines dans ce qui était le Canada et rien n’est fait pour redonner du pimpant à la capitale du 51e état des États-Unis d’Amérique.  

 

« Les logements les plus miteux étant hors de prix même pour ceux qui avaient un emploi, toutes ces épaves étaient évidemment sans domicile fixe. Paradoxalement, ce statut d’errance leur laissait de quoi alimenter leur dépendance, le peu qu’ils gagnaient allant directement à la drogue. La mendicité et la prostitution comblaient le manque à gagner. Ce qui avait été une crise à l’époque était maintenant la normalité. Une personne sur quatre n’avait pas de toit sur la tête à Montréal. Sauf à Outremont-ma-chère et à Westmount, où les Américains et les lèches-bottes s’étaient installés. La ségrégation sociale se reproduisait d’elle-même. » (p.23)

 

Bien sûr, on se laisse prendre par l’enquête de Foley et Fils-Aimé qui ne manque pas de rebondissements qui surprennent le lecteur et qu’Hervé Gagnon multiplie avec art et subtilité. 

Le FLQ intensifie sa présence et les limiers finissent par découvrir que le Service secret américain tire toutes les ficelles et manipule les révolutionnaires. 

 

DICTATURE

 

Les États-Unis d’Amérique sont un pays totalitaire où tout passe par les mains du président. Hervé Gagnon fait plaisir à ses lecteurs en faisant mourir le vieux despote d’une crise cardiaque alors qu’il prêtait serment pour un autre mandat. Une réjouissance de courte durée cependant. Son fils, Daniel junior, lui succédera et n’a rien à envier à son père en fait de roublardise et de stupidité. 

 

« Le président élu émit un couinement puis, comme un arbre qu’on vient de couper, sembla tomber au ralenti. Il atterrit lourdement sur le dos, rebondit une fois puis demeura immobile, le regard fixe, sous les yeux stupéfaits des gens sur place et des millions de téléspectateurs. Des cris de panique montèrent dans la foule tandis que des agents du Secret Service lui faisaient un rempart de leur corps, arme au poing. Ils constatèrent rapidement que le président élu n’avait pas été abattu. Les secours apparurent quelques secondes plus tard. Un défibrillateur fut produit et des chocs administrés sous le regard de la nation. À chaque choc, le corps obèse sursauta et fut parcouru par des spasmes avant de redevenir obstinément inerte. Pendant de longues minutes, les médecins dépassèrent de beaucoup l’acharnement thérapeutique. Une ambulance approcha. On en sortit une civière sur laquelle on déposa le corps présidentiel inerte sans cesser les manœuvres de réanimation. Le véhicule partit en trombe, présumément en direction de l’hôpital Walter-Reed.

— Mourir est le seul geste décent que cet être odieux ait jamais posé, railla Jeff. » (p.107)

 

Peut-être qu’Hervé Gagnon réalise un rêve de Donald Trump, soit de faire de sa mort un spectacle télévisuel. 

51e Canada 2038 nous permet de plonger dans ce que serait notre avenir si jamais Donald décidait de nous envahir et de faire de nous des Américains de force. De quoi avoir des frissons dans le dos. 

Oui, l’impossible peut se concrétiser avec Trump et Hervé Gagnon. Un roman bien ficelé qui nous happe et nous pousse dans un véritable cauchemar. C’est ce que l’actualité nous fait vivre régulièrement, qu’on le veuille ou non. L’inimaginable est toujours possible avec notre voisin du sud, même une alliance avec la Russie. Encore une fois, Hervé Gagnon nous décrit l’envers du décor et parvient à nous égarer pour mieux nous surprendre à la fin des 400 pages de ce thriller politique fascinant. J’ai lu l’enquête de Jean-François Foley en retenant mon souffle. C’est envoûtant, étonnant et particulièrement intense. Un véritable feu d’artifice. 

 

GAGNON HERVÉ : 51E Canada 2038, Éditions Alire, Lévis, 2026, 432 pages, 30,95 $.

 https://www.alire.com/Romans/51e.html

mardi 13 octobre 2026

LE MERVEILLEUX MONDE D’ÉRIC DUPONT

ÉRIC DUPONT nous a habitués aux fresques qui survolent les continents et qui se faufilent dans le temps et l’espace. Je signale d’abord La fiancée américaine, qui a connu un énorme succès et qui a fait mes délices, ou La ricaneuse et La route du lilas, qui nous transforment en « chasseur de fleurs » et nous entraînent dans l’histoire fascinante du Brésil. Cette fois, il circonscrit ses ambitions même s’il y a encore plein d’anecdotes, de rebondissements où son père, un sacré séducteur, occupe beaucoup de place. Avec Les princes charmants, on retrouve le conteur, des personnages hors norme et un goût contagieux pour la vie et l’aventure. Éric Dupont se laisse prendre encore une fois par la magie de son verbe et de son rire pour notre plus grand bonheur. J’ai eu l’impression de feuilleter un album familial en m’attardant sur les trente-huit textes où l’écrivain nous offre de voyager de son enfance à ses études à Berlin, avec plein d’aller-retour à Toronto en train. Tout cela pour rencontrer des amis. Il a enseigné le français dans la ville reine et s’y est fait une place qui aurait pu le retenir toute sa vie. 

 

 

Bien sûr, on reconnaît la manière d’Éric Dupont dans Les princes charmants. Son goût pour les histoires, la bougeotte qui lui permet d’aller partout comme le font souvent les gens originaires des régions. Il est né à Amqui. L’écrivain s’attarde à des moments de son parcours, à ses études qui l’ont mené à Berlin et ailleurs. 

Ce que j’aime chez lui, c’est son côté débonnaire et extravagant qui m’a offert, par exemple, de suivre la floraison des lilas de la ligne du sud aux États-Unis jusqu’à la limite de la Gaspésie dans son roman La route du lilas. Un périple fantastique qui nous plonge dans une saga qui déroute autant qu’elle fascine. Parce que, souvent, Éric Dupont nous donne l’impression de perdre le fil de son histoire, de s’égarer un peu, de se laisser entraîner par sa curiosité et son enthousiasme. 

Oui, cet écrivain est un collectionneur d’événements qui étonnent et qui prennent toujours des proportions épiques. C’est le propre du conteur d’arriver à nous emporter à dos de mots dans des moments de sa vie et de les pousser dans une autre dimension. Mes oncles et mon père avaient cette facilité de nous mettre en contact avec le merveilleux en racontant leur travail en forêt. Ils parvenaient même à nous faire rire de la misère incroyable qu’ils subissaient dans les chantiers l’hiver où ils dilapidaient leur santé.

 

« Pendant l’été 2003, peu après mon déménagement de Toronto à Montréal, je suis allé consulter une voyante pour savoir si j’avais pris la bonne décision. Elle vivait dans une rue tranquille de l’arrondissement Outremont, près de la station de métro qui porte le même nom. Marie-l’Ange était française et habitait dans un de ces anciens appartements avec des boiseries et un plancher de lattes. Elle utilisait le tarot de Marseille. Ce jour-là, elle m’a révélé plusieurs choses. Sans me connaître, elle m’a dit que j’arrivais d’un endroit lointain où il y a de grandes quantités d’eau stagnante, que j’allais bientôt publier un livre et que je m’occupais d’un homme plus âgé que moi, probablement mon père. Je lui ai répondu qu’il ne s’agissait pas de mon père, mais de mon ancien conjoint, qui était parfois malade. Elle a haussé les épaules et a dit : « J’ai tout simplement vu un homme plus vieux que vous, et je savais que c’était une relation affective. Je sais aussi qu’il ne va pas bien. Pour moi, c’est la même chose. Je sais aussi que vous vous demandez si c’est fini. Je vous confirme que c’est fini. » (p.9)

 

Elle lui dit bien des choses cette « liseuse de futur », comme de ne pas se mêler des querelles de sa famille. Surtout, elle lui recommande de s’installer à Montréal, près du fleuve qui charrie les ondes négatives vers la mer. Ce qu’il fera bien sûr, parce qu’un Éric Dupont ne peut jamais dire non à une voyante. 

 

UNIVERS

 

L'auteur est un fidèle et il continue d’aller à Toronto pour s’occuper de son ancien conjoint, qui a eu la mauvaise idée de faire une place à la maladie dans sa vie. Et, il y a sa rencontre avec un Brésilien qui deviendra son grand amour.

 

« J’ai d’abord cru que tu étais Italien ou libanais. Après, tu me demanderais si j’avais pensé, à ce moment-là, que tu pourrais être québécois. Je t’ai répondu que tes yeux se retrouvent aussi au Québec, mais qu’ils sont plus rares, peut-être parce que les eaux du fleuve délavent et nettoient tout, jusqu’à l’iris de nos yeux. Tu étais déçu. » (p.15)

 

Ce diplomate prendra une grande place dans la vie du romancier et le fera aller au Brésil. Il s’y installera le temps d’apprendre le portugais, une autre langue, après avoir apprivoisé l’anglais, l’allemand lors de son séjour en Allemagne. 

C’est ainsi que nous bondissons de l’enfance à la vie adulte, des moments où le petit garçon avoue son homosexualité à un père qui entreprend de « le guérir » de cette étrange maladie. Il essaiera de le réformer en le faisant jouer au hockey. Il ne deviendra jamais un Cole Caufield, mais il patinera pas mal vite, presque plus rapidement que son ombre. Un père séducteur, un tombeur qui ne peut résister au sourire d’une femme, qui tentera de prendre les habits du mari fidèle, mais qui ne pourra s’empêcher de butiner ici et là, comme le font les papillons.

 

MONDE

 

Les lieux, dans l’univers de Dupont, prennent aussi beaucoup d’importance et font partie d’un tout. Le fleuve « aux grandes eaux » qui charrie tout vers la mer, y compris les chagrins et les moments les plus difficiles. 

Pourtant, Éric Dupont me semble une nature heureuse que rien ne peut meurtrir vraiment parce que la vie est trop forte et passionnante pour se laisser perturber par un quotidien qui peut être un peu lourd sur les épaules. Ce n’est pas un indifférent, au contraire. Il se montre attentif aux autres, empathique même si, parfois, le hasard le plonge dans de drôles de situations.

 

« Emma bougeait avec grâce, restait droite et souveraine. Mais on pouvait deviner dans son regard que rien n’avait de sens pour elle. Pour qu’elle puisse me comprendre mieux, j’essayais de parler lentement en utilisant des expressions neutres du français. Pour les Africains francophones, l’accent québécois est très difficile à comprendre au début. C’est comme si tu discutais avec quelqu’un qui vient d’un village au nord du Portugal. Il te faut quelques minutes pour te rendre compte que vous parlez la même langue, mais vous finissez par vous comprendre. » (p.71)

 

Il a vécu des moments formidables en enseignant le français à Toronto, hésitant à se rapprocher de ce beau diplomate qui deviendra un soleil autour duquel il gravitera. Ce qui n’empêche pas l’écrivain de se soucier des siens et d’être là quand ils ont besoin d’aide. Même son père, ce prince qui semble au-dessus de tout, aura recours à lui. 

 

« Ce qu’il voulait était très simple. Il avait déjà tout arrangé, il me suffirait de faire somme toute très peu de choses. C’était pour lui rendre service, oui, mais ce faisant j’allais découvrir une dimension de la vie qui me changerait à jamais. Cela ferait de moi un autre homme. Quand je verrais l’enfant naître, la lumière se ferait dans mon esprit sur le sens de la vie. Ce fils balayerait tout. Oui, on pourrait le faire de manière artificielle, mais il préférait que ce soit par voie naturelle. Il avait tout arrangé. Elle était d’accord.

— Avant, tu vas te faire tester pour le sida.

C’était sa seule condition. Il avait des conditions, oui. La chatte enfonçait ses griffes dans le gras de mes pouces, les yeux exorbités. »  (p.228)

 

Il lui demande de faire un enfant avec Monique, sa belle-mère, de remplacer le père et de devenir géniteur par substitution, d’être le père de son frère ou de sa sœur. 

 

« Je voudrais que tu saches que j’avais trouvé l’offre de mon père très généreuse et que j’avais senti qu’il avait confiance en moi. Il a dit que je pourrais jouer le rôle que je voulais, mais qu’il se chargerait d’éduquer le garçon à ma place. Je te confirmerais qu’il a toujours parlé d’un garçon. Je te dirais que j’ai raconté l’histoire à d’autres personnes et que j’ai été très blessé de les entendre en rire. Pour moi, c’était la preuve que mon père m’aimait et qu’il voulait qu’un enfant me survive pour raconter des histoires. » (p.229)

 

Les princes charmants est un livre fascinant où Éric Dupont s’aventure dans des moments intenses avec ce père qui n’accepte pas sa différence, ses amis, ses amoureux et les contacts particuliers avec ses étudiantes, surtout Emma, qui lui laissera un souvenir impérissable. On découvre l’homme  avec ses proches et, surtout, avec la langue, cette danse des mots qui lui permet de transformer la vie et de bondir par-dessus tous les obstacles, d’en faire un récit captivant, de peindre des lieux où il peut être dans toutes les dimensions de son corps et de son esprit. 

C’est un plaisir que de suivre cet écrivain dans les méandres de sa vie et de son écriture, de voir surgir ses grands romans qui se profilent en filigrane sans pour autant prendre trop de place. 

Ce qui importe avec Éric Dupont, c’est la présence, l’amour, les autres qui parviennent à faire de lui un meilleur humain. Le romancier nous rappelle que nous ne sommes pas qu’un « je », mais d’abord et surtout un « nous » qui héritons des parents, mais aussi de ceux et celles avec qui nous partageons l’aventure du vivant.

 Un récit précieux qui donne goût à la vie, une plongée en soi fascinante, un monde qui s’ouvre et vous dessille les yeux. Un souffle, une voix qui fait du bien et qui permet de sourire et de rêver. Que demander de plus ? 

 

DUPONT ÉRIC : Les princes charmants, Éditions Marchand de feuilles, Montréal, 2026, 248 pages, 28,95 $.

https://www.marchanddefeuilles.com/portfolio-item/eric-dupont/